Lorsqu'on regarde un film dont le scénario est l'adaptation d'une œuvre littéraire, doit on avant tout se demander si le film est fidèle au roman ou bien peut on prendre la liberté de le regarder sans trop penser au texte dont il est issu ? En fait, très souvent, on n'a pas lu le roman et la question ne se pose pas ou bien, le texte est ancien, on l'a lu il y a très longtemps et on est bien incapable de juger si la fidélité est ou non présente. Dans ce cas là, il est bon de commencer par essayer d'estimer quel est le degré de fidélité de sa mémoire ! Tout cela pour dire que, bien qu'ayant lu "L'étranger", ne comptez pas sur moi pour affirmer avec force que le film de François Ozon est absolument fidèle au roman d'Albert Camus ou, qu'au contraire, il s'agit d'une complète trahison. Non, je me contenterai de dire qu'il me semble que cette adaptation cinématographique est plutôt fidèle à l'esprit du livre avec, pour commencer, le choix de noir et blanc, en phase avec l'époque, en phase également, avec le lieu où se déroule l'action; avec une absence de jugement de valeur sur les personnages, a
vec un Meursault qui semble totalement indifférent à ce qui se passe autour de lui, que ce soit l'amour que lui porte Marie, le décès de sa mère ou le racisme envers les "indigènes".
Sinon, dans mon souvenir, il me semble que Marie n'a pas un rôle aussi important dans le roman que celui, magnifiquement interprété par Rebecca Marder, qu'elle a dans le film de François Ozon et j'avoue que je ne me souvenais plus très bien du personnage de Salamano, l'homme au chien. Et puis, il faudrait que je me replonge dans le roman pour vérifier si le comportement adopté à la fin par Meursault y est aussi inexplicable que dans le film :
cet homme qui, jusque là, était apparu comme étant totalement hors sol, qui s'était montré absolument imperturbable durant son procès et qui, d'un seul coup, se transforme en bête féroce !
Comme dans le roman, le rythme est très lent, surtout dans la première partie et il faut reconnaitre que, si une telle lenteur passe très bien à la lecture, elle peut s'avérer plus difficile à supporter dans un film. Bien que le film ait été tourné à Tanger, François Ozon réussit bien à nous faire croire que l'action se déroule dans Alger la blanche. La distribution est un modèle du genre avec Benjamin Voisin qui interprète Meursault, peut-être un petit peu trop athlétique pour le rôle, mais parfait par ailleurs, avec Rebecca Marder, dont je n'avais jamais remarqué jusque là la grande ressemblance physique avec Juliette Binoche, avec Pierre Lottin, fidèle à lui-même dans le rôle de Raymond Sintès, avec Nicolas Vaude qui joue le procureur, avec Swann Arlaud dans le rôle de l’aumônier. On remerciera François Ozon d'avoir choisi de remettre en scène des interprètes qui furent de très grandes vedettes et que le cinéma français avait presque complètement oublié : Christophe Malavoy, Denis Lavant, Mireille Perrier. On le remerciera moins d'avoir un peu trop noyé son film dans une musique hors sujet et qui s'avère in fine plus nuisible qu'utile.