Avignon s’inspire du vécu du scénariste, réalisateur et acteur Johann Dionnet, et plus précisément de toutes les pièces jouées lors de plusieurs Festivals d’Avignon épiques où il a eu l’impression de vivre mille vies pendant un mois. Il se rappelle : "Tout cela m’a donné l’idée d’un court-métrage (Je joue Rodrigue) que j’ai écrit en 2019 et qui aujourd’hui devient un long. Porté par l’envie de rendre hommage, à travers un film, au spectacle vivant, j’ai poursuivi mes démarches de recherches de producteurs jusqu’à ce que Nolita Cinéma me suive dans l’aventure."
"Le court-métrage ayant été un succès, notamment au Festival de Comédie de l’Alpe d’Huez, j’ai pu le développer en long - ce qui n’était pas compliqué car j’avais gardé beaucoup d’idées de côté et la première version du court faisait déjà 40 minutes. Mais Benoît Graffin puis Francis Magnin m’ont rejoint pour développer avec moi le scénario et les dialogues du long-métrage."
Johann Dionnet a intégré dans le film une scène inspirée d’un moment personnel : un jour, en pleine mélancolie à Avignon, il croise un danseur de rue (Arthur Marmagne) interprétant Ne me quitte pas de Jacques Brel. Ému aux larmes, il le filme et se promet de l’intégrer à un film s’il en réalise un un jour.
Pour Avignon, il retrouve ce même artiste, qui accepte de rejouer une scène chorégraphiée sur une autre chanson (Grand soir d’Alex Beaupain), au même endroit. Cette scène a été tournée avec Baptiste Lecaplain et a servi de véritable point de départ émotionnel au tournage.
Le film comporte un long plan-séquence tourné de nuit devant le Palais des papes – un des lieux les plus emblématiques d’Avignon. Ce plan existait déjà dans le court-métrage Je joue Rodrigue et a été réintégré ici avec une préparation minutieuse. Le réalisateur et son chef opérateur, Thomas Rames, avaient fait un découpage technique en amont pour anticiper tous les mouvements de caméra. Ce moment a été vécu comme « magique » par l’équipe.
Certaines séquences du film ont été tournées pendant le Festival d’Avignon lui-même, avec une caméra discrète et un style presque documentaire. Cela a permis de capter l’ambiance réelle des rues animées, des spectacles de rue et du rythme effréné du Off. Ces scènes ont contribué à ancrer le film dans une réalité palpable et à offrir une immersion rare dans les coulisses du théâtre vivant.
Pour créer une complicité crédible entre les membres de la troupe fictive des Cannibales, Johann Dionnet a organisé des soirées jeux avant le tournage. Cela a permis de créer une dynamique de groupe, essentielle pour un film choral. Le résultat à l’écran donne l’impression d’une troupe qui se connaît depuis longtemps – alors que certains acteurs ne s’étaient jamais rencontrés auparavant.
Pour rendre crédible la pièce de boulevard jouée par les personnages, des extraits ont été écrits en amont. Baptiste Lecaplain et Alison Wheeler, tous deux issus de l’humour, se sont amusés à improviser des scènes entières sous les yeux de l’équipe technique. Lors d’un tournage, leur sketch était si drôle que Lyes Salem, pris par le fou rire, en oubliait d’entrer en scène. Cette séquence improvisée est devenue culte sur le plateau.
Le tournage s’est déroulé pendant tout le mois d’août, au plus chaud de l’été. Avec des températures dépassant les 40°C, l’équipe a dû adapter les conditions de tournage. Johann Dionnet voulait que l’on ressente cette chaleur à l’écran : les corps qui transpirent, l’air étouffant dans les rues, en opposition au calme relatif des salles de théâtre. Cette tension climatique a servi la mise en scène et renforcé le réalisme.
Dès la conception, Johann Dionnet voulait que chaque service technique (son, lumière, machinerie) soit mis au défi. Certaines scènes ont été storyboardées très précisément, comme celle du hamac, où la caméra tourne autour des personnages dans un jeu d’ombres éclairées par la lune. L’image du vol de flyers a aussi été pensée comme une « vignette cinématographique » marquante. L’ambition était de faire un film de troupe mais aussi un véritable objet de cinéma.