A la fin, c’est toujours une question d’argent
Voilà la sentence qui frappe la fin du 1er film d’Anthony Dechaux , qui pour ses 96 minutes a fait le choix du thriller social. Audrey, fille d’agriculteurs et cheffe de rayon dans un hypermarché en province, se voit propulsée à la centrale d’achat de son enseigne afin d'y défendre la filière bio et locale. Alors qu’elle fait équipe avec un négociateur aux méthodes redoutables, Audrey va devoir se battre pour faire exister ses convictions au sein d'un système impitoyable. Ce drame tente de faire la synthèse entre Ressources Humaines, Le petit paysan et La loi du marché. L’idée est plutôt bonne et bien exploitée. Une jolie surprise soutenue par un excellent casting. A voir.
Bon, on s’en doute, on ne sort pas de là en faisant des claquettes. Mais, si ce film n’avait qu’un intérêt, ce serait ne mieux nous faire comprendre les rouages entre éleveurs, distributeurs et industriels de l’agroalimentaire. – Ici, spécifiquement dans la filière laitière -. Vous allez me dire, « ouh là ! Sujet aride ». Pas du tout, on oublie très vite tout ce que ce film pourrait avoir de didactique. C’est un thriller, je le répète, et on est pris par les rebondissements du scénario, - même si on aurait pu se passer de la bluette qui ralentit et n’apporte rien -. L’idée de ce film est venue à notre cinéaste lors d’une intervention dans un séminaire d’entreprise, lorsqu’il a entendu en préambule, cette formule glaçante : on est réunis aujourd’hui dans cette salle, pour savoir qui sont les requins et qui sont les requins-tueurs. Et nous, les requins, on n’en veut pas, ce qu’on cherche, ce sont les requins-tueurs. Aussi effrayant que fascinant. Cela nous donne ce drame social froid, rigoureux, direct, sans compromis et formidablement efficace. Laissez-vous faire. je ne sais pas si vous aimerez encore les yaourts après le mot fin, mais vous aimerez encore un peu plus le cinéma quand il se révèle politiquement utile.
Ana Girardot, sans doute dans son meilleur rôle à ce jour, est parfaite de bout en bout. On la suit pas à pas dans son parcours d’initiation dans un monde où la seule loi se résume par marge ou crève. Mais que dire de l’impressionnant Olivier Gourmet, toujours aussi juste. Un formidable acteur. Julien Frison, - from the french Comedy -, est lui aussi parfait. Ajoutons à ce trio central, Jonas Bloquet, Yannick Choirat et Aurélia Petit. Un bon moment de cinéma, certes classique dans sa facture, mais dont le réalisme fait froid dans le dos.