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Nine R.
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3,5
Publiée le 10 novembre 2025
L’étranger de François Ozon Je suis allée voir le film comme on retourne sur un lieu de sa jeunesse, avec curiosité, en ayant en tête quelques images fortes et le souvenir d’une incompréhension. Étais-je trop jeune pour saisir toutes les subtilités de cette histoire ? Comme beaucoup, j’ai lu le livre au collège ; j’avais apprécié son étrangeté et plus encore les analyses que nous en avions faites en classe, encouragés par une bonne prof de français, qui permettait d’en avoir une approche littéraire et “philosophique� stimulante. Ce roman, à l’inverse de beaucoup de personnes que je connais, ne m’avait pas laissée de marbre en raison de la complexité des thèmes abordés (l’absurdité de la vie, l’indifférence, l’illusion que le monde à un sens etc…) mais la psychologie de Meursault ainsi que la motivation de son acte restaient opaques, réfractaires à une interprétation satisfaisante. Difficile d’aimer un personnage qu’on ne parvient pas vraiment à comprendre, malheureux, auquel l’identification est quasi impossible. Je n’ai jamais ressenti le besoin de le relire, à l’inverse de La peste par exemple où il n’est question que d’humanité. Et, j’avais complètement oublié l’existence de Marie (sublime Rebecca Marder que n’importe quel être humain souhaiterait adorer une vie entière ! ). Ozon en faisant le choix du noir et blanc et celui d’acteurs très (trop?) photogéniques nous offre un film très esthétique qui s’explique, je crois, par l’intention de montrer, par contraste, l’absurdité du protagoniste à renoncer au charme et à la beauté du monde. Le réalisateur le présente comme un être sensuel, sensible aux sons d’Alger (appel à la prière, bruits de la rue), à l’observation de la vie de ses congénères, aux étreintes charnelles avec sa compagne et aux plaisirs de la baignade. Mais Meursault n’est habité par rien. Il vit dans un présent perpétuel (il n’a pas d’ambitions professionnelles, ne voit pas l’interêt du mariage mais veut bien se marier) et semble ne se souvenir de rien. Il flotte dans un vide existentiel. Le film parvient très bien à nous faire ressentir la solitude et même l’absence de mémoire affective de Meursault. Marie dit qu’il ne ment jamais et parle peu mais que ressent-il ? Il est incapable de dire si il aime sa compagne. Il ne se défend pas lors de son procès, pire il ne montre aucun remord, aucun sens moral. Il évoque le soleil pour justifier son acte, un soleil de plomb accablant, écrasant. Oui, il est écrasé, coupable ontoliquement ainsi qu’il le dit à l’aumônier dans sa cellule : “nous sommes tous coupables� Mais de quoi ? Est-il coupable de vivre ? Il ne parle jamais de sa mère morte, celle qui lui a donné la vie, ce sont les autres qui en parlent, lui n’a qu’une photo d’elle et pourtant sa présence (absence) imprègne tout le film. Il demeure bien des interrogations au sujet du meurtre de l’Arabe sur la plage. Le film ne peut y répondre mais aujourd’hui je vois en Meursault un être profondément pathologique, obsédé par la mort (l’incipit du livre est “Aujourd’hui, maman est morte� qu’Ozon a remplacé par “J’ai tué un arabe “) et finalement absorbée par elle, comme s’il l’avait toujours méritée. Car enfin qui Meursault tue t-il vraiment en passant à l’acte : est-ce l’étranger en lui-même ? Le Meursault qui vit sans se connaître ? Est-ce un père symbole du principe d’autorité? Et si, au fond, il cherchait qu’on lui accorde la mort que lui-même ne peut se donner. Bon, je m’égare… En tout cas, je suis reconnaissante à Ozon de laisser au film sa part de mystère et de m’offrir l’occasion de m’interroger à nouveau sur cette question en rien… absurde !
Fan du cinéma de Ozon et des livres de Camus, comment passer à côté de ce film ? Je l'ai vu avec une certaine appréhension car le livre de Camus m'est apparu si puissant que je craignais qu'il ne soit pas traduit cinématographiquement à la hauteur du livre. C'est malheureusement ce qui s'est produit ici. La montagne s'est avérée trop haute et le résultat m'a laissé sur ma fin. Le film de Visconti s'est rapproché au mieux du livre sans atteindre l'excellence parce que ce livre, probablement, porte en lui l'essence de la lecture et ne permet pas une traduction autre que par des mots à lire. Le roman : La chute aurait peut-être permis a Ozon de parvenir à faire entrer Camus dans les salles de cinéma avec plus de puissance. Là, l'auteur est servi de manière bancale notamment à la fin où le message de Camus est concentré dans une scène finale qui joue elle-même contre le film en réduisant le message à une tirade sans saveur et trop restrictive
Une réalisation très soignée qui nous plonge en immersion dans l'Algérie française d'avant guerre. Je sais que le livre d'Albert Camus est réputé particulièrement complexe dans sa narration et difficilement accessible. Le film permet donc une lecture, par son réalisateur, peut être plus claire pour cerner différents points de l'ouvrage. En tout les cas le choix du noir et blanc magnifie les ruelles de la Casbah jusqu'à la plage en passant par les bains d'Alger. La réflexion posée ici est curieusement un peu (juste un peu) en lien avec celle de l'homme qui rétrécit sortie dans cette même période, sur le sens de l'existence. La nonchalance du protagoniste est presque obsessionnelle pour le spectateur, ces phrases telles que "spoiler: Nous n'y pouvons rien " ou encore "spoiler: Ça n'a pas d'importance " nous questionnes sans cesse tout au long de l'œuvre. spoiler: La scène du procès est particulièrement réussie je trouve, ainsi que la narration finale et la scène avec le prêtre en visite dans la cellule . J'ai aimé (à mon étonnement) et recommande cette oeuvre, tout en rappelant que le film ne pourra pas plaire et être accessible à tout le monde.
