Art & philo
Les nouvelles 100 minutes de Steven Soderbergh ont tout de la fable, que j’intitulerais volontiers, « le misanthrope et la faussaire ». Julian Sklar, ancienne figure majeure du pop art londonien devenu misanthrope n’a plus rien peint depuis des décennies. Ses enfants, avides d’héritage, engagent Lori, restauratrice et ex-faussaire, pour se faire passer pour son assistante. Sa mission : finir en secret une série de huit toiles inachevées, les « Christophers », et en tirer une fortune. Un bijou d’humour so british et un immense numéro de l’extraordinaire Ian McKellen, - l’inoubliable Gandalf du Seigneur des Anneaux -, qui, a 87 ans, reçoit ici un magnifique cadeau de fin de carrière. A voir pour lui et la réflexion sur l’Art dans notre monde d’aujourd’hui.
Ce film est un huis clos entre un grand artiste reconnu et une jeune artiste. Le film va nous montrer le point de vue de deux artistes sur leurs opinions par rapport à eux-mêmes, mais aussi sur l’art, la vie, la famille et l’argent, ainsi que l’impact qu’a l’art sur notre vie et celle des autres.
Le film pose ses personnages, leurs avis et leurs positions au fur et à mesure. Par ses cadrages, les mouvements de caméra et sa direction d’acteurs, notre réalisateur privilégie le regard qui leur est proposé ainsi que les manipulations qui s’y exercent. Le message du film est aussi celui de Soderberg, quand il nous démontre que réel ou faux, achevé ou non, exercice de genre ou déclaration d’intention pleine de cœur, ce que nous créons a un impact sur le monde qu’aucun marché ne pourra jamais mesurer. L’enjeu n’est finalement même pas la peinture en elle-même. Il s’agit plutôt de posture, d’imposture et du petit manège qui tourne dans les têtes des personnages. Bavard et statique, mais surtout touchant et malin.
Bien sûr, et je l’ai déjà cité, il ya tour en haut de l’affiche l’impayable Ian McKellen, dont le numéro de cabotinage, à lui seul, justifie de voir ce film. Face à lui, il ya Michaela Coel, sorte de Eye Haïdara britannique, impeccable elle aussi. Citons aussi James Corden et Jessica Gunning, impayables en crétins méchants. Pour Soderberg, c’est un retour inattendu vers une narration dépouillée… enfin ! Mais je voudrais souligner l’imortance du 3ème personnage important de l’histoire, la maison de l’artiste, qui dit tout de lui, dès qu’on franchit le seuil, on pénètre en vérité dans son esprit. Toujours là où on ne l'attend pas, Soderbergh maquille en faux film de braquage, une véritable pensée sur l'œuvre d'un artiste. Exigeant mais passionnant.