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László Nemes s’intéresse aux derniers jours de Jean Moulin, de son arrestation jusqu’à sa mort, en passant par les interrogatoires et les tortures infligées par Klaus Barbie, le tristement célèbre « boucher de Lyon ».
Dès les premières minutes, le climat est posé. Au sein de la Résistance, tout le monde devient suspect. Les regards, les silences, les bruits et les rumeurs alimentent le doute. La peur et la paranoïa sont omniprésentes, installant une oppression dont on ne sortira pas pendant deux heures.
La mise en scène est magistrale. László Nemes choisit souvent de laisser les événements se dérouler hors du champ principal, rendant l’expérience encore plus anxiogène. On devine, on entend, on redoute… et notre imagination fait le reste. Une manière redoutablement efficace de nous mettre mal à l’aise dans notre fauteuil.
Le film repose surtout sur la confrontation entre Jean Moulin et Klaus Barbie. Gilles Lellouche, dans le rôle-titre, et Lars Eidinger sont impressionnants. Leur face-à-face constitue le cœur du récit, entre résistance morale et cruauté absolue. Les séquences de torture, notamment dans la dernière partie, sont parfois à la limite du soutenable. Elles témoignent de la barbarie de cette période sombre de notre histoire, sans jamais laisser le spectateur indemne.
Un film poignant, éprouvant et d’une puissance rare. Une véritable référence, qui marque durablement après le visionnage.
Et lorsque la lumière se rallume dans la salle, le silence s’impose naturellement. Il faut un moment pour revenir à la réalité. Une véritable leçon d’Histoire, de vie et de cinéma.
Dès les premières minutes, le climat est posé. Au sein de la Résistance, tout le monde devient suspect. Les regards, les silences, les bruits et les rumeurs alimentent le doute. La peur et la paranoïa sont omniprésentes, installant une oppression dont on ne sortira pas pendant deux heures.
La mise en scène est magistrale. László Nemes choisit souvent de laisser les événements se dérouler hors du champ principal, rendant l’expérience encore plus anxiogène. On devine, on entend, on redoute… et notre imagination fait le reste. Une manière redoutablement efficace de nous mettre mal à l’aise dans notre fauteuil.
Le film repose surtout sur la confrontation entre Jean Moulin et Klaus Barbie. Gilles Lellouche, dans le rôle-titre, et Lars Eidinger sont impressionnants. Leur face-à-face constitue le cœur du récit, entre résistance morale et cruauté absolue. Les séquences de torture, notamment dans la dernière partie, sont parfois à la limite du soutenable. Elles témoignent de la barbarie de cette période sombre de notre histoire, sans jamais laisser le spectateur indemne.
Un film poignant, éprouvant et d’une puissance rare. Une véritable référence, qui marque durablement après le visionnage.
Et lorsque la lumière se rallume dans la salle, le silence s’impose naturellement. Il faut un moment pour revenir à la réalité. Une véritable leçon d’Histoire, de vie et de cinéma.
Nettement plus maîtrisé au plan cinematographique, que le film récent de Gianolli ou de celui de Marre, le dernier opus de Nemes ( présenté en CO cannes 2026, il n' obtiendra aucune récompense) manque néanmoins beaucoup trop de contenu historique. C'est tout de même dommageable sur un tel sujet !
Mais, ce portrait psychologique de deux figures tranchées ( le Bien, l'honneur, le courage d'un côté et en face le visage pervers, sadique du Mal ) est aussi largement le plus réussi des trois opus au plan de la charge émotionnelle qu'il transmet. De mon point de vue, c'est une qualité majeure !
Vu aux 7 Parnassiens
Mais, ce portrait psychologique de deux figures tranchées ( le Bien, l'honneur, le courage d'un côté et en face le visage pervers, sadique du Mal ) est aussi largement le plus réussi des trois opus au plan de la charge émotionnelle qu'il transmet. De mon point de vue, c'est une qualité majeure !
Vu aux 7 Parnassiens
C'est un film aussi sombre que troublant mais vraiment paradoxalement beaucoup trop superficiel dans le narratif et beaucoup trop long.
Le spectateur ne cesse de faire du surplace.
La linéarité des dialogues est confondante et le caractère littéral de l’approche de l'angoisse humaine vécue par Jean Moulin et ses proches ne ravira que les sadiques dérangés. Avec plus de 2 heures à endurer, si le réalisateur présente son scénario avec clarté, à force de se répéter il nous emmène jusqu'à la nausée, c’est certainement voulu, mais pour moi c’était vraiment trop.
Et en faisant fi des multiples opérations réelles et réussies également intéressantes à évoquer du réseau complexe de la Résistance dirigée par Moulin pour mieux le draper dans une étoffe de victime d'importance, le drame se perd en un gigantesque cauchemar trop narcissique et au final peu instructif.
Le spectateur ne cesse de faire du surplace.
La linéarité des dialogues est confondante et le caractère littéral de l’approche de l'angoisse humaine vécue par Jean Moulin et ses proches ne ravira que les sadiques dérangés. Avec plus de 2 heures à endurer, si le réalisateur présente son scénario avec clarté, à force de se répéter il nous emmène jusqu'à la nausée, c’est certainement voulu, mais pour moi c’était vraiment trop.
Et en faisant fi des multiples opérations réelles et réussies également intéressantes à évoquer du réseau complexe de la Résistance dirigée par Moulin pour mieux le draper dans une étoffe de victime d'importance, le drame se perd en un gigantesque cauchemar trop narcissique et au final peu instructif.
