Je savais qu’A pied d’œuvre, le film, était l’adaptation d’A pied d’œuvre, le roman, et que son auteur, Franck Courtès avait été, c’est la moindre des choses (mais ce n’est pas toujours le cas !), consulté pour le scénario. Mais j’ignorais que le roman fut autobiographique.
La sauce a pris rapidement. Cette histoire réaliste voire formatrice, ce que cela signifie de devenir pauvre, à fortiori quand on embrasse le métier d’écrivain, m’a semblé suffisamment plausible et crédible pour m’en émouvoir jusqu’à la fin, sans trop puiser dans mon capital confiance, malgré au moins deux séquences (la passagère de nuit et le chevreuil) relevant plutôt du fantasme. Mais qu’en sais-je en vérité ?
Le mérite en revient d’abord à Bastien Bouillon, idéal pour ce personnage commun - hors du commun (Jacques Gamblin aurait été très bien aussi). Sa justesse m’a autant touché que dans l’une de ses premières apparitions au cinéma (La nuit du 12). Depuis, son jeu sobre (trop ?) m’avait moins convaincu, dans le Comte de Monte Christo et l’Affaire Bojarski notamment.
Un ressort très simple m’a mis à pied d’oeuvre : l’identification. Paul Marquet était un double possible pour moi. Plus d’une fois, j’ai espéré changer le cours de ma vie pour me consacrer à l’écriture. Le courage et la discipline m’ont fait défaut.
Paul, lui, n’en manque pas, il me montre la voie, il ne cesse même de se mettre en danger, professionnellement, socialement, corporellement. Sans compter la rupture familiale qu’il vient de subir, femme et enfants partis loin (Montréal ?).
Paul n’est ni un homme révolté ni un homme en colère, encore moins un homme défait. Mais un obstiné et un réfractaire aux renoncements d’une vie. Il ne dévie pas de sa vie d’ascète, l’écriture le matin, les petits boulots ensuite, qui vont nourrir aussi son œuvre.... Son objectif est intangible : publier à nouveau. Aidé par une éditrice attentive et inquiète (Virginie Ledoyen, très juste), ni maternisante ni mère fouettarde.
Et puis le film ne manque pas de ressorts émotionnels. Le soutien de son éditrice qui fait contrepoids à l’incompréhension et à la dureté de son père (André Marcon, impeccable), la marchande de journaux qui l’héberge une nuit dans son arrière-salle, l’admiration que lui porte son fils qui vient, enfin, de lire un roman de son papa…
Ajoutées à ce portrait intime, qui s’écoute avant tout, le monologue de Paul en voix off structure le récit, des observations bien senties sur une modernité malfaisante, faite de précarité, de petits boulots mal payés, de clients souvent exigeants et rarement reconnaissants. Même si le film n’a rien d’une charge.
Recommandé à tous ceux qui entendront dans A pied d’œuvre un miroir tendu…