L’ombre de mon père
Avec sa Mention Spéciale de la Caméra d'Or à Cannes 2025 et le prix du Meilleur premier film aux BAFTA 2026, l’anglo-nigérian Akinola Davies Jr triomphe pour son 1er film, Un récit semi-autobiographique se déroulant sur une seule journée dans la capitale nigériane, Lagos, pendant la crise électorale de 1993. Un père tente de guider ses deux jeunes fils à travers l'immense ville alors que des troubles politiques menacent. 93 minutes qui réinventent le cinéma africain,
Notre cinéaste a écrit le scénario à 4 mais avec son frère. Les deux hommes ont développé l’idée pendant plus de dix ans, en s’inspirant de la perte de leur propre père alors qu’ils n’étaient encore que des enfants. Une fois de plus, le titre original – traduit en sous-titre de ma chronique, – est bien plus fort que celui choisi par les distributeurs français. Il s’agit ici d’une sorte d’allégorie, une ode au lien du sang, une lettre d’amour malgré elle adressée à une figure à la fois admirée et fuyante, dont l’absence structure l’enfance des deux garçons. Le film bascule rapidement dans l’amour du pays dès que la caméra quitte le huis clos familial pour épouser le tumulte d’une ville en suspens. Nous sommes en 1993 et le Nigéria attend les résultats de la première élection présidentielle depuis le coup d’État militaire dix ans plus tôt. L’espoir démocratique flotte dans l’air, mais il est traversé d’une inquiétude sourde. Pour ma part, même si j’ai beaucoup aimé ce film, je trouve que le cinéaste a fait des choix esthétiques – en particulier dans les 1ères minutes -, parfois contestables, comme les trop nombreux plans de coupe bien inutiles à la limité du manérisme, et scénaristiques gênants quand il privilégie l’ellipse oubliant ainsi la fluidité du récit et risquant de perdre des spectateurs en chemin. Mais, si la mémoire demeure incertaine, le contexte politique, lui, s’ancre fermement dans le réel. Aussi les images d’archives viennent-elles fissurer la douceur onirique de la mise en scène et rappeller la brutalité de l’Histoire.
Bien sûr, le casting nous est inconnu, ce qui ne retire rien à la valeur de Sope Dirisu, Chibuike Marvellous Egbo, Godwin Egbo, même si on peut regretter la quasi absence de la mère, pourtant décrite comme celle qui assume le poids du quotidien et garantit la survie du foyer, Mais n’oublions pas que ce drame est filmé à hauteur d’enfant. Aussi, en mettant en scène une mémoire trouée, entre fantasme et archive, le film ouvre un dialogue entre générations. Il donne forme à un deuil à la fois intime et collectif, celui d’un père pour ses enfants, mais surtout celui d’un espoir démocratique avorté pour le pays.