Je m'attendais à plus fort .. mais la tension est là .... Lars Edinger est juste magistral .... et par contre je dois dire ...Gilles Lellouche petit à côté ... mais à voir
Après avoir fait sensation avec son premier long-métrage, Le Fils de Saul, sorti en 2015, il aura fallu attendre une dizaine d’années pour que le réalisateur hongrois László Nemes revienne sur le devant de la scène. Et c’est une nouvelle fois au festival de Cannes qu’il a présenté sa dernière réalisation. Celle-ci a pourtant, étonnamment, fait relativement peu parler d’elle. Néanmoins, le film possède des qualités indéniables. En effet, deux choses sont remarquables dans sa proposition artistique. D’abord la mise en scène et, ensuite, la composition géniale de Lars Eidinger. On savait László Nemes capable de grandes choses visuellement et de nous immerger dans des ambiances dont lui seul a le secret. Et dans Moulin, sa maitrise artistique, son sens de la mise en scène, et surtout son talent dans la création d’ambiances glaçantes permettent de rendre le long-métrage inoubliable. Il a fait le choix de concentrer le récit sur les derniers jours de la vie du célèbre résistant, donc sur sa confrontation avec Klaus Barbie. Cela ne permet pas à Gilles Lellouche d’exprimer tout son talent, puisqu’il est logiquement dans une posture mutique. Cela offre presque le premier rôle à Lars Eidinger, l’interprète allemand de l’ogre nazi. Celui-ci réalise une prestation bluffante où la froideur monstrueuse du personnage qu’il incarne transperce l’écran. On découvre aussi, avec effroi, l’enfer concentrationnaire nazi, le courage inouï des résistants français, et la peur constante avec laquelle vivaient ces derniers. Quelques séquences offrent de grands moments de cinéma, sans que jamais le film ne soit ni larmoyant, ni excessivement violent, ni trop documentaire. Un long-métrage choc !
Moulin s’impose comme l’un des grands rendez-vous du cinéma historique français en s’intéressant aux derniers jours de Jean Moulin, figure majeure de la Résistance. Plutôt que de retracer l’ensemble de son parcours, le réalisateur concentre son récit sur la période qui suit son arrestation en juin 1943, lorsque l’homme chargé d’unifier les mouvements résistants est confronté à Klaus Barbie, chef de la Gestapo de Lyon. Un choix narratif qui permet au film de déployer toute sa tension autour d’un affrontement psychologique particulièrement intense.
László Nemes signe une réalisation sobre et immersive, refusant tout héroïsme facile pour montrer un homme confronté à la violence, à l’isolement et à la torture. Cette approche, au plus près des personnages, renforce la dimension humaine du récit tout en rappelant les enjeux historiques considérables qui reposaient alors sur les épaules de Jean Moulin. Chaque échange, chaque silence et chaque épreuve prennent une dimension décisive dans cette lutte où la survie de réseaux entiers de la Résistance est en jeu.
Au cœur du film, Gilles Lellouche livre l'une des prestations les plus marquantes de sa carrière. Tout en retenue, il incarne avec justesse la détermination et la fragilité de Jean Moulin. Face à lui, Lars Eidinger compose un Klaus Barbie froid et inquiétant, transformant leurs confrontations en véritables duels de volonté. Louise Bourgoin complète efficacement une distribution de haut niveau.
Porté par une mise en scène rigoureuse, une photographie sombre et une reconstitution soignée, Moulin dépasse le simple cadre du biopic pour devenir une réflexion sur le courage, le sacrifice et la résistance face à la barbarie. Un film exigeant et poignant qui rend hommage à une figure essentielle de l'histoire française et rappelle, avec force, le prix payé par celles et ceux qui ont combattu pour la liberté.
László Nemes signe une réalisation sobre et immersive, refusant tout héroïsme facile pour montrer un homme confronté à la violence, à l’isolement et à la torture. Cette approche, au plus près des personnages, renforce la dimension humaine du récit tout en rappelant les enjeux historiques considérables qui reposaient alors sur les épaules de Jean Moulin. Chaque échange, chaque silence et chaque épreuve prennent une dimension décisive dans cette lutte où la survie de réseaux entiers de la Résistance est en jeu.
Au cœur du film, Gilles Lellouche livre l'une des prestations les plus marquantes de sa carrière. Tout en retenue, il incarne avec justesse la détermination et la fragilité de Jean Moulin. Face à lui, Lars Eidinger compose un Klaus Barbie froid et inquiétant, transformant leurs confrontations en véritables duels de volonté. Louise Bourgoin complète efficacement une distribution de haut niveau.
Porté par une mise en scène rigoureuse, une photographie sombre et une reconstitution soignée, Moulin dépasse le simple cadre du biopic pour devenir une réflexion sur le courage, le sacrifice et la résistance face à la barbarie. Un film exigeant et poignant qui rend hommage à une figure essentielle de l'histoire française et rappelle, avec force, le prix payé par celles et ceux qui ont combattu pour la liberté.
Tout d'abord il faut souligner que Moulin est un film assez déroutant. Il démarre en effet d'une manière trés classique, voir presque académique, avec un récit nous montrant le parachutage en France du célèbre préfet résistant, suivi de diverses scènes ou l'on se fait progressivement une idée du rôle et de la mission qui lui ont été confiés dans l’hexagone. Heureusement, le film a la bonne idée de ne pas continuer sur la même trajectoire et après une vingtaine de minutes soignées, mais somme toute assez banales, il fait le choix avisé de se focaliser uniquement, sur les 3 dernières semaines de la vie de Jean Moulin. C'est à dire, en l’occurrence, son arrestation à Lyon, suivie de sa détention, comme prisonnier de la Gestapo et notamment son face à face assez terrifiant avec Klaus Barbie. Le fait de privilégier un angle aussi précis et une temporalité aussi courte, permet à Moulin d'éviter d'être un simple film historique ou un biopic de plus, tournant autour de la vie ou des dernières années du célèbre personnage.
