Parti pour répandre les cendres de ses parents non loin d'un hôtel en Irlande dans lequel ils avaient adoré séjourner, Ohm Bauman, un écrivain à succès misanthrope, est sur le point d'achever son dernier roman. Mais ses propres démons le conduisent à découvrir la suite nuptiale des lieux, condamnée par le propriétaire car une sorcière en serait prisonnière...
Un conquistador et un enfant lancés dans une quête en plein désert avec l'aide d'une mystérieuse carte, un verre de whisky soulevé pour rejoindre les lèvres d'un homme en train de pianoter sur son clavier d'ordinateur, un symbole circulaire sur le sable qui attire le regard du conquistador, la marque du verre laissée sur la table par un romancier en train de chercher à mettre un point final à l'oeuvre de sa vie... Un remarquable prologue en trompe-l'œil où, en quelques plans, toute la flamme d'un esprit en ébullition, happé par son art de l'écriture, laisse les projections de son imagination se répercuter en nouveaux mots incessants sur un écran. Soudain, le retour à la réalité, où quelque chose vient dans la pénombre perturber cette transe artistique... et nous rappeler que les remarquables capacités de conteur de Damian McCarthy, auteur de "Caveat" et du très bon "Oddity", sont là elles aussi pour nous tourmenter par l'intermédiaire d'une mise en scène impressionnante de maîtrise.
"Hokum" ne fait d'ailleurs que le confirmer en permanence: la légende de la sorcière, les têtes bizarres qui constituent le microcosme de l'hôtel, le rapport qu'entretenait Ohm avec ses parents via sa simple manière de disperser les cendres de chacun d'eux ou encore les failles intimes qu'il dissimule derrière son attitude odieuse, McCarthy entrelace tous ces points dans une mosaïque de rapides saynètes "anodines" parfaitement élaborées sur la forme pour esquisser la profondeur ou l'importance qu'elles peuvent dissimuler.
Nous emportant aisément dans une ambiance qui, en plus de se parer de quelques notes réjouissantes d'humour noir, fait très vite ricocher les ténèbres de son écrivain à ceux qui se sont enracinés dans cet hôtel, "Hokum" construit son récit à travers trois cheminements amenés, eux aussi, à ne plus en faire qu'un: le parcours intime de Ohm vers la catharsis de ses traumatismes passés, des péchés bien humains tus à l'intérieur de l'hôtel et le mode opératoire idoine de la sorcière pour parvenir à tout cela.
Certes, si l'on prenait chacun de ces fils conducteurs séparément, il est fort probable qu'aucun d'eux ne parviendrait à nous terrasser par leur originalité ou leurs tenants et aboutissants finalement assez prévisibles (on relèvera aussi quelques facilités en vue d'enfermer Ohm, seul, dans la fameuse suite nuptiale) mais, une fois entremêlés, le talent de Damian McCarthy parvient à lui seul à en faire un canevas toujours captivant, capable de nous offrir des montées en tension irrespirables (grâce, notamment, à un héros débrouillard et au traitement bien plus intelligent que la norme, dans lequel Adam Scott se glisse avec brio) et de nous laisser à terre quand vient le temps de la réelle épilogue de la destinée de Ohm (la destination avait beau être connue d'avance, McCarthy le fait totalement oublier en magnifiant son amplitude émotionnelle durant ses toutes dernières minutes).
Il manque peut-être encore un palier plus marquant à passer pour que "Hokum" installe définitivement Damian McCarthy comme un réalisateur incontournable du genre (on lui préfèrera "Oddity" d'une courte tête) mais, au vu de l'énorme potentiel de conteur hors pair qu'il ne cesse de laisser entrevoir, on est quasiment sûr qu'il sera amené à signer quelque chose d'encore bien plus grand ès bientôt.