Guillaume Nicloux retrouve un territoire qui lui est familier : l’atmosphère poisseuse, les silences lourds, une France de l’ombre où la lumière ne filtre qu’à contrecœur. Mi Amor s’inscrit sans surprise dans l’ADN du cinéaste, avec cette ambiance noire et crépusculaire qui fait sa marque. On reconnaît la patte, le goût pour le malaise installé lentement, presque trop.
Le casting attire l’œil. Benoît Magimel, fidèle à lui-même, apporte cette densité organique qu’on lui connaît — il habite un cadre comme peu d’acteurs français savent le faire. Face à lui, Pom Klementieff, révélée au grand public dans les Mission: Impossible en antagoniste redoutable et vue chez Marvel en Mantis, confirme qu’elle est bien plus qu’une présence physique. Elle joue juste, elle joue bien. Pourtant, quelque chose résiste entre eux deux : la complicité ne prend pas vraiment, comme si leurs performances, solides chacune de leur côté, évoluaient en parallèle plutôt qu’en collision.
Le scénario, lui, intrigue. Plusieurs pistes s’ouvrent, des zones d’ombre s’accumulent, et l’on reste suffisamment accroché pour vouloir percer le mystère. C’est le cœur du film, et il bat — par intermittence.
Mais c’est là que le bât blesse : le rythme, haché, parfois poussif, finit par éroder l’intérêt. Ce qui devait créer de la tension génère de l’impatience. Nicloux joue avec le temps, c’est sa prérogative — sauf que cette fois, le film trébuche sur lui-même plus qu’il ne suspend.
Mi Amor reste une œuvre qui mérite le coup d’œil, mais qui laisse sur sa faim. Dommage