Mais le film ne se résume pas non plus à un simple huis clos ou une confrontation entre les deux personnages, à la manière d'une pièce de théâtre. C'est plutôt une montée en puissance dans l'horreur ou une descente aux enfers selon le point de vue adopté qui nous est servi par Laszlo Nemes. Et à ce niveau là, le film tranche complètement avant sa première demi-heure, et vu le déroulé des événements (et de l'Histoire), aurait presque pu déraper vers la saga Saw. Il n'en est heureusement rien et la dimension psychologique, éthique et politique du sujet font que l'on est sur quelquechose de bien plus intéressant que des simples scènes de tortures qui s’enchaînent (même si ceux qui aiment ce genre seront probablement servis aussi).
Ceci-dit, Moulin c'est avant tout un (grand) film d'acteurs. Le choix de Gilles Lellouche dans le rôle titre pouvait à priori surprendre, mais son côté trés terrien et humain se révèle finalement plutôt être un atout. Et le comédien apporte par ailleurs une belle densité au personnage en faisant de lui à la fois quelqu'un d’extrêmement fort sur le plan psychologique (mais le contraire aurait été surprenant) , tout en étant trés un homme simple et accessible. Face à lui, Lars Eidinger est impressionnant dans une composition qui rappelle un peu celle de Christoph Walltz dans Inglorious Bastards de Tarantino, mais en moins drôle quand même. C'est avant tout grâce à ces deux superbes comédiens, que le film est une belle surprise et une jolie réussite cinématographique.
Mais le film ne se résume pas non plus à un simple huis clos ou une confrontation entre les deux personnages, à la manière d'une pièce de théâtre. C'est plutôt une montée en puissance dans l'horreur ou une descente aux enfers selon le point de vue adopté qui nous est servi par Laszlo Nemes. Et à ce niveau là, le film tranche complètement avant sa première demi-heure, et vu le déroulé des événements (et de l'Histoire), aurait presque pu déraper vers la saga Saw. Il n'en est heureusement rien et la dimension psychologique, éthique et politique du sujet font que l'on est sur quelquechose de bien plus intéressant que des simples scènes de tortures qui s’enchaînent (même si ceux qui aiment ce genre seront probablement servis aussi).
Ceci-dit, Moulin c'est avant tout un (grand) film d'acteurs. Le choix de Gilles Lellouche dans le rôle titre pouvait à priori surprendre, mais son côté trés terrien et humain se révèle finalement plutôt être un atout. Et le comédien apporte par ailleurs une belle densité au personnage en faisant de lui à la fois quelqu'un d’extrêmement fort sur le plan psychologique (mais le contraire aurait été surprenant) , tout en étant trés un homme simple et accessible. Face à lui, Lars Eidinger est impressionnant dans une composition qui rappelle un peu celle de Christoph Walltz dans Inglorious Bastards de Tarantino, mais en moins drôle quand même. C'est avant tout grâce à ces deux superbes comédiens, que le film est une belle surprise et une jolie réussite cinématographique.
Les actions menées pour sauver la France mérite d'être connu et concernant ses actions il y a des femmes et des hommes parmi eux il y avait cet homme qui est Jean Moulin il a donné sa vie pour la France il n'a divulgué aucune information au péril de sa vie et cela a contribué à libérer notre pays c'est un grand homme, et ça nous a permis de découvrir qu'il avait une passion pour l'art par contre le moins que je peux donner ce n'est pas assez développé à mon goût vu ce que je connais de son histoire simon je conseille ce biopic qui est très bien interprèté par Gilles Lellouche grand acteur très talentueux.
10 jours, 10 nuits
J’ai toujours tenu le hongrois László Nemes pour un grand cinéaste. Ces 134 minutes ne me feront certainement pas changer d’avis. Juin 1943, Jean Moulin, chef de la Résistance, est arrêté alors qu'il tente de réunifier les forces de l’Armée Secrète. Interrogé par Klaus Barbie, le chef de la Gestapo de Lyon, Moulin est entraîné dans une confrontation implacable. Son ultime combat face à la manipulation et la brutalité commence. Le destin de la France libre en dépend. Un film qui parle non pas de la Résistance, mais de résistance tout court, celle d’un homme face à la barbarie, la cruauté, le sadisme et l’inhumanité. Bouleversant, même si en grande partie fictionnée.
Car le problème principal pour le scénario était de mettre en scène un homme qui ne parle pas durant ces terribles 10 jours et 10 nuits de mon sous-titre dont on ne sait pratiquement rien. Autant la vie de Jean Moulin, alias Max, avant son arrestation est documentée avec une grande précision, autant on ne sait rien des détails de son calvaire face à Klaus Barbie et ses sbires. Alors, Olivier Demangel, le scénariste, a fait le choix d’une sorte de « catalogue » - excusez ce terme -, des horreurs pratiquées par les nazis pour faire parler leurs victimes. De la torture psychologique aux différentes formes d’acharnements physiques, - tout cela nourri par les très nombreux témoignages des survivants -, tout y passe, mais avec le souci pour Nemes de ne jamais montrer frontalement ces exactions. La photographie, le rythme du montage, la musique rare mais sublime, autant de marqueurs caractéristiques du réalisateur hongrois de l’inoubliable Fils de Saul, nous plonge dans une sorte d’enfer que l’on avait rarement aussi bien montré sur un écran. Le tournage s’est entièrement déroulé à Budapest. Le réalisateur sait éviter le morbide et évite de transformer la souffrance en spectacle. Beaucoup de respect pour son héros et pour le spectateur. Un grand film.
