On ne va pas se le cacher, le film de Max Walker-Silverman ne part pas gagnant et il faut une bonne dose de bonne humeur au départ pour se lancer dans « Rebuilding ». En effet, le film est lent, plutôt silencieux, presque contemplatif et le sujet de fond est quand même assez déprimant. 1h35 de paysages magnifiques certes mais de paysages désolés. Le long-métrage débute après un incendie monstre dans les plaines du Colorado, donc au milieu d’arbres calcinés, de ruines et d’herbe brulée. On a connu paysage plus luxuriant au Colorado ! Accompagné d’une musique assez présente et ma fois, assez agréable (country tendance supportable), « Rebuilding » est un film lent, pendant lequel le personnage principal subit silencieusement la situation
(il ne craque de très brièvement, une seule fois) : pas de cris, de sanglots, de colère.
Le rythme du film s’en trouve assez linéaire, dans scènes fortes, dans retournements de situation, aucun à-coup. On suit la reconstruction psychologique d’un fermier qui n’a plus ni ferme ni bétail, qui ne vivote que grâce à un petit boulot et des aides publiques qu’il doit quémander dans un mobil-home de la FEMA, avec quelques compagnons d’infortunes avec qui il noue une relation de voisinage. Lui l’homme solitaire et taiseux finit par se lier avec ses voisins de mobil-home pour des barbecues qui ressemblent à des sortes de thérapies de groupe post-traumatiques.
Dans le scénario, c’est ce qui surprend en premier : « au pays de la liberté », il n’est pas question d’assurance, d’indemnisation ou d’accompagnement psychologique. Tout juste on peut faire à ceux qui ont tout perdu un peu de charité, mais l’administration fédérale semble ici bien inhumaine, et je ne parle pas des banques !
Ces pauvres gens n’ont que leurs yeux pour pleurer et ce qui leur reste de volonté pour essayer de se reconstruire. C’est sans doute un regard d’européen qui me fait faire cette réflexion, peut-être que tout cela ne surprendrait pas un spectateur américain. Cette reconstruction psychologique plus que financière s’accompagne d’une autre reconstruction, celle de la relation de Dusty avec sa fille. Il était un père distant, accaparé par son ranch. Le voilà désormais disponible pour sa petite fille qui semble en demande de ce papa qu’elle ne connait pas bien. Dans son malheur, Dusty à de la chance : sa fille recherche son attention et son temps, son ex-femme est plutôt bienveillante et son ex-belle mère aussi. Quant au nouveau compagnon de son ex-femme (qui ne prononcera pas plus de deux phrases en tout et pout tout), il a l’air lui aussi d’un brave type. Ca nous change de tous ces scénarii où les ex-conjoints règlent des comptes ou nourrissent des rancœurs mal digérées. Ici, à l’image de tout le reste, tout est calme, posé, sans colère. C’est sur que « Rebuilding » est tout sauf un blockbuster ! Clairement, ce film sur la résilience n’est pas pour tous les publics. Mais comme il a la bonne idée d’être court, il fonctionne. Voir de la douceur, de la bienveillance et un peu d’espoir n’est pas désagréable, pour une fois. Josh O’Connor, l’étoile montante du moment, campe un Rusty tout en intériorité. Il encaisse beaucoup de chose avec stoïcisme et un peu de résignation. Mais ce qu’on prend pour de la résignation n’en est sans doute pas, c’est comme un processus de deuil qu’il doit accomplir, faire le deuil de sa vie d’avant qu’il aimait sincèrement. Josh O’Connor est parfaitement dans le ton de ce cow-boy en reconstruction. En réalité, « Rebuilding » est un film d’espoir qui semble dire que quand la vie ferme une porte, elle en ouvre une autre, ou plusieurs autres : une nouvelle amitié, une relation plus forte avec quelqu’un qu’on aime, c’est un message d’optimisme. Certes cet optimisme est bien caché derrière un film en apparence plombant, mais c’est une note d’espoir qui se mérite. « Rebuilding » ne partait pas gagnant sur le papier, mais ce film ne manque pas d’une certaine poésie et d’une vraie finesse.