Pour son premier long métrage, ce metteur en scène connu pour ses œuvres d'opéra nous offre une partition raffinée et tout en humilité, à l'image de l'artiste prêtre, et met en lumière le destin oublié de ces femmes musiciennes au grand talent et d'une richesse collective, mais condamnées à le voir disparaitre dès leur mariage. Au-delà du portrait pertinent de la femme exploitée qui cherche l'émancipation, c'est avant tout une fable universelle sur l'innocence qui se libère, dans l'espoir de connaitre tous les affres de la vie.
C'est une œuvre d'une lucidité implacable sur le rapport à l'argent et à l'humain, qui sont indissociables de l'articulation, et respiration quotidienne de la société, mais dont l'art et la musique, lors d'un bref instant, auraient le pouvoir d'élever la conscience, et de sublimer l'âme.
D'un autre côté, les dernières séquences du film semblent un peu dissonantes et appuyées dans le déroulement, comme s'il voulait surinvestir un propos déjà beaucoup trop limpide.
Le film est un peu trop dans l'ère du temps, critiquant le patriarcat à maintes reprises, et reprenant une figure masculine emblématique pour y raconter l'histoire d'une femme se tenant à proximité, mais dissimulée de l'histoire. Vivaldi est présenté comme fragile et décadent, comme pour décroître un peu son aura, et favoriser l'émergence féminine. On peut ainsi voir les différences avec le roman, qui se focalise exclusivement sur Cecilia dans un monologue intérieur, à la fois poétique et méditatif, où la musique se mêle à la solitude, et le spirituel de la foi. Le titre du roman Stabat Mater fait référence à un texte médiéval ancien, qui a d'ailleurs inspiré Vivaldi lui-même, et est d'autant plus évocateur dans sa puissance symbolique et métaphorique sur la douleur, la quête identitaire, la maternité, et la libération cathartique par l'art.