Personnellement, si le nom du cinéaste hongrois était l’argument principal pour me pousser à voir ce film historique, celui de Gilles Lellouche dans le rôle titre m’interpelait. Il n’a ni le physique ni, à mon avis, la profondeur de jeu requise pour ce personnage. Je dois reconnaître qu’il s’en sort à son avantage, grâce à une prestation très intériorisée, très sombre… mais bon sang, quand se décidera-t-il à articuler un peu plus ses dialogues… c’est vraiment pénible. L’acteur allemand Lars Eidinger est époustouflant surtout quand on sait qu’il ne parle pas un mot de frnçais et qu’ila donc appris ses dialogues phonétiquement… Et pourtant, il est juste et parfaitement crédible. Ajoutons les noms de Louise Bourgoin, seule personnage féminin qui relève totalement de la fiction et Félix Lefebvre, méconnaissable et bouleversant dans la peau du compagnon de cellule de Moulin. Pour résumer, Moulin se glisse parfaitement dans la lignée des films consacrés à la Seconde guerre mondiale en France que le cinéma nous a proposés cette année. Après De Gaulle, des Rayons et des Ombres, ou Notre salut, voici un autre pan de notre Histoire, qui arrive pour que jamais on oublie.
J’ai toujours tenu le hongrois László Nemes pour un grand cinéaste. Ces 134 minutes ne me feront certainement pas changer d’avis. Juin 1943, Jean Moulin, chef de la Résistance, est arrêté alors qu'il tente de réunifier les forces de l’Armée Secrète. Interrogé par Klaus Barbie, le chef de la Gestapo de Lyon, Moulin est entraîné dans une confrontation implacable. Son ultime combat face à la manipulation et la brutalité commence. Le destin de la France libre en dépend. Un film qui parle non pas de la Résistance, mais de résistance tout court, celle d’un homme face à la barbarie, la cruauté, le sadisme et l’inhumanité. Bouleversant, même si en grande partie fictionnée.
Car le problème principal pour le scénario était de mettre en scène un homme qui ne parle pas durant ces terribles 10 jours et 10 nuits de mon sous-titre dont on ne sait pratiquement rien. Autant la vie de Jean Moulin, alias Max, avant son arrestation est documentée avec une grande précision, autant on ne sait rien des détails de son calvaire face à Klaus Barbie et ses sbires. Alors, Olivier Demangel, le scénariste, a fait le choix d’une sorte de « catalogue » - excusez ce terme -, des horreurs pratiquées par les nazis pour faire parler leurs victimes. De la torture psychologique aux différentes formes d’acharnements physiques, - tout cela nourri par les très nombreux témoignages des survivants -, tout y passe, mais avec le souci pour Nemes de ne jamais montrer frontalement ces exactions. La photographie, le rythme du montage, la musique rare mais sublime, autant de marqueurs caractéristiques du réalisateur hongrois de l’inoubliable Fils de Saul, nous plonge dans une sorte d’enfer que l’on avait rarement aussi bien montré sur un écran. Le tournage s’est entièrement déroulé à Budapest. Le réalisateur sait éviter le morbide et évite de transformer la souffrance en spectacle. Beaucoup de respect pour son héros et pour le spectateur. Un grand film.
Personnellement, si le nom du cinéaste hongrois était l’argument principal pour me pousser à voir ce film historique, celui de Gilles Lellouche dans le rôle titre m’interpelait. Il n’a ni le physique ni, à mon avis, la profondeur de jeu requise pour ce personnage. Je dois reconnaître qu’il s’en sort à son avantage, grâce à une prestation très intériorisée, très sombre… mais bon sang, quand se décidera-t-il à articuler un peu plus ses dialogues… c’est vraiment pénible. L’acteur allemand Lars Eidinger est époustouflant surtout quand on sait qu’il ne parle pas un mot de frnçais et qu’ila donc appris ses dialogues phonétiquement… Et pourtant, il est juste et parfaitement crédible. Ajoutons les noms de Louise Bourgoin, seule personnage féminin qui relève totalement de la fiction et Félix Lefebvre, méconnaissable et bouleversant dans la peau du compagnon de cellule de Moulin. Pour résumer, Moulin se glisse parfaitement dans la lignée des films consacrés à la Seconde guerre mondiale en France que le cinéma nous a proposés cette année. Après De Gaulle, des Rayons et des Ombres, ou Notre salut, voici un autre pan de notre Histoire, qui arrive pour que jamais on oublie.
Parti pris radical de nous faire éprouver le calvaire et la courage de cet homme extraordinaire. Magnifique mise en scène avec un Lellouche aussi sensible que sobre face au monstrueux Barbie finement interprété. Très grand film
À Cannes cette année, il a beaucoup été question de se taire. La profession découvrait le "prix de la parole", le patron de Canal+ promettant de ne plus travailler avec les signataires d'une pétition contre la mainmise annoncée de Vincent Bolloré sur les salles UGC. En conférence de presse, un journaliste demandait à Gilles Lellouche s'il fallait combattre le Rassemblement national pour honorer Jean Moulin. L'acteur jugea la question orientée, déclara n'avoir pas de réponse, et Marine Le Pen lui donna raison. László Nemes, lui, n'était "vraiment pas là pour commenter la politique française" et réservait ses commentaires à la hongroise. En 1943, le silence protégeait des réseaux et coûtait la vie. En 2026, il préserve des financements et vaut des félicitations.
