LA FEMME DE - David Roux | ⭐ 6/10
La Femme de est typiquement le genre de film par lequel je me laisse emporter, un peu à contre-courant de mon propre jugement. Le genre où, malgré des failles évidentes - un scénario inabouti, des scènes qui sonnent faux, des problèmes de rythme…, je me surprends quand même à prendre un certain plaisir à le suivre jusqu’au bout.
Ce plaisir tient beaucoup à Mélanie Thierry, une nouvelle fois parfaite, dans ce rôle de femme peu à peu effacée par son environnement. Elle incarne avec une grande justesse cette invisibilisation quotidienne, sans cris ni éclats. Ici, pas de violence frontale, pas de disputes spectaculaires : le patriarcat s’exerce de manière sourde, presque banale. Un manque d’attention, des gestes ignorés, des paroles qui glissent… qui conduisent au manque de respect de tous, y compris de ses enfants. L'actrice parvient à faire sentir ce vide, cette fatigue d’exister à moitié, avec une retenue qui touche juste.
Autour d’elle, en revanche, tout ne fonctionne pas aussi bien. Les autres comédiens peinent parfois à convaincre, notamment dans les scènes collectives de tensions familiales qui basculent dans un jeu trop appuyé, presque théâtral. Cela casse le réalisme que le film cherche pourtant à installer.
Le récit lui-même montre également ses limites. Le film tourne rapidement en rond, comme s’il confondait l’ennui qu'il cherche à illustrer chez son personnage avec celui que le spectateur ressent par endroits.
Mais il y a malgré tout quelque chose qui accroche et maintient l'intérêt. Une forme de cruauté douce, et une certaine perversité des rapports, qui rappellent par moments le cinéma de Chabrol. La relation entre la mère et ses enfants, notamment, intrigue par son ambiguïté : entre amour, rejet, dépendance et incompréhension.
Au final, un film imparfait, parfois frustrant, mais traversé par une vraie justesse dans son regard sur une domination ordinaire, presque invisible et porté par l'une de nos meilleurs actrices. Et c’est peut-être pour tout cela qu’on y reste, malgré tout.
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