Avec cette adaptation cinématographique, on suit le parcours de cet écrivain qui se retrouve en situation de précarité. Le personnage de cet écrivain est très attachant et est très bien incarné par Bastien BOUILLON avec talent et nuances dans son jeu d’acteur. Si le déroulé du film peut paraître un peu lent, le scénario est assez original et limpide décrivant très bien le parcours difficile de cet écrivain obligé de recourir à des petits boulots souvent ingrats via une application d’offre d’emploi au plus offrant. Ce film est une bonne réflexion sur les conditions des situations précaires à notre époque.
Bernard CORIC
(Film visionné à la convention DIAPHANA le18/11/2025 à PARIS )
Il y a des cinéastes avec qui on a beau essayer mais cela ne fonctionne pas. On n’accroche pas à leurs univers, à leurs histoires ou encore à leur façon de mettre en scène. Et on ne peut pas dire que c’est une tête ou un faciès qui ne nous revient pas puisque c’est toujours un plaisir de voir la charmante Valérie Donzelli devant la caméra, comme dans le récent « Les Musiciens ». Même le film qui l’a révélée en tant que réalisatrice à Cannes qui était son second, « La guerre est déclarée », ne nous avait pas particulièrement emporté malgré l’engouement général. Les suivants c’était pire, de « Main dans la main » à « Marguerite et Julien ». En général, pas que l’on déteste ses créations mais on est rarement emballé par les emphases ou les petites fantaisies qu’elle y distille. C’est davantage de l’insensibilité à une sensibilité qu’autre chose. Pareillement, lorsqu’elle traite la masculinité toxique dans « L’Amour et les forêts », le résultat nous est apparu tiède et peu avenant, à contrario de l’avis général. Parfois, il ne faut pas insister mais la voir s’emparer d’un roman à tendance sociale sur la précarité augurait peut-être d’un virage bénéfique pour notre adhésion envers son cinéma. Sauf qu’encore une fois, cela n’a pas vraiment été le cas. Et qu’encore une fois, « À pied d’œuvre » n’est pas à proprement parler un mauvais film, juste un long-métrage qui nous laisse de marbre et nous a presque fait glisser dans une certaine torpeur.
Le livre de Franck Courtès était autobiographique. Il racontait le lent glissement qu’il a vécu après son divorce de la vie de bourgeois vers une certaine forme de précarité. Photographe de métier, il a tout quitté pour devenir écrivain mais sa rupture l’a mis dans une position financière délicate. Il va alors connaître les petits boulots de dépannage où il va rencontrer une foultitude de gens et de situations qui vont garnir sa mémoire et son imaginaire et ainsi que lui permettre d’écrire ledit livre. Bastien Bouillon se glisse dans la peau de l’homme et s’investit à fond dans un rôle qui semble lui aller parfaitement. Mais le problème vient d’ailleurs. Si, au début, on s’amuse de certaines de ces vignettes entre bricolage et remise en question, le tour de la question est vite fait et ce qui devait être passionnant ou légitime à l’écrit l’est peut-être beaucoup moins en images dans le cadre d’un film. « À pied d’œuvre » devient alors répétitif et peu engageant et malgré sa très courte durée, on ne parvient pas à accrocher et se passionner pour les micro-aventures de cet homme. D’autant plus que Donzelli, comme souvent, ajoute quelques touches fantaisistes qui s’accordent plutôt mal à l’ambiance et au sujet. Tout juste on retiendra un portrait de la précarité ordinaire bien senti et à quel point la bascule vers la pauvreté est soudain. Mais ce n’est pas encore le film qui nous fera aimer le cinéma de Donzelli, question de sensibilité donc probablement.
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Quand il s’agit de parler de l’air du temps qu’il fait, Valérie Donzelli se montre en général inspirée et c’est bien le cas avec À pied d’œuvre. Nous voici en présence d’un homme qui a choisi d’abandonner un métier plutôt lucratif pour sa véritable passion, l’écriture, au grand dam de ses proches et avec le risque de connaître des fins de mois difficiles. Le héros du film verse dans les petits boulots et la précarité qui va avec. Son entourage le considère comme un faux pauvre, mais il s’en fiche, se considérant libre malgré sa soumission à des patrons d’un jour. Donzelli filme sa nouvelle condition avec finesse et le goût de la fantaisie qu’on lui connaît. Cela reste le monde capitaliste, dans un mode mineur, mais toujours concurrentiel, avec cet usage de noter sur les réseaux tout service rendu, à partir du moment où il est tarifé. La réalisatrice s’en amuse et s’en inquiète, mais c’est avant tout un portrait humain que chacun jugera à l’aune de ses propres convictions. C’est une œuvre politique, assurément, non dans le jugement, mais dans l’évocation, dont la légèreté permet de demeurer sur une tonalité pas si pessimiste. Bastien Bouillon, décidément incontournable depuis quelque temps, apporte à son personnage l'apparente désinvolture et la conviction nécessaires.
Vu au Festival de l'écrit à l'écran, à Montélimar. On retrouve dans ce film la vitalité qui est la marque de fabrique de Valérie Donzelli. Un film intelligent, filmé de près, où le corps est très présent. Comment évoquer la pauvreté sans tomber dans le misérabilisme ? Pari réussi. Les dialogues et les silences sont très éloquents. Une lumière souvent tristounette, la caméra sur les petites choses soulignent le propos. Un rôle en or pour Bastien Bouillon, incroyable du début à la fin.