Moulin, quatrième long métrage de Nemes, premier en français et premier qu'il n'ait pas écrit, est une commande d'Alain Goldman sur un scénario d'Olivier Demangel. Mátyás Erdély, son chef opérateur de toujours, en signe l'image. Parachuté pour unifier la Résistance derrière De Gaulle, Max, alias Jacques Martel (Gilles Lellouche), décorateur, circule dans Lyon jusqu'à son arrestation à Caluire, avant Montluc et les interrogatoires de Barbie (Lars Eidinger). Pas de musique pour porter l'héroïsme, pas de tirade pour l'exalter, le programme est celui d'une démythification, un héros de cinéma qui se découvre homme ordinaire, qui doute, redoute de parler et sait qu'il pourrait céder, dans un film qui se garde de glorifier la Résistance.
Le film commence par peindre, puisqu'aux images d'archives colorisées de la France occupée qui précèdent le titre succède un ciel de nuit américaine si dense qu'on croit y voir une autre touche du pinceau, d'où descend un parachute. Le pinceau sort en vérité du génie d'Erdély, qui a monté sa caméra 35 mm sur un rig 3D avec une Alexa réglée en infrarouge, puis fondu les deux images en postproduction, selon un procédé emprunté à Nope. Ce ciel, joint au grondement de la bande-son, fait de l'atterrissage de Moulin une introduction visuellement magnifique. En raccordant les archives colorisées à ce ciel, Nemes s'engage à évoquer l'Occupation par touches plutôt qu'à la reconstituer. Le cinéaste juge lui-même totalitaire l'ambition de tout reconstituer, et l'argument porte. Face à l'occupant, qui prétend régner sur le visible, l'image commence par renoncer à tout montrer.
La première heure étend ce renoncement au visage même de la vedette, au prix d'un paradoxe de format. Erdély a choisi le Scope anamorphique pour sa grandeur, à la mesure d'un personnage presque légendaire. Il raconte que Lellouche, chapeau sur la tête, en emplissait toute la largeur dès les essais costumes, le format promettant aussi de laisser respirer la cellule de la seconde partie. Le décor s'emploie aussitôt à dérober ce que le cadre avait été conçu pour exhiber. À l'arrivée en gare, l'ombre de Moulin se dédouble dans la vapeur d'une locomotive, puis une vitre teintée, un rideau, un guichet s'interposent tour à tour entre son visage et l'objectif. Les surcadrages et les obstacles se multiplient. Une lumière sèche et des contre-jours appuyés détachent, sous les feutres et les voilettes, des silhouettes composées avec un soin de graveur, et chaque travelling, d'une précision hitchcockienne, découvre une issue condamnée ou un regard qui épie. Réduit à scruter un demi-visage de star, le spectateur apprend de l'intérieur le soupçon dont vit l'Occupation, signe qu'avant d'être une éthique, la résistance est ici une stratégie d'image. Lellouche joue par soustraction, tout en maîtrise et en réserve. Il abandonne peu à peu l'assurance du héros de film pour un abattement résigné, qui s'approfondit à mesure que l'étau se resserre. Le gros problème, c'est que cette sobriété se remarque, et c'est la raison pour laquelle la prestation de Lellouche me déplaît, quand la retenue devient un numéro qui tient à être vu.
Encore faut-il dire au public ce que ce silence contiendra. Le premier acte, ajouté de l'aveu du scénariste pour épargner aux plus jeunes l'aridité d'un homme qui se tait, livre sa fonction dans la scène où une jeune résistante énumère par une réplique-relais, les réseaux et les maquis que connaît Moulin. Le républicain de gauche chargé de souder des mouvements rivaux au nom d'une République à refonder, se réduit à un coffre. La partie lyonnaise prend l'allure d'un briefing qui nous apprend où dorment les secrets, jamais à quoi ils servent. Les sous-entendus y sont gauches et les pistes esquissées restent en friche. La fumée, les flous et les contre-jours finissent par parer de prestige un propos qui manque de chair. Le contexte, avoue-t-il, n'intéresse pas Nemes. Un film sur la lutte contre le fascisme glisse ainsi vers la chronique des souffrances d'un homme dont on ne sait plus très bien pour quoi il se bat, hormis ce qu'on savait déjà initialement.
Jusque-là, Moulin tient davantage de la commande que du projet d'auteur, et c'est l'arrestation qui en affranchit Nemes. Dans la salle d'attente du médecin, le découpage épouse la vigilance de Moulin, attentif aux pas à l'étage et à la berline noire qui se gare, avant qu'il ne choisisse de ne rien tenter. Quand Moulin passe ensuite dans le bureau de Barbie, deux plans subjectifs très brefs le montrent lever les yeux vers un petit balcon qui domine la pièce, puis inventorier la table et les objets de l'officier. Pour éprouver la couverture, Barbie lui demande comment il réaménagerait la salle d'interrogatoire. Moulin se lève pour crayonner le plan de la pièce, Barbie tourne autour de lui puis le renvoie sur sa chaise. Les inserts changent la profession d'emprunt en regard. Avant d'être questionné, Moulin a lu la pièce en homme du métier, et l'interrogatoire se joue comme une querelle d'agencement où celui qui dispose de l'espace dispose de l'autre.
La danse pousse cette logique jusqu'au point où elle gagne quelque chose. Barbie contraint Moulin à danser sur la Barcarolle des Contes d'Hoffmann avec la comtesse qui lui sert d'alibi, personnage inventé que Louise Bourgoin ne parvient pas à sauver de dialogues trop lourds. En un seul plan, il lance les corps dans un tournoiement qui rappelle la promenade circulaire des détenus, sous l'œil de deux de ses hommes. Tout tient au refus de couper. Un raccord aurait attribué le renversement au montage, donc à l'autorité du cinéaste, alors que la continuité oblige Moulin à gagner depuis l'intérieur du plan de Barbie. Le goût du bourreau trahit au passage son décorum, puisque faire valser ses prisonniers sur Offenbach, compositeur d'origine juive que le Reich proscrivait, c'est jouir de ce qu'on interdit aux autres. Nemes et Erdély disent avoir conçu Barbie comme un cinéaste de série B qui règle et pense chacune de ses cruautés. Cela donne raison à l'idée d'une résistance qui oppose une mise en scène à une autre.
