L’émotion pure
Jean-Baptiste Leonetti reste pour moi un quasi inconnu, car je n’ai que de vagues souvenirs de ses films précédents qui remontent à 2011 et 2015 et qui avaient pourtant réuni des distributions prestigieuses. Le voici de retour avec ce drame très original de 98 minutes, là aussi, défendu par un magnifique couple d’acteurs. Rose et Jean n’ont rien en commun. Rose est une force de la nature qui affronte tous ses problèmes avec une désarmante joie de vivre. Elle campe avec ses 3 enfants à l’étage de l’hôtel de famille qui ne leur appartient plus, et non, ils ne sont pas pauvres, ils sont fauchés. C’est temporaire. Jean est un homme solitaire et taciturne qui a fini par enfouir son grand cœur sous des couches de pudeur et de résignation. Quand il arrive malgré lui dans cette famille hors norme, il va très vite devenir indispensable. Qu’attendaient-ils avant de se rencontrer ? Sans doute plus rien. Et pourtant, ensemble, tout va devenir possible. Incontestablement un beau film où l’émotion reste contenue de bout en bout grâce à un humour de chaque instant. Un film tout en rupture de tons qui vaut d’être vu.
Voilà une comédie dramatique menée tambour battant grâce à un montage plus que serré avec plus de 1800 coupes qui donnent un dynamisme rare à cette grosse heure et demi qu’on ne voit pas passer. Les personnages dégagent un charme absolu palpable, de celui qui provoque l’envie de traverser l’écran les embrasser. Un drôle de voyage passant sans arrêt du burlesque au tragique, l’humour est ici une porte d’entrée vers une émotion qu’on ne soupçonnait pas. Mais, ici, aussi, nul pathos, pas de tire-larmes inutile, pas de misérabilisme, pas de romance encombrante, mais on va à l’essentiel, même si c’est par des chemins détournés. Il privilégie l’évolution humaine plutôt que le romantisme attendu, grâce à un équilibre subtil entre énergie et intériorité. Un très beau film sur la résilience et l’entraide, comme on n’en avait pas vu depuis longtemps.
Créer un duo d'acteurs contrastés était bien évidemment crucial pour la réussite de ce film. Bingo avec Sandrine Kiberlain et son mélange d'élégance, de fantaisie et d'intelligence et un Pierre Lottin formidable de charisme et de sensibilité. Les 3 enfants, Alexis Rosenstiehl, Louise Labèque et la petite Alma Ngoc sont également épatants de justesse et de présence. Ils réussissent tous la prouesse d’une complexité incroyable de jouer l’ultra-intime, le minuscule, le plus banal avec une sensibilité, une sincérité et une tendresse infinies. Un très beau moment d’émotion pure.