Adaptation moderne d'un des grands romans du XXème siècle, cette version de "L'étranger" capte de façon précise cette ambiance colonialiste de l'Algérie des années 40, où certains Français donnent l'impression de vivre dans un monde parallèle, où les "indigènes" font partie du décor mais semblent constituer une portion congrue du microcosme local. Sans doute plus politique que le beau film de Visconti, cette œuvre d'Ozon pointe admirablement la veulerie de Meursault, son indifférence au monde et aux gens qui l'entourent, grâce à l'interprétation nuancée de Benjamin Voisin. Pierre Lottin est également fort convaincant dans le rôle de Raymond, tout comme le reste d'un casting parfaitement choisi, où l'on retrouve réunis, dans de petits rôles, Denis Lavant et Mireille Perrier, le couple du premier long-métrage de Leos Carax.
Très bon film. Le jeu des acteurs est remarquable. Le scénario reprend fidèlement le roman d'Albert Camus. j'ai adoré et ai passé un excellent moment de cinéma.
le N&B sied particulièrement à cette adaptation du roman d'Albert Camus. Le film s'articule en deux parties, même si on sait depuis le début quel en est le fil conducteur : "j'ai tué un arabe" déclare Meursault à ses codétenus alors qu'on l'emprisonne dans une cellule sans confort, infestée de rats avec plusieurs dizaines d'autres personnes. La première partie, c'est la vie quotidienne du personnage principal, taciturne, sans émotion, sans véritable opinion : l'enterrement de sa mère où il ne manifeste rien, sa petite amie à qui il ne peut dire qu'il l'aime, ses voisins dont un souteneur qui va l'entrainer malgré lui, sans réelle volonté, sans renoncement non plus, au gré de circonstances qui auraient pu être maitrisées, jusqu'au meurtre absurde, absurde comme la vie qui pour Meursault, n'a aucun sens aucun but, ce qui sera développé dans la seconde partie avec les scènes du procès où il ne nie pas, ne se défend pas, jusqu'à la visite de l'Aumonier avant on exécution où il va refuser toute assistance et approche spirituelle. Les acteurs sont excellents, les images superbes, l'ambiance coloniale et la révolte qui sourd déjà sont jute esquissées à petites touches. Evidemment, comme le personnage est lisse, voire antipathique, le émotions sont plus de nature philosophique ( l'absurdité de la vie) et esthétiques qu'affectives
Si cette adaptation du roman célèbre de Camus, m'a semblé plus réussie au plan formel que celle de Visconti (1967), cet opus de François Ozon, m'a laissé un sentiment mitigé.
Malgré la chaleur du climat qui entoure le scénario, la froideur du film a fait naître en moi un sentiment de détachement émotionnel ( peut-être à l'image de ce qu'éprouve Meursault ).
La théorie de l'absurde chère à Camus est ici édulcorée par un refoulement au caractère vaguement homosexuel. Trait qu'on retrouve dans bon nombre de titres de la filmographie de son auteur.
Certaines scènes ( pas suffisamment nombreuses selon moi ) sont très réussies ( mes préférées sont celles où apparaît Pierre Lottin ) mais globalement j'ai tout de même éprouvé une petite pointe de déception.
Ozon propose une belle adaptation du fameux roman de Camus, à la fois fidèle et très personnel (notamment dans l'ambiguité de son personnage en ce qui concerne sa sexualité). Etrange film que L'Etranger, beau, très bien filmé donc réussi.
Sortie annuelle pour François Ozon, qui s’attaque cette fois à L’Étranger de Camus. Le pari était risqué, et pourtant, le film a pas mal de qualités. La mise en scène est somptueuse, et le noir et blanc magnifique donne une vraie atmosphère. Benjamin Voisin porte tout le film : son jeu peut paraître figé, mais c’est le personnage, donc ça colle. J’ai parfois cru que j’allais m’ennuyer, mais au final, les deux heures sont passées très vite, et le film continue à me hanter, ce qui est plutôt bon signe. L’Algérie des années 30 est très bien reconstituée, et même si je n’ai pas lu le roman, jugé inadaptable, l’ensemble m’a semblé fort et prenant. Pas le meilleur de son auteur, ni le film de l’année, mais un bon cru, presque fascinant, et parfois bouleversant.
L'Etranger frappe par son calme dérangeant : Ozon ne cherche pas à émouvoir, mais à exposer l’absurdité nue de l’existence. La mise en scène dépouillée et le jeu glacé de Benjamin Voisin laissent un sentiment d’étrangeté persistant. Tout y semble à la fois beau et vide, comme si le monde observait Meursault sans le comprendre. Une adaptation audacieuse, presque hypnotique.
Le cinéaste hétéroclite François Ozon adapte le roman éponyme d'Albert Camus (que je n'ai pas lu), nous replongeant dans l'Algérie Française des années 1930 et nous contant cette histoire de colonialisme, de crime, de détachement, de mal-être.
Doté d'un aspect formel très poussé (dont une somptueuse photographie en noir et blanc, solaire et plombant à la fois), le film a eu bien du mal à me captiver durant ses 2h, notamment de par sa narration trop lancinante (contre-balancée par un dernier tiers, centré sur le procès, plus expéditif et verbeux) et son personnage principal, Meursault, incarné par le pourtant charismatique Benjamin Voisin qui, de par son jeu taiseux et semblant déconnecté de tout, m'a laissé à distance de son histoire et de ses questionnements.
Un film beau, mais trop taciturne, à l'image de son protagoniste, qui ne m'a jamais vraiment permis de rentrer dans ce qu'il me proposait, me racontait. 5,5/10.