Vu en avant première au Grand Rex
À tous ceux qui tomberaient par hasard sur cette critique du film Alterlove (sans spoiler) :
Ayant vu une quantité embarrassante de films d’amour, je pèse mes mots quand je dis qu’Alterlove est l’un des plus beaux que j’ai vus depuis très, très longtemps.
Imaginez un film sans péripéties complexes, sans mélo, sans artifices. Juste deux êtres – Jade et Léo – qui se croisent un soir à Paris, et qui marchent, parlent, se dévoilent. Sur le papier, c’est presque rien. Et pourtant, c’est tout. Une nuit, une ville, deux âmes – et l’amour comme une question, pas une réponse.
Le film est baigné dans une lumière nocturne qui enveloppe Paris d’une douceur presque irréelle. Chaque ruelle, chaque pont semble complice de leur rencontre. Jonathan Taïeb filme la ville comme un murmure, un battement de cœur discret mais constant.
Mais ce qui rend Alterlove si singulier, c’est sa vérité émotionnelle. Les dialogues entre Victor Poirier et Kim Higelin sont à la fois spontanés et ciselés, profondément humains. Il n’y a rien d’artificiel ici. On a l’impression de les surprendre, de les écouter en cachette, tant tout sonne juste : les hésitations, les silences, les regards qui durent un peu trop longtemps.
Là où tant de romances courent vers une résolution, Alterlove prend le temps. Il flâne. Il explore. Il ne promet rien. Et c’est peut-être ça, sa plus belle audace : ne jamais forcer le lien entre deux êtres, mais nous laisser le voir naître, doucement, dans les interstices.
La performance de Kim Higelin est lumineuse, pleine de fragilité retenue. Celle de Victor Poirier, intense et douce à la fois. Même Christophe Lambert, en rôle secondaire, apparaît comme une présence suspendue, presque onirique.
Alterlove, ce n’est pas juste un film. C’est une sensation. Celle que peut-être, tout peut basculer en une nuit. Une seule conversation. Un seul regard.
Et d’une certaine manière, je me sens chanceux d’avoir croisé cette pépite au détour d’un écran. Un film rare, discret, mais inoubliable.