Film dramatique écrit et réalisé par François Ozon, L’Étranger est un long-métrage plutôt de bonne facture. L'histoire se déroule à Alger, en Algérie française, à la fin des années trente, et nous fait suivre Meursault, un jeune homme vivant seul, venant de perdre sa mère qui vivait dans un asile. À peine après avoir enterré sa défunte mère, il fait la rencontre de Marie, une jeune femme qu'il avait perdu de vue. Commence alors une idylle. Mais lorsque Raymond, son voisin, en conflit avec un arabe, tombe avec lui sur ce dernier sur une plage, une rixe éclate, provoquant la chute de Meursault. Ce scénario, assez fidèlement adapté du roman éponyme d'Albert Camus, publié en 1942, s'avère globalement prenant à visionner tout du long de sa durée de près de deux heures. Une durée qui se fait tout de même ressentir dû à sa lenteur et à sa première partie trop longue. En effet, l'intrigue prend vraiment beaucoup de temps avant de réellement décoller via l'élément déclencheur qui survient à peu près à la moitié du récit. Il faut donc se montrer patient et le métrage aurait gagné à être amputé d'une bonne demi-heure afin de rentrer plus rapidement dans le vif de son sujet. Car si les séquences concernant la mort de sa mère, le deuil qui en suit et sa romance avec sa dulcinée sont primordiales, elles auraient pu êtres plus condensées. Mais à partir de l'acte irréparable changeant la destiné du principal intéressé, la narration devient plus intéressante, notamment à la faveur du procès qui en découle. Cependant, pas mal d'éléments scénaristiques sont assez désagréables, à commencer par la passivité de l'accusé et de sa défense catastrophique. Mais c'est bien sa personnalité peu loquace, détachée et dépourvue de sensibilité qui le rende antipathique. Et cela est franchement problématique tant on se moque bien de son sort vu qu'il n'est nullement attachant. On ne comprend tout simplement pas sa psychologie. C'est également dommage que la victime ne soit pas plus approfondie. En l'état, on ne ressent rien pour elle. Et si cela est raccord avec le propos du roman, rien n'empêchait de lui ajouter cette profondeur qui aurait été cohérente avec le message final. La thématique de la colonisation et de la différence de traitement entre les indigènes et les colonisateurs est-elle intégrée de façon subtile, trop subtile. Il aurait été pertinent de davantage développer cet aspect. L'ambiance est pour sa part ni assez dramatique, ni assez emplie de tension pour dégager quelque chose. L'ensemble est porté par des personnages en demi-teinte, interprétés par une distribution tout de même convaincante, même si Benjamin Voisin paraît parfois un peu trop poser pour la caméra. Sa petite amie est elle jouée par Rebecca Marder. Mais c'est bien Pierre Lottin, le voisin de Meursault, qui crève l'écran et dégage beaucoup plus de sympathie et de profondeur que le rôle principal, ce qui est quand même anormal. Le reste de la distribution comporte Denis Lavant, Swann Arlaud, Christophe Malavoy, Nicolas Vaude, Jean-Charles Clichet ou encore Mireille Perrier. Tous ces individus entretiennent malheureusement des rapports ne procurant aucune émotion, pas même la romance à sens unique ou la peine encourue. Cela est en parti dû à des échanges soutenus par des dialogues trop neutres et carrément soporifiques lorsqu'ils sortent de la bouche d'un Meursault sans aucune conviction. C'est d'autant plus dommage qu'ils sont déclamés avec un phrasé franchement appréciable. Sur la forme, la réalisation du cinéaste français s'avère qualitative. Sa mise en scène est sobre mais soignée et évolue dans des environnements agréables. Le travail de reconstitution d'époque est également honorable. Mais c'est dans son choix du noir et blanc que l’œuvre se démarque car il lui donne une très belle esthétique léchée, parvenant même à nous faire ressentir la chaleur écrasante d'un soleil de plomb pourtant dépourvu de couleur. Ce ravissant visuel est accompagné par une bande originale signée Fatima Al Qadiri, dont les compositions mélodieuses confèrent une certaine atmosphère à certains moments clés, tout en restant paradoxalement discrètes. Reste un dernier acte un peu longuet venant s'achever sur une fin réussie venant ainsi mettre un terme à L’Étranger qui, en conclusion, est un film méritant d'être admiré, en dépit de ses défauts.