Vu en avant-première au festival du film de Sarlat (novembre 2025), en présence du réalisateur.
Impossible de ne pas faire le rapprochement : "La femme de", c'est ni plus ni moins qu'un pâle copié-collé de Thérèse Desqueyroux, le célèbre roman de François Mauriac, lequel, adapté au cinéma à deux reprises, est considéré comme un chef-d’œuvre de la littérature française. En voici l'intrigue résumée : une femme en proie à la solitude évolue dans un milieu bourgeois conservateur, étouffée par les conventions et les faux-semblants. Emmurée dans une campagne austère, sa rencontre avec un jeune intellectuel lui ouvrira les portes du désir et de l'émancipation... D'emblée, force est de constater que le synopsis du présent film reprend, à peu de choses près, la matière et les grandes étapes de cette histoire emblématique. Une question se pose alors : pourquoi ce film ? Quel intérêt, pour le spectateur, de visionner une simple variante de cette histoire qu'il connaît peut-être déjà ? Si, à la décharge de David Roux, l'écueil thématique ici constaté vient peut-être de ce que le roman originel (Son nom d'avant d'Hélène Lenoir) reproduit lui aussi une intrigue déjà exploitée par François Mauriac, on peut tout de même se demander quel intérêt le cinéaste trouve dans cette adaptation que beaucoup associeront au classique de Mauriac, et non à ce roman bien moins connu d'Hélène Lenoir... Qu'y avait-il donc à ajouter ?
Car, si l'intrigue de Thérèse Desqueyroux se déroule au milieu des années 1920 – une époque où les femmes demeuraient sous la tutelle de leur époux et respectaient les traditions bourgeoises encore très répandues –, la transposition d'une histoire semblable cent ans plus tard, à l'ère post-Me too, où beaucoup de femmes vivent indépendamment des hommes, sont libres d'agir et d'exercer leurs droits, où l'influence de l’Église a nettement reculé pour laisser place à une société largement laïque et sécularisée, sonne terriblement faux et datée. Et cette fausseté de ton se retrouve malheureusement dans les dialogues, plombés par des lourdeurs, des stéréotypes et des lieux communs qui installent le malaise chez les acteurs, dont le jeu accuse directement la maladresse (voir la scène de dispute entre frères et sœurs à propos de l'héritage). Seule Mélanie Thierry s'en sort miraculeusement, en déployant toutes les nuances de son jeu et sa sensibilité à fleur de peau.
Le cinéaste lui-même affirme « ne pas connaître » le milieu qu'il évoque... et cela se ressent de bout en bout. Le film déroule les clichés : famille bourgeoise très catholique, grande demeure, cours de catéchisme, machisme ambiant, figure imposante du « patriarche », conflits d'héritage... Il dépeint grossièrement cet univers – certes, toujours existant de nos jours, mais dans une moindre mesure –, sans faire de choix parmi les caractéristiques habituellement associées à la bourgeoisie conservatrice, au point de tout mélanger (en exagérant) pour en faire une farce qui vire fatalement vers le comique... Ajoutez à cela des personnages caricaturés à outrance, tels que le grand-père détestable, le mari réac' ou bien sûr l'épouse soumise, et vous obtenez une comédie grossière en lieu et place du « thriller domestique » voulu par son auteur. Ce dernier, pourtant, affirme sa volonté de ne pas trop exagérer le personnage d'Antoine (le mari). Difficile à croire quand on voit le dit personnage s'agenouiller, croix dans la main, juste avant l'accouchement de sa femme, pour prier le Ciel "que ce soit un garçon" (et on est en 2026...).
Plus formellement, hélas, peu d'effets de mise en scène et de cadrage réellement signifiants, mis à part un sur-cadrage intéressant – quoique convenu – sur les montants de portes qui emprisonnent le personnage féminin comme dans une cage. Cet effet est d'ailleurs le seul exemple cité par le cinéaste pour évoquer ses partis-pris stylistiques...
Même en faisant abstraction des maladresses évidentes que présente le film, telles que, par exemple, la caricature à l'excès du beau-père sentencieux ou encore le mensonge peu convaincant de la fille qui prétend sa mère décédée pour souligner sa transparence et sa soumission, l'émotion ne prend pas, les personnages ne suscitent aucun attachement, aucune empathie, et ce, malgré leur souffrance apparente et le tragique de leur situation. On reste littéralement de marbre devant les déchirements de cette famille et la douleur silencieuse du personnage principal.
« Je n'ai pas d'imagination », déclare le cinéaste. Il semble malheureusement difficile, en évoquant ce film, de le contredire...