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Michael R
141 abonnés
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3,5
Publiée le 6 décembre 2025
Tout comme Meursault, son personnage, le livre était pénible, antipathique, frustrant. Le film embrasse les mêmes défauts qui n'en sont que les caractéristiques propres. Le noir et blanc léché, la caméra subtile d'Ozon complice d'une masculinité toxique, l'extranéité de Benjamin Voisin subliment le propos. Et si la 2e partie plus froide encore (et moins aboutie) a tendance à expliquer les silences, cette version est superbe.
Qui est le film ? Adapter Camus, c’est affronter un monument littéraire où l’intériorité prime sur l’action, où tout se joue dans l’intervalle entre un geste et un sentiment qui n’arrive jamais. Ozon promet une double fidélité : conserver la structure du roman et, en même temps, mettre en lumière la couleur coloniale d’Alger et la dimension raciale du meurtre qui imprégnait l’écriture de Camus.
Par quels moyens ? Le premier choix fort se situe dans la nature même de l’adaptation. Ozon suit Camus pas à pas tout en aménageant des fenêtres politiques où s’immiscent les signes de la colonisation. Par moments, le film éclaire vraiment les angles morts du roman. À d’autres, il juxtapose mouvements et signes sans véritablement les articuler. Cette retenue se voit aussi dans la dimension érotique, chère à Ozon. Le film ose la sensualité mais refuse d'en faire matière. Dans les scènes avec Marie, les corps sont présents, lumineux, mais leur chaleur reste extérieure. On devine aussi l’occasion d’explorer un sous-texte homoérotique qui aurait pu enrichir le récit. Ozon s’arrête juste avant que la proposition devienne dérangeante, comme si provoquer Camus avait une limite qu’il n’osait pas dépasser.
Le soleil, chez Ozon, devient un agent esthétique et moral. La lumière frappe, brûle, aveugle. Et puis le meurtre. Il est filmé comme un vertige sensoriel où les paupières peinent à retenir l’éblouissement qui le « pousse » à l’action. Une part de la fatalité camusienne se déplace ici vers une forme d’aliénation physique. Le soleil n’éclaire rien : il obscurcit la conscience et intensifie la tension sociale de la plage coloniale. S'en suit, l’accès à la voix intérieure pour restituer le fait (et le contraster). Mais on entend la pensée au moment où sa légitimité est déjà compromise par la machine judiciaire. Outre cette scène, la chaleur que la présence du soleil suppose n'est jamais incarnée sur les peaux.
Et puis il y a les acteurs, Benjamin Voisin incarne un Meursault hiératique. La caméra le regarde depuis l’extérieur, comme une énigme corporelle plutôt qu’un bloc d’intériorité. L’effet est double : on perd une part du flux intérieur camusien mais on gagne une matérialité qui rend le personnage plus troublant, moins romantisé. Meursault devient non plus le témoin d’une philosophie mais un homme en déphasage constant, peut-être mimétique d’une société qu’il ne comprend pas mais qu’il reproduit mécaniquement.
Rebecca Marder (Marie) et Pierre Lottin (Raymond) incarnent les autres pôles émotionnels, et c’est dans leurs réactions (l’incompréhension de Marie, la colère de Raymond) que la caméra capte l’étrangeté du protagoniste. Denis Lavant en Salamano et Swann Arlaud en aumônier donnent des éclats plus théâtraux : L’aumônier devient l’occasion d’un éclat dramatique : la colère de Meursault durant la visite religieuse sonne comme un moment où l’intériorité s’exprime enfin, mais elle paraît préparée. Le procès est filmé avec un formalisme presque didactique : Ozon expose les discours moraux de la société, la condamnation plus symbolique que juridique. Mais ces éclats, parfois théâtraux, ne s’intègrent pas toujours dans l’économie générale du dispositif qui repose sur le retrait, la surface, la non-explosion.
L’esthétique globale enfin, noir et blanc pur, montage dépouillé, son minimal, impose une distance presque picturale. On regarde Meursault comme une figure dans un musée colonial, figée par la lumière. Cette froideur plastique rend le film beau, parfois superbe, mais jamais pleinement habité. Elle soutient certains enjeux mais en étouffe d’autres, notamment l’expérience intérieure du récit.
Quelle lecture en tirer ? En observant les surfaces, Ozon rappelle qu’un récit peut être fidèle tout en révélant ce que la fidélité refoulait. Les scènes du procès, les plans de la plage coloniale, l’apparition tardive de la voix intérieure, la confrontation avec l’aumônier, tout cela tisse une réflexion sur l’invisibilité, la responsabilité et l’incapacité de la société à tolérer une subjectivité qui ne correspond pas à ses attentes. Si la note est moyenne, la pensée qu’elle ouvre ne l’est pas.
Assez lent mais plutot interessant dans son traitement. Le noir et blanc est sublime et les visages dans l'ombre evoquent un cinema du passé magnifique
Très bien filmé et très bien interprété, ce film un peu lent et léché dégage une grande force cinématographique. Même si l’on n’a pas lu Camus, l’histoire qu’il raconte et les thèmes qu’il aborde vous donne matière à réflexion et vous habitent bien au delà de la projection. C’est bien ce que le cinéma peut nous offrir de mieux.
J'ai lu le livre de Camus de nombreuses fois et je l'avais beaucoup apprécié. Cette adaptation est intéressante; en effet les acteurs principaux sont remarquables.
