C'est un film radical, autant dans la forme que dans le fond, avec des danses qui cherchent la transe, à la fois endiablée, possédée, tout en étant bien chorégraphiée, et avec la musique flirtant dans le mystique, exaltée, fascinée, sorte de cérémonie cantique, miraculée, mais remplie d'ambiguïté.
Tout le film oscille dans une absence de point de vue volontaire, avec un personnage présenté comme une figure charismatique, puis une incarnation christique, dont tout le récit est raconté en voix off, jusqu'aux légendes sans preuve objective, et imaginé, tout en présentant les récurrences de ses traumatismes infantiles, conjugaux, et de sa démarche sociale et politique concernant la place de la femme, de ce qui l'empêche de s'accomplir librement. C'est peut-être le point le plus intéressant, cette interrogation de perception sur sa démarche, manipulation ou inspiration, fanatique ou cas psychiatrique, gouroue d'une communauté, ou véritablement guide en état de sainteté ?!
La particularité de la secte, c'est qu'elle est basée sur l'idée que la prochaine apparition du Christ serait une femme, et que pour atteindre cette pureté divine, on se doit de passer par l'interdiction absolue de rapports sexuels, comme écho au péché originel. Une idée similaire que l'on peut voir dans le film Noé de Darren Aronofsky. Mais on peut constater qu'il existait déjà des courants qui mettaient en pratique ce qu'Ann Lee semble "découvrir", comme certains groupes de moines et nonnes bouddhistes qui faisaient le vœu de chasteté, la même pour certains ordres orthodoxes, anglicans, ou de moines et religieuses catholiques, ainsi que les prêtres du rite latin. Ceux qui ressemblaient le plus aux idées, ce sont les Encratites, rejetant le mariage, la sexualité, en les jugeant contraires au salut.
D'un autre côté, le film est exigeant, aliénant, répétitif et excessif, avec de nombreuses scènes qui s'étirent au point d'être lassantes, et de paraitre interminables. Le spectateur non averti pourrait aussi être réfractaire à ces images qui s'imposent, qui frisent parfois le ridicule, dans une histoire qui n'est pas claire, perdant le fil conducteur. Ça manque cruellement d'émotion malgré la tragédie, et nul doute que le film a été composé pour aspirer à des récompenses.