Scarlet et l'Éternité, réalisé par Mamoru Hosoda, est un film qui, dès le premier coup d'œil, séduit par son animation sublime. Avec des décors magnifiques et des personnages soigneusement dessinés, le film plonge le spectateur dans un univers riche et visuellement captivant. Scarlet, une princesse médiévale, se lance dans une quête vengeresse après la mort de son père, un voyage initiatique qui la mène dans le mystérieux "Pays des Morts". Ce lieu, où la frontière entre la vie et la mort est floue, constitue l’essence de l’intrigue, offrant au spectateur une plongée dans une esthétique unique et intrigante.
Cependant, malgré ces qualités visuelles indéniables, le film peine à maintenir une cohérence narrative fluide. Le récit se divise entre plusieurs dimensions temporelles et géographiques, ce qui, au lieu de renforcer l’immersion, finit par perdre le spectateur dans un enchevêtrement d’événements. Si la quête de Scarlet semble au départ motivée par la vengeance, elle se transforme rapidement en une introspection sur la rédemption et le pardon, un message noble mais quelque peu noyé dans la complexité du récit.
Le film présente également une richesse thématique qui, bien qu'intéressante, devient parfois trop envahissante. Scarlet, personnage fort et déterminé, lutte contre son propre désir de vengeance, un conflit intérieur qui se déploie sur plusieurs niveaux. À travers sa rencontre avec Hijiri, un jeune homme porteur d’une sagesse moderne et pacifique, Scarlet va être confrontée à l'idée de réconciliation. Toutefois, cette dynamique est compliquée par la multiplicité des enjeux et des personnages, ce qui rend difficile de saisir le cœur du message. L’histoire, bien qu’ambitieuse, souffre d’une densité excessive, et ce trop-plein d’informations et de thématiques crée un décalage entre les ambitions visuelles et la clarté du récit.
Scarlet et l'Éternité pourrait ainsi bénéficier d’un rythme plus mesuré, permettant à chaque thème d’être mieux développé sans perdre en fluidité. L’animation, bien que brillante, masque parfois la confusion narrative sous une couche d’esthétisme, et l’expérience devient plus complexe que captivante. Au final, ce film impressionne par sa beauté visuelle et ses enjeux profonds, mais sa richesse narrative risque de laisser une partie du public sur sa faim, noyée dans un excès d’informations qui mériterait plus de clarté.
Vu en projection de presse