Voilà un film courageux, à voir comme un journal personnel, non pas écrit mais filmé, d’un homme, Pavel Talankin, dit Pasha, célibataire vivant dans un T3 (avec 427 livres), qui aime la Russie et sa ville, mais qui désapprouve la guerre en Ukraine. A travers son travail d’animateur pédagogique vidéaste au collège-lycée de Karabash (ville de 12 000 habitants, dans l’oblast de Tcheliabinsk, au sud du massif de l’Oural, fortement polluée par une fonderie de cuivre), il témoigne (à partir de février 2022) du lavage de cerveau des élèves de son école (chansons, discours et manifestations patriotiques) concernant, notamment la guerre en Ukraine, qualifiée d’opération militaire spéciale par Poutine et qui a aussi déclaré, que « ce ne sont pas les militaires qui gagnent la guerre mais les enseignant ». A l’origine, ses vidéos permettaient de valider le respect, par l’école, des protocoles imposés par la hiérarchie. Certes, on n’apprend rien de nouveau sur la Russie, qui a l’habitude d’un tel comportement, hérité de l’Union Soviétique mais le film, proche d’un document amateur, demeure un témoignage historique,
non seulement sur l’endoctrinement (Vladimir Poutine réactive, en 2022, le Mouvement des pionniers, pour son centenaire) mais aussi sur l’enrôlement d’anciens du lycée, concomitamment avec la venue des mercenaires du groupe paramilitaire Wagner (présentation d’armes, de mines anti-personnel et jets de grenades) pour aller se battre (1 200 € / mois) et dont certains ne reviennent pas vivants du front (interdiction de filmer les obsèques). On s’étonne même que Pavel Talankin (filmé par David Borenstein) n’ait pas été arrêté plus tôt (toute critique et dénigrement de l’armée russe est punie de 25 ans de prison) : il a même osé enlever le drapeau russe du toit de l’école et diffuser l’hymne américain chanté par Lady Gaga, ainsi que remplacer la lettre Z (symbole des blindés russes) sur les fenêtres de l’école, par la lettre X. Il a d’ailleurs quitté le pays le lendemain de la fin des cours (juin 2024), pour se rendre au Danemark où le film a été produit, monté et postsynchronisé. Le portrait du professeur d’histoire est particulièrement saisissant et glaçant : outre sa désinformation auprès des élèves (1 plein d’essence en France coute 150 €, les Français, dépourvus de matières premières, sont réduits à manger des huitres et des grenouilles), il admire Lavrenti Beria (1899-1953), bras droit de Joseph Staline (1878-1953), chef du NKVD (police politique) et qui développa les camps de travail forcé (goulag), Victor Abakoumov (1908-1954), chef du contre-espionnage, et Pavel Soudoplatov (1907-1996), responsable des services secrets soviétiques et qui supervisa l’assassinat de Léon Trotsky (1879-1940). Il a, d’ailleurs, obtenu le prix du meilleur professeur, récompensé par l’obtention d’un appartement de grand standing.