Le démasquage advient dans la dernière scène de jour, quand Barbie surgit en hauteur au bord d'une corniche, en pleine lumière. Nemes dit avoir cherché cette verticalité, l'officier voulant dominer l'espace de Moulin un peu plus à chaque scène. Le film bascule alors dans la nuit, et sa grammaire lumineuse, à l'œuvre depuis le début, livre son sens. Dans une nuit d'encre, ce sont les phares bleutés des berlines qui balisent, au milieu d'une clairière, le chemin de Max vers l'appareil nazi. C'est la surexposition qui frappe son visage aux interrogatoires, c'est en plein jour qu'on le reconnaît. Éclairer, c'est saisir. Le noir est l'habitat du clandestin, et l'introduction l'annonçait déjà. Le grain et la lumière du 35mm d'Erdély, ces éclairages de film noir et ces ombres d'une profondeur que le numérique ne sait pas creuser, font de Moulin un objet matériel. Nemes rappelle que le noir numérique reste aussi de la lumière, donc de l'information. Ce noir argentique est le seul espace que la Gestapo ne peut pas éclairer, et le film y trouve, par la matière, la cause qu'il refusait au récit, le droit à l'opacité.
C'est pourtant ce noir que le film abandonne à son bourreau. La joute entre les deux hommes s'épuise vite, les interrogatoires finissent par tourner parfois en rond, et la souffrance prend le relais de l'intelligence. Le film s'autorise beaucoup de libertés, et la plupart passent, puisqu'il s'installe dans la période la moins documentée de la vie de Moulin. Le codétenu Martin est inventé, Moulin ayant été seul dans sa cellule, et l'on regrette surtout que Félix Lefebvre doive porter des répliques aussi pesantes. Le monologue de Barbie dans le noir, se posant en dieu du front de l'Est et se vantant d'avoir brûlé des nourrissons juifs (crime qui n'est pas le sien) passe moins bien. La parole montre crûment ce que le cadre s'interdit, et contourne la retenue de Nemes. Cette scène a juste le mérite d'expliciter la thèse du cinéaste, pour qui le dignitaire nazi se vivait en dieu sur terre, quand il le décrivait ailleurs en homme socialement frustré. Eidinger, meilleur acteur du film, fait de ce noir sa scène par son calme glaçant, son intelligence froide, et sa démence qui se fait onctueuse. On n'avait pas vu de nazi aussi marquant depuis le Mengele de Serebrennikov. Même qui détesterait tout le reste lui concéderait ce duel. Mais un bourreau divinisé appelle un martyr, et le face-à-face se fige en archétypes du Bien et du Mal qui sonnent sans autre point de vue que celui du héros contre le monstre.
Dans le dernier tiers, Barbie met une vie en balance avec un nom. Faute de réponse, des camarades de Moulin seront mis à mort, et l'on écarte de force les traits du prisonnier pour lui tenir les paupières ouvertes — seul plan (si je veux être méchant) où Lellouche joue bien. Le plan, frontal, reste rivé à son visage. La bande-son prend tout en charge, la meute lâchée, des fracas sourds, des cris et ce fond sonore pousse le film vers l'horreur pure. Nemes revendique Kubrick, et le souvenir d'Orange mécanique éclaire le geste, puisque chez Kubrick le contrechamp des yeux maintenus ouverts était un écran de cinéma. Ici, le visage regarde vers l'objectif, et ce qu'on l'oblige à voir se tient de notre côté, dans la salle. Le dispositif du Fils de Saul éclaire similairement. La nuque qui avançait vers une horreur floue est devenue un visage tourné vers le public, et l'horreur loge dans le contrechamp que le réel occupe.
Le film, lui, ne soutient pas ce regard jusqu'au bout. Dans un couloir de la prison, un halo doré semble émaner de Moulin à mesure qu'il avance, et l'éclairage ramène l'iconographie du martyr. Barbie a beau railler « Saint Jean-Moulin » sitôt le nom connu, la lumière d'Erdély exécute ce que le bourreau moquait. Sanctifié, le silence de Moulin redevient une vertu. Ses idées politiques s'effacent derrière le supplicié, et l'on retiendra de lui le détail de son agonie plutôt que ce pour quoi il est mort, ce qu'il aurait sans doute été le dernier à souhaiter.
Moulin, quatrième long métrage de Nemes, premier en français et premier qu'il n'ait pas écrit, est une commande d'Alain Goldman sur un scénario d'Olivier Demangel. Mátyás Erdély, son chef opérateur de toujours, en signe l'image. Parachuté pour unifier la Résistance derrière De Gaulle, Max, alias Jacques Martel (Gilles Lellouche), décorateur, circule dans Lyon jusqu'à son arrestation à Caluire, avant Montluc et les interrogatoires de Barbie (Lars Eidinger). Pas de musique pour porter l'héroïsme, pas de tirade pour l'exalter, le programme est celui d'une démythification, un héros de cinéma qui se découvre homme ordinaire, qui doute, redoute de parler et sait qu'il pourrait céder, dans un film qui se garde de glorifier la Résistance.