Le réalisateur a voulu adapter le roman à l'époque actuelle mais pour ma part je trouve que cela dénature la pensée du romancier
Un très beau film, très bien joué, excellente adaptation du livre de Camus. Un très beau travail dans le jeu des regards et des postures et une musique qui marque la cadence. Ce film est bouleversant et profond. Je le conseille vivement.
En refermant L’Étranger, demeure l’impression saisissante d’un film qui respire le silence et la chaleur. François Ozon ne se contente pas de filmer l’absurde : il le fait vivre dans chaque souffle, chaque éclat de lumière, chaque visage vidé de sens. Benjamin Voisin s’y dissout presque, tandis que Rebecca Marder apporte une vibration émotionnelle rare, et la caméra semble suspendre le temps. Entre fidélité et réinterprétation, Ozon trouve un juste équilibre : un hommage à Albert Camus autant qu’un reflet d’une époque en quête d’humanité. Un film brûlant et, certes, très scolaire — mais ce dépouillement recentre volontairement le regard du spectateur sur le fond plutôt que sur la forme.
Sûrement très fidèle au roman d’Albert Camus. Mais peu de souvenir. Le film est lent, le personnage principal, joué par Benjamin Voisin excellent, n’a aucune émotion. Cela m’a ennuyé… pas du ressort de Ozon qui filme le Maghreb superbement et met en avant ces acteurs divinement bien. Rebecca Marder, jeune amoureuse et Pierre Lottin, en proxénète nous régale. Rien que pour la réal, la photo et les acteurs je mets 3/5.
Ayant lu le roman de Camus il y a très longtemps, je ne suis pas en mesure de porter un avis sur la fidélité de son adaptation par le talentueux cinéaste, François Ozon. Par contre, j'ai pris beaucoup de plaisir lors de cette projection. Benjamin Voisin (rôle à Cesar) incarne le personnage de Merseault de manière remarquable, quasi mutique, puis distillant des réflexions presque philosophiques. Son histoire d'amour, son amitié toxique avec Sintès, et surtout l'ensemble filmé avec un noir et blanc nous replongeant dans l'Algérie de 1938 subjugue. Cette histoire est somme toute assez classique, mais elle va crescendo, comme si la chaleur embrasait les esprits. Rebecca Marder, Pierre Lottin ou même Swann Arlaud contribuent à la réussite du film.
Le film déploie un vrai sens de l’esthétique, avec une mise en scène très contemplative et des images particulièrement soignées. Le portrait de ce jeune homme, incarné par Benjamin Voisin, est remarquablement construit : l’acteur joue avec justesse et s’approprie pleinement son personnage. Quel dommage, pourtant, que l’on s’ennuie si souvent…
Meursault est-il un monstre moral ? Vu ce jour la lecture cinématographique par François Ozon de "L'Etranger" de Camus, très bon film qui épouse l'essentiel de l’œuvre initiale, qui en offre une belle quintessence visuelle, ce en noir et blanc... On découvre un Benjamin Voisin, beau comme Apollon, dans la peau de ce personnage apathique qui assiste en spectateur curieux à son propre procès, qui désire plus qu'il n'aime l'irradiante Marie, qui ne regrette rien, imperméable à toute chose ici-bas et réfractaire également aux promesses du ciel Le roman de Camus, mené à la 1ère personne, grâce à l'art de la focalisation interne, nous permettrait de pénétrer les pensées de l'anti-héros, là où le cinéma doit ruser en utilisant le dialogue entre Meursault et son amie afin de nous dévoiler le for intérieur du personnage, "héros" qui pourtant n'aime pas parler, d'où une légère dissonance par rapport au roman La narration de la scène du crime en plein soleil sur la plage était une gageure à filmer et on retrouve avec puissance cette violence radicale d'un soleil sans concession, ce couteau qui brille dans la lumière aveuglante, ce geste qui fait basculer le "héros" du bonheur qui était le sien vers l'implacable machinerie du malheur Les personnages féminins gagnent en densité dans le film, Marie et l'Algéroise violentée par son amant maquereau sont celles qui incarnent une humanité sensible qui ne permettent pas, hélas, d'éviter la mort ni au jeune trentenaire blanc ni à l'"arabe" tué de 5 coups de revolver. Les scènes d'amour sont magnifiques de volupté, le désir est palpable entre Meursault et Marie de même que la chaleur accablante d'une Algérie que le jeune homme observe avec l’œil attentif de l'écrivain qui lui a donné naissance On peut cependant regretter que François Ozon ait ajouté deux scènes plus politiques non fidèles au roman, qui apportent des précautions relatives aux relations d'alors entre la France et l'Algérie alors que le roman de Camus ne fait montre d'aucune empathie à l'égard des colonisés, ce qui le rend donc beaucoup plus dur, inexorable et tragique que la lecture cinématographique et davantage donc emblématique d'une pensée de l'absurde où rien ni personne ne peut être sauvé Un grand film !
Je n’ai pas lu le roman de Camus …roman très célèbre surtout par son écriture ….mon regard sur le film est donc très éloigné de ce qui a pu faire la renommée du livre . J’ai particulièrement aimé l’esthétique, les images , les lumières qui donnent à l’ensemble un côté froid et détaché , comme Meursault l’est . La reconstitution des années 40 en Algérie française est plutôt réussie . Peut être serai je tentée de lire le livre afin de pouvoir apprécier encore plus ce film….ou de le trouver totalement raté ?
Un film très fidèle au livre. La retrancription de celui-ci est juste, les lieux et ambiances sont identiques à que ce j'avais en tête lors de la lecture du livre ! Merci pour ce film !