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Hervé L
16 abonnés
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3,0
Publiée le 1 novembre 2025
Un nouveau film de François Ozon est toujours une curiosité: bilan globalement positif pour son 24e long-métrage qui compte, à mes yeux, 2 atouts et 1 défaut. Ce à quoi j'ai été le plus sensible est sans doute la beauté formelle de ce film qui semble être avant tout une œuvre esthétique. C'est un film que je trouve vraiment très réussi esthétiquement, dans un noir et blanc somptueux. L'autre point fort du film est la qualité de son interprétation: la subtile performance de Benjamin Voisin est pour beaucoup dans la réussite du film. Rebecca Marder et Pierre Lottin complète un casting de haut niveau. Un bémol hélas: le film est un peu plombé par sa lenteur et ses longueurs, notamment dans la première partie consacrée à l'enterrement de la mère de Meursault, une partie qui traîne en longueurs pour planter le décor d'Alger dans les années 30.
Ne faisons pas semblant d'ignorer L'Étranger de Camus, c'est l'un des premiers romans français les plus lus au monde. Impossible de spoiler ici ! L'intéressant est de voir ce que ce cinéaste (Ozon) en a fait - quelqu'un en avait déjà fait un film en 1967 (Visconti), mais sans avoir le droit de s'écarter du roman.
Le roman (sur le fond) tient du génie, car cette "tendre indifférence du monde" (l'absurde), pur concept à l'époque du roman, est une véritable vision du monde d'aujourd'hui. Mais l'auteur du film en a fait un film d'époque (on est bien à la veille de la seconde guerre mondiale, en Algérie française, avec ses voitures, sa mode vestimentaire). Des spectateurs apprécieront cela, mais ce monde d'aujourd'hui, tellement entendu dans la bouche du personnage, tellement absurde, demeure un effet de notre propre réflexion.
D'ailleurs, le noir et blanc du film était-il une bonne idée ? Ça donne une touche d'avant guerre. En revanche, ça enlève la possibilité de faire de la lumière du ciel et de la nature un acteur à part entière, acteur clé dans le drame sur la plage, sous le soleil de plomb, qui fera basculer l'étrange Monsieur Meursault.
L'Étranger est un extraterrestre, pas Terminator mais presque ! Il fait peur car il est des nôtres (pas de l'extérieur). Le personnage est typiquement un sociopathe tel qu'on le définit aujourd'hui. D'où son impression de vivre dans un monde absurde. Mais il aime faire des choses (l'amour, nager, boire, manger, fumer), il n'est pas dépressif. C'est juste qu'il ne sait pas dire qu'il aime (aime-t-il ?), il peine à sourire, il ne pleure pas, il sera guillotiné pour cette raison. En cela, il est authentique d'ailleurs, c'est un véritable héros, il ne joue pas, il ne ment pas, il est sûr de tout (au point qu'un curé en sera effaré - excellent moment du film). Ça, c'est extrêmement bien traité par le film, on finit par être très ému par le personnage condamné, emprisonné, négligé (alors qu'on n'éprouve rien avant)
Mais deux choses nous interpellent. D'abord, l'Étranger, qu'on imagine frêle, est joué par un Benjamin Voisin bodybuildé, c'est étrange -pour le coup ! Est-ce pour rendre la masculinité coupable de quelque chose chez ce personnage, qui d'ailleurs fait "étrangement" copain copain avec un autre personnage à la masculinité plus que détestable (joué par l'excellent Pierre Lottin) ? Ensuite, l'absurdité du drame sur la plage n'est pas aussi claire chez le cinéaste : le scénario laisse supposer la préméditation du colonialiste (et non le fait du hasard) ; et la caméra montre même un trouble homosexuel.
Super film qui m'a beaucoup plu d'après le livre éponyme d'Albert Camus. François Ozon choisit le noir et blanc (comme dans son précédent film "Frantz") pour nous faire revivre cette période de l'histoire où l'Algérie était française et où arabes et français de métropole se côtoyaient. Il a choisi un casting d'exception : Benjamin Voisin très bon en homme coupé de ses émotions, Rebecca Marder toute en lumière et délicatesse, Pierre Lottin dans sa simplicité et surprise réjouissante vers la fin du film avec Swann Arlaud en prêtre de confesse. De très beaux plans cinématographiques, un jeu très réussi avec la lumière. On reconnait la touche sensuelle propre à Ozon. Le personnage principal donne l'impression de subir sa vie, de ne pas être vraiment maître de son destin, il invoque le hasard pour justifier un coup de feu, quand sa petite amie lui demande s'il l'aime, il répond que cela n'a pas d'importance. Personnalité intéressante et déroutante.
Vu par curiosité., n'ayant jamais lu le roman. Personnellement, je n’entends rien aux noeuds cérébraux camusiens. Quant au film il y manque les principaux éléments qui rendent un long mètrage digeste : des personnages vraissemblables ancrés dans le réel. Une vie, un passé, une histoire, des sentiment.. en bref un ancrage psychologique et un minimum de réalisme qui permette de s’ identifier aux personnage. Ici tout est irréel, flou, intangible, ambiguë. Les amitiés, les antipathies, les amours. Le réalisateur semble n’avoir pris aucun parti d’interprétation de l'œuvre d’origine (le roman). Le meursault de Camus était il dans son esprit si apathique, incipide, neurasthénique ? D’un point de vue cinématographique les efforts sur la forme (la photographie à la Doisneau) ne suffisent pas à convaincre et ne permettent aucunement de compenser la lacune de fond. Il manque un ton. un style, une vision.. Le film erre sans parvenir à la cohérence d’une œuvre aboutie. L’ensemble nous plonge dans un ennui et une perplexité constants. Un film narcissique, plat, terne, sans souffle, dont on ne discerne ni le sens, ni le but, ni l'intérêt. Mais peut-être est-ce un reflet abouti du roman? Aucune envie de prolonger la torture de toute façon.