Le film commence par peindre, puisqu'aux images d'archives colorisées de la France occupée qui précèdent le titre succède un ciel de nuit américaine si dense qu'on croit y voir une autre touche du pinceau, d'où descend un parachute. Le pinceau sort en vérité du génie d'Erdély, qui a monté sa caméra 35 mm sur un rig 3D avec une Alexa réglée en infrarouge, puis fondu les deux images en postproduction, selon un procédé emprunté à Nope. Ce ciel, joint au grondement de la bande-son, fait de l'atterrissage de Moulin une introduction visuellement magnifique. En raccordant les archives colorisées à ce ciel, Nemes s'engage à évoquer l'Occupation par touches plutôt qu'à la reconstituer. Le cinéaste juge lui-même totalitaire l'ambition de tout reconstituer, et l'argument porte. Face à l'occupant, qui prétend régner sur le visible, l'image commence par renoncer à tout montrer.
La première heure étend ce renoncement au visage même de la vedette, au prix d'un paradoxe de format. Erdély a choisi le Scope anamorphique pour sa grandeur, à la mesure d'un personnage presque légendaire. Il raconte que Lellouche, chapeau sur la tête, en emplissait toute la largeur dès les essais costumes, le format promettant aussi de laisser respirer la cellule de la seconde partie. Le décor s'emploie aussitôt à dérober ce que le cadre avait été conçu pour exhiber. À l'arrivée en gare, l'ombre de Moulin se dédouble dans la vapeur d'une locomotive, puis une vitre teintée, un rideau, un guichet s'interposent tour à tour entre son visage et l'objectif. Les surcadrages et les obstacles se multiplient. Une lumière sèche et des contre-jours appuyés détachent, sous les feutres et les voilettes, des silhouettes composées avec un soin de graveur, et chaque travelling, d'une précision hitchcockienne, découvre une issue condamnée ou un regard qui épie. Réduit à scruter un demi-visage de star, le spectateur apprend de l'intérieur le soupçon dont vit l'Occupation, signe qu'avant d'être une éthique, la résistance est ici une stratégie d'image. Lellouche joue par soustraction, tout en maîtrise et en réserve. Il abandonne peu à peu l'assurance du héros de film pour un abattement résigné, qui s'approfondit à mesure que l'étau se resserre. Le gros problème, c'est que cette sobriété se remarque, et c'est la raison pour laquelle la prestation de Lellouche me déplaît, quand la retenue devient un numéro qui tient à être vu.
Encore faut-il dire au public ce que ce silence contiendra. Le premier acte, ajouté de l'aveu du scénariste pour épargner aux plus jeunes l'aridité d'un homme qui se tait, livre sa fonction dans la scène où une jeune résistante énumère par une réplique-relais, les réseaux et les maquis que connaît Moulin. Le républicain de gauche chargé de souder des mouvements rivaux au nom d'une République à refonder, se réduit à un coffre. La partie lyonnaise prend l'allure d'un briefing qui nous apprend où dorment les secrets, jamais à quoi ils servent. Les sous-entendus y sont gauches et les pistes esquissées restent en friche. La fumée, les flous et les contre-jours finissent par parer de prestige un propos qui manque de chair. Le contexte, avoue-t-il, n'intéresse pas Nemes. Un film sur la lutte contre le fascisme glisse ainsi vers la chronique des souffrances d'un homme dont on ne sait plus très bien pour quoi il se bat, hormis ce qu'on savait déjà initialement.
Jusque-là, Moulin tient davantage de la commande que du projet d'auteur, et c'est l'arrestation qui en affranchit Nemes. Dans la salle d'attente du médecin, le découpage épouse la vigilance de Moulin, attentif aux pas à l'étage et à la berline noire qui se gare, avant qu'il ne choisisse de ne rien tenter. Quand Moulin passe ensuite dans le bureau de Barbie, deux plans subjectifs très brefs le montrent lever les yeux vers un petit balcon qui domine la pièce, puis inventorier la table et les objets de l'officier. Pour éprouver la couverture, Barbie lui demande comment il réaménagerait la salle d'interrogatoire. Moulin se lève pour crayonner le plan de la pièce, Barbie tourne autour de lui puis le renvoie sur sa chaise. Les inserts changent la profession d'emprunt en regard. Avant d'être questionné, Moulin a lu la pièce en homme du métier, et l'interrogatoire se joue comme une querelle d'agencement où celui qui dispose de l'espace dispose de l'autre.
La danse pousse cette logique jusqu'au point où elle gagne quelque chose. Barbie contraint Moulin à danser sur la Barcarolle des Contes d'Hoffmann avec la comtesse qui lui sert d'alibi, personnage inventé que Louise Bourgoin ne parvient pas à sauver de dialogues trop lourds. En un seul plan, il lance les corps dans un tournoiement qui rappelle la promenade circulaire des détenus, sous l'œil de deux de ses hommes. Tout tient au refus de couper. Un raccord aurait attribué le renversement au montage, donc à l'autorité du cinéaste, alors que la continuité oblige Moulin à gagner depuis l'intérieur du plan de Barbie. Le goût du bourreau trahit au passage son décorum, puisque faire valser ses prisonniers sur Offenbach, compositeur d'origine juive que le Reich proscrivait, c'est jouir de ce qu'on interdit aux autres. Nemes et Erdély disent avoir conçu Barbie comme un cinéaste de série B qui règle et pense chacune de ses cruautés. Cela donne raison à l'idée d'une résistance qui oppose une mise en scène à une autre.
Le démasquage advient dans la dernière scène de jour, quand Barbie surgit en hauteur au bord d'une corniche, en pleine lumière. Nemes dit avoir cherché cette verticalité, l'officier voulant dominer l'espace de Moulin un peu plus à chaque scène. Le film bascule alors dans la nuit, et sa grammaire lumineuse, à l'œuvre depuis le début, livre son sens. Dans une nuit d'encre, ce sont les phares bleutés des berlines qui balisent, au milieu d'une clairière, le chemin de Max vers l'appareil nazi. C'est la surexposition qui frappe son visage aux interrogatoires, c'est en plein jour qu'on le reconnaît. Éclairer, c'est saisir. Le noir est l'habitat du clandestin, et l'introduction l'annonçait déjà. Le grain et la lumière du 35mm d'Erdély, ces éclairages de film noir et ces ombres d'une profondeur que le numérique ne sait pas creuser, font de Moulin un objet matériel. Nemes rappelle que le noir numérique reste aussi de la lumière, donc de l'information. Ce noir argentique est le seul espace que la Gestapo ne peut pas éclairer, et le film y trouve, par la matière, la cause qu'il refusait au récit, le droit à l'opacité.
