Au milieu des silhouettes en costumes sombres rivées sur leurs smartphones dans un wagon de métro, un bébé éclate en sanglots. Une de ces silhouettes se met à hurler sur la mère qui le tient dans ses bras à cause du bruit incessant de ses pleurs.
Celui qui sera nommé "The Lost Man" nous est présenté, de son propre point de vue, comme un simple observateur préférant rester extérieur à cette esclandre.
Alors qu'il quitte le métro pour remonter l'enchevêtrement d'escaliers le conduisant à un possible nouveau job, son ex-petite amie le contacte pour lui apprendre qu'elle est enceinte de lui et ne sait pas quelle décision prendre à ce sujet. Choqué par la nouvelle, The Lost Man réalise dans le même temps qu'il est piégé dans un couloir de station de métro semblant se répéter à l'infini... à moins d'y respecter certaines règles pour espérer s'en sortir.
La récurrence des notes d'un certain Boléro pour amorcer le quotidien répétitif et identique des employés citadins sud-coréens, le comportement passif du héros à l'égard d'une crise de nerfs de celui qu'il pourrait probablement devenir avec son nouveau poste (son style vestimentaire est là pour nous rappeler qu'il n'est pas encore de ceux-là) et, bien sûr, la déflagration d'un bouleversement l'amenant à un virage existentiel... La symbolique à la fois sociale et humaine de ce blocage physique au sein d'un dédale urbain ne fait guère de mystère et va même souvent insister sur son deuxième versant, forcément plus prépondérant en se focalisant avant tout sur son "Lost Man", au point de l'étirer dans des circonvolutions prévisibles donnant le sentiment que, sur ce point, un moyen métrage aurait été un format plus adéquat ("Exit 8" aurait même pu se terminer, cruellement certes via un plan fixe, peu après sa première demi-heure, cela aurait tout aussi bien marché).
Néanmoins, grâce à son fonctionnement tiré du jeu vidéo dont il s'inspire, il faut bien avouer que l'on se prend finalement plutôt bien au jeu dans le cheminement des "traversées" et des règles qui les régissent à travers la plupart de ses anomalies, parfois particulièrement vicieuses, qui cherchent à malmener la progression de son personnage principal vers la surface. Trouvant des seconds souffles bienvenus par quelques variations de points de vue efficaces (celle du "Walking Man" en est la plus notable), "Exit 8" va parvenir à se maintenir sur un fil toujours assez captivant et ludique pour nous amener, comme ses protagonistes, à scruter son décor et à y chercher invariablement ce qui peut y détonner (à ce titre, le film est parfait si vous voulez apprendre des mots essentiels comme "porte" ou "aération" en sud-coréen tant l'énumération des éléments qui le composent est quasi-permanente).
Et, même si ces déambulations vers la fameuse sortie 8 tirent sur la corde d'un propos simple voire pas très original sur la manière de s'extirper d'une existence socialement conditionnée en embrassant un avenir plus aléatoire, le film utilise ce dernier de manière cohérente sur la durée, jusqu'à même se prévaloir de quelques très jolies fulgurances dans l'harmonie de son postulat Escher-ien et les errements inévitables de l'âme humaine d'un père pas forcément encore prêt à l'être.
Le labyrinthe auquel nous confronte "Exit 8" n'est peut-être pas aussi grand que voulu mais, à l'heure d'une prolifération de resucées plus ou moins invavouées de la cultissime "Quatrième Dimension", le film de Genki Kawamura fait partie de celles qui tiennent bien là route... à condition de ne pas y découvrir une anomalie qui s'y dresse entre nous et sa porte de sortie.