Film noir, en noir et blanc qui souligne parfaitement la philosophie d’, l’absurdité de la condition humaine où le hasard est déterminant. Le rejet de Dieu et l’amitié même néfaste sont parfaitement soulignés. F. Ozon est surprenant dans ce registre.
« L’étranger » d’Albert Camus, roman traduit dans de nombreuses langues et valeur sûre et permanente des études de littérature, incontournable au lycée puisque c’est l’œuvre la plus étudiée en classe de première… pour le baccalauréat. Avant de voir cette adaptation ou après pour se rafraîchir les codes narratifs, lire par exemple la notice Wikipédia sur l’œuvre. Les évoquer ici ce serait spoiler, c’est-à-dire révéler un élément clé de l'intrigue de l’œuvre, au point de gâcher à autrui l'effet de surprise et le plaisir de la découverte. Mais c’est la rançon des incontournables. On ne s’étonnera pas d’un style scolaire. Ce sont les pages et le découpage du roman… à l’écran. Le spectateur s’enfoncera dans une narration porteuse d’un message, d’une vision désabusée (oups, c’est spoiler) du monde. C’est d’un personnage qu’il s’agit, de son détachement envers les évènements qu’il subit, attitude et message hautement philosophiques. Révision : c'est lui l'étranger à sa propre histoire. Là vous êtes de retour sur les bancs du lycée ! Puisse ce film aider le spectateur à s’approprier ou se réapproprier une œuvre essentielle. Tout le monde n’a pas fait la classe de première, filières générales. Moi le premier ! Sur le plan cinématographique, la reconstitution par l’image de l’Algérie française, du moins la ville européanisée d’Alger, est particulièrement bien travaillée. Dans les détails, l’Arabe du cru est un indigène. Des choses comme ça qui remémorent ou interpellent peut-être.
Film excellent , Très fidèle au roman ! Des personnages de grandes qualité dont les interprétations vous font pénétrer au sein d’une société des années quarante. Magistral, le rôle du prêtre !
Meursault est un nihiliste. Il est le néant et veut qu’il advienne : pourquoi quelque chose plutôt que rien. L’existence de Meursault tient de l’absurde, principe fécond cher à Camus lui-même. Ozon a rendu perceptibles les doctrines de philosophes (surtout allemands) qui se sont penchés sur l’Etre et l’impossibilité de maîtriser son existence. Ce film, à travers Meursault, rend palpables ces interrogations. La lumière crue du soleil, si bien rendue, n’est pas la moindre qualité de merveilleux film, qui nous invite à nous reposer les éternelles questions ontologiques.
Film génial, impressionnant , magistral, même s il n est pas l exact reflet du livre, jeu magistral de BENJAMIN VOISIN, adaptation très personnelle du livre de CAMUS mais tellement fidèle en même temps, au contexte, à la personnalité du "coupable" indifférent même à lui-même. Bravo François Ozon et tous ses acteurs !
Film de grande qualité relevant le défi de l'adaptation du roman d' Albert Camus. Finesse de l'interprétation de l'ensemble des acteurs, beauté des images restituant l'univers de l'intransigeant Meursault, étrange étranger.
Le choix du noir et blanc est décisif. Le noir et blanc réussit à combiner chaleur extrême et froideur des âmes Solide réalisation et interprétation Dommage que la dernière partie trop didactique casse le rythme
Dans quoi Ozon est-il venu se perdre ? Film lent, qui se traîne, les 25 dernières minutes sont une réelle "torture" tant elles se perdent dans une réflexion qui passe dans un bouquin, mais qui sont de trop dans un film. Très compliqué de mettre ce type de bouquin en film sauf à sortir d'une vision scolaire ce que ce film n'a pas réussi
Fidèle et excellente adaptation du livre. Les comédiens sont à la hauteur, en deux mots bravo Ozon. Meursault, un type sans prénom dont le patronyme fleure bon le terroir. Un grand cru de Bourgogne, un Meursault svp. Camus à paradoxalement choisi pour le nom de son personnage une métonymie. Précisément parce que Meursault n'appartient pas, n'est pas concerné, refuse de prendre parti. C'est d'ailleurs ce que la société lui reproche par l'entremise du procureur, de l'avocat ou de l'aumônier. On n'interroge pas le sentiment d'appartenance pas plus que la foi. Le bouc émissaire est la figure inversée du héros. A ne pas vouloir appartenir il est stigmatisé. À aucun moment, hormis dans le titre, il n'est fait mention du terme étranger. Le substantif n'apparaît en fait qu'une fois. De mémoire, le procureur reproche â Meursault d'avoir accepté la proposition "d'un étranger" de boire un café sur le lit de celle qui lui a donné le jour. Dès lors il est condamné. En anglais l'étranger c'est l'alien : De l’anglais alien, extraterrestre, étranger, de l’ancien français alien, aliene, du latin aliēnus « qui appartient à quelqu’un d’autre » ...