"C’est l’histoire d’une disparition. Romy et Chloé partent ensemble quelques jours mais cette dernière disparait lors d’un concert. À cause de cette perte brutale, Romy plonge peu à peu dans un flux paranoïaque qui la conduit au bord de la folie. Mes films sont hantés par les personnes disparues, l’héroïne de Mi Amor est sans doute l’une de mes protagonistes la plus malmenée par la perte d’un être cher."
Mi Amor est né dans l'esprit de Guillaume Nicloux pendant la visite du "Cocodrilo Park" de Gran Canaria (l'une des îles Canaries espagnoles, au large de la côte nord-ouest de l'Afrique), où le metteur en scène a découvert les fosses à crocodiles. Il se rappelle : "Le Crocodile de la mort (1977) de Tobe Hooper a rejailli d’un coup, c’est à ce moment que le désir s’est déclenché."
Guillaume Nicloux connait plusieurs Iles de l'archipel des Canaries mais Gran Canaria l’attire plus que les autres, comme il l'explique : "Une atmosphère singulière y est naturellement présente. Pas seulement sur le plan géographique, son pic rocheux le Roque Nublo est évidemment unique et impressionnant, mais c’est l’abondance de contraste qui me frappe le plus. Tourisme concentré et désertification, mer et montagne, soleil et vent, forêt de pins et roche volcanique."
"Il suffit d’une heure d’autoroute pour passer du Nord au Sud mais si l’on veut bien s’égarer dans les terres alors un autre monde s’ouvre à nous. Plus tortueux et étrange, empreint de traditions et de mystère."
Avec Romain Fisson, le chef opérateur, Guillaume Nicloux a déréglé les capteurs de la caméra et filmé avec un procédé infrarouge permettant d’altérer l’environnement sans dénaturer la carnation des visages. Le cinéaste précise : "Travailler de cette façon était troublant car nous avions sous nos yeux la réalité modifiée en direct. Nous avons supprimé plusieurs couleurs afin de n’en conserver que certaines. Il a fallu vérifier les vêtements portés à l’image, les objets et les véhicules, car selon les teintures la colorimétrie ne réagissait pas de la même façon."
Guillaume Nicloux a découvert Pom Klementieff dans Les Gardiens de la Galaxie. Il confie : "Son visage, sa voix, son jeu m’ont tout de suite plu, et lorsque j’ai appris qu’elle était française cela a encore plus attisé ma curiosité. François Kraus, l’un des producteurs, la connaissait lorsqu’elle vivait en France. Nous lui avons demandé si elle serait intéressée de revenir tourner en Europe après dix ans d’Hollywood. Elle a lu très vite le script et nous nous sommes rencontrés."
Guillaume Nicloux souhaitait une partition musicale importante mais ne pensait pas qu'elle allait durer 1h53. Irène Dresel et Sizo ont composé en amont du tournage les morceaux du personnage de Romy puisqu’ils devaient être joués pendant les scènes de DJ. Puis, au montage, ils ont repris la composition dans l’ordre, en suivant la chronologie du scénario :
"Peu à peu le film s’est construit avec ce cadre vampirisant… la musique a motivé certains de mes choix et dicté un rythme… au bout d’un moment il a semblé évident que la musique était un organe majeur du film et qu’elle allait l’irriguer sans interruption."