Ce film est présenté en sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes 2026 et en fait la clôture.
Lætitia Masson n’avait jamais envisagé de faire un film sur son propre fils. C’est seulement lorsque celui-ci a trouvé sa place dans le monde qu’elle a ressenti le besoin de raconter ce parcours hors norme. La réalisatrice voulait interroger le regard porté sur le handicap et montrer comment la société peut enfermer les différences au lieu de les accueillir. Elle décrit ainsi Ulysse comme un récit d’apprentissage profondément universel, nourri de vingt années d’expérience personnelle.
Au départ, Lætitia Masson imaginait faire appel à plusieurs jeunes comédiens pour incarner Ulysse à différents âges. Mais ses producteurs lui soufflent une évidence : faire jouer son propre fils, Alphonse Roberts, dans la partie adolescente du film. La cinéaste hésite, craignant un geste trop autobiographique, avant de réaliser qu’il était le plus légitime pour porter cette histoire. Alphonse accepte finalement avec simplicité : “Si ça peut te rendre service, pourquoi pas !"
Le tournage avec les jeunes interprètes atypiques a demandé une méthode très particulière. Certains enfants ne pouvaient pas mémoriser précisément les dialogues et réinventaient leurs phrases en pleine prise. Lætitia Masson a choisi de conserver cette spontanéité, qui apportait selon elle une vérité inattendue à la fiction. Même Alphonse Roberts s’est approprié les textes, donnant au film un ton très organique et presque documentaire.
Le rôle du père était initialement peu développé dans le scénario. Après une rencontre avec Stanislas Merhar, la réalisatrice découvre chez l’acteur une grande mélancolie et apprend qu’il avait étudié le piano avant le cinéma. Elle décide alors de réécrire entièrement le personnage autour de cette sensibilité et d’en faire un pianiste. Certaines scènes improvisées entre Merhar et Alphonse Roberts, notamment sur la plage, ont même fini parmi les moments les plus émouvants du film.
Pour filmer la singularité d’Ulysse et des autres enfants, Lætitia Masson voulait une mise en scène très proche de leurs sensations. Elle a notamment utilisé de nombreux zooms qu’elle contrôlait elle-même pendant les prises afin que l’objectif épouse les émotions des personnages. La réalisatrice cherchait moins à expliquer qu’à faire ressentir. Cette approche visuelle donne au film une dimension sensorielle et poétique rarement présente dans les drames sociaux.
Sur le plateau, Élodie Bouchez a dû constamment s’adapter aux réactions imprévisibles des enfants comédiens. L’actrice gérait les situations en direct tout en restant plongée dans l’émotion des scènes, au point que Lætitia Masson dit qu’elle “mettait en scène” certains plans avec elle. Cette proximité a créé un véritable lien physique et affectif entre Bouchez et Alphonse Roberts. Leur complicité progressive à l’écran a largement nourri l’authenticité du film.