La vieille dame pas si indigne que ça
Personne n’a oublié Le Bleu du caftan, une vraie merveille qui confirmait le grand talent de la marocaine Maryam Touzani. Même si elle ne fait pas aussi fort qu’en 2023, ces 117 minutes sont un magnifique moment de grâce qui ont reçu le Prix Orizzonti du meilleur film à la Mostra de Venise. Maria Angeles, une Espagnole de 79 ans, vit seule à Tanger, dans le nord du Maroc, où elle profite de sa ville et de son quotidien. Sa vie bascule lorsque sa fille Clara arrive de Madrid pour vendre l’appartement dans lequel elle a toujours vécu. Déterminée à rester dans cette ville qui l'a vue grandir, elle met tout en œuvre pour garder sa maison et récupérer les objets d'une vie. Contre toute attente, elle redécouvre en chemin l’amour et le désir. Que la vieillesse peut être belle, comme nous le dit cette comédie dramatique à travers son personnage centrale incarnée – et comment ! -, par l’extraordinaire Carmen Maura.
Pour son 3ème long-métrage, la cinéaste marocaine abandonne la langue arabe pour l’espagnol. Il faut dire que c’est la première fois qu’elle pose sa caméra dans sa ville natale, à Tanger, où est implantée depuis les années 30 une forte communauté espagnole. Tendresse, humour, délicatesse et audace - pour montrer la sexualité du 4ème âge -, accompagnent son personnage de femme rebelle jusqu’à une fin ouverte extrêmement bien venue. Un portrait haut en couleurs d’une vieille dame aussi nostalgique que déterminée. Certes, le film débute de manière plutôt sobre, mais devient très vite flamboyant, dès lors que les situations s'enchaînent et que sa Maria révèle sa détermination, son appétit de vivre et de profiter de tous les plaisirs de l'existence. Comme dans ces deux films précédents, la cinéaste fait preuve de délicatesse, de pudeur et de sensibilité pour traiter un sujet qui pourrait aisément virer au malaise ou au scabreux. Une belle réussite et une actrice +++
Carmen Maura, qui a l’âge du rôle, est une immense comédienne, considérée comme une des égéries de Pedro Almodovar, depuis 1986 et La loi du désir. Elle éclabousse encore ce film de tout son talent avec cette présence chaleureuse qui n’appartient qu’à elle. Marta Etura, Ahmed Boulane ou Maria Alfonsa Rosso sont d’excellents comparses de jeu. Un film qui vous enveloppe comme la lumière de Tanger : c’est chaud, c’est beau, et ça fait un bien fou.