C'est pourtant ce noir que le film abandonne à son bourreau. La joute entre les deux hommes s'épuise vite, les interrogatoires finissent par tourner parfois en rond, et la souffrance prend le relais de l'intelligence. Le film s'autorise beaucoup de libertés, et la plupart passent, puisqu'il s'installe dans la période la moins documentée de la vie de Moulin. Le codétenu Martin est inventé, Moulin ayant été seul dans sa cellule, et l'on regrette surtout que Félix Lefebvre doive porter des répliques aussi pesantes. Le monologue de Barbie dans le noir, se posant en dieu du front de l'Est et se vantant d'avoir brûlé des nourrissons juifs (crime qui n'est pas le sien) passe moins bien. La parole montre crûment ce que le cadre s'interdit, et contourne la retenue de Nemes. Cette scène a juste le mérite d'expliciter la thèse du cinéaste, pour qui le dignitaire nazi se vivait en dieu sur terre, quand il le décrivait ailleurs en homme socialement frustré. Eidinger, meilleur acteur du film, fait de ce noir sa scène par son calme glaçant, son intelligence froide, et sa démence qui se fait onctueuse. On n'avait pas vu de nazi aussi marquant depuis le Mengele de Serebrennikov. Même qui détesterait tout le reste lui concéderait ce duel. Mais un bourreau divinisé appelle un martyr, et le face-à-face se fige en archétypes du Bien et du Mal qui sonnent sans autre point de vue que celui du héros contre le monstre.
Dans le dernier tiers, Barbie met une vie en balance avec un nom. Faute de réponse, des camarades de Moulin seront mis à mort, et l'on écarte de force les traits du prisonnier pour lui tenir les paupières ouvertes — seul plan (si je veux être méchant) où Lellouche joue bien. Le plan, frontal, reste rivé à son visage. La bande-son prend tout en charge, la meute lâchée, des fracas sourds, des cris et ce fond sonore pousse le film vers l'horreur pure. Nemes revendique Kubrick, et le souvenir d'Orange mécanique éclaire le geste, puisque chez Kubrick le contrechamp des yeux maintenus ouverts était un écran de cinéma. Ici, le visage regarde vers l'objectif, et ce qu'on l'oblige à voir se tient de notre côté, dans la salle. Le dispositif du Fils de Saul éclaire similairement. La nuque qui avançait vers une horreur floue est devenue un visage tourné vers le public, et l'horreur loge dans le contrechamp que le réel occupe.
Le film, lui, ne soutient pas ce regard jusqu'au bout. Dans un couloir de la prison, un halo doré semble émaner de Moulin à mesure qu'il avance, et l'éclairage ramène l'iconographie du martyr. Barbie a beau railler « Saint Jean-Moulin » sitôt le nom connu, la lumière d'Erdély exécute ce que le bourreau moquait. Sanctifié, le silence de Moulin redevient une vertu. Ses idées politiques s'effacent derrière le supplicié, et l'on retiendra de lui le détail de son agonie plutôt que ce pour quoi il est mort, ce qu'il aurait sans doute été le dernier à souhaiter.
Très bien construit, le film joue sur une gradation subtile de la tension. Peu à peu, presque insidieusement, il nous entraîne dans son récit jusqu’à nous happer totalement. Une atmosphère dure et oppressante s’installe, nous enveloppe et finit par nous étouffer.
La prestation des acteurs contribue pleinement à cette immersion et à l’intensité du récit.
C’est l’idée d’un film qui ne nous saisit pas uniquement par ce qu’il montre, mais par ce qu’il installe en nous. Il nous confronte à la violence sous différentes formes, celle qui est montrée, mais aussi celle qui est suggérée…
Un film éprouvant, qui ne laisse pas indemne.
Comme nous l’avons appris lors de cette avant-première, le peu d’archives disponibles sur cette période de l’arrestation a laissé une place importante à la fiction. Le film parvient néanmoins à nous plonger dans une réalité historique et humaine particulièrement sombre.
Un film nécessaire, qui donne à voir, à ressentir et à réfléchir, et qui nous rappelle que certaines pages de l’Histoire, aussi difficiles soient-elles à regarder, ne doivent pas être oubliées.
Vu en avant-première au Grand Palace des Sables d’Olonne, avec un direct live de l’équipe du film.
La prestation des acteurs contribue pleinement à cette immersion et à l’intensité du récit.
C’est l’idée d’un film qui ne nous saisit pas uniquement par ce qu’il montre, mais par ce qu’il installe en nous. Il nous confronte à la violence sous différentes formes, celle qui est montrée, mais aussi celle qui est suggérée…
Un film éprouvant, qui ne laisse pas indemne.
Comme nous l’avons appris lors de cette avant-première, le peu d’archives disponibles sur cette période de l’arrestation a laissé une place importante à la fiction. Le film parvient néanmoins à nous plonger dans une réalité historique et humaine particulièrement sombre.
Un film nécessaire, qui donne à voir, à ressentir et à réfléchir, et qui nous rappelle que certaines pages de l’Histoire, aussi difficiles soient-elles à regarder, ne doivent pas être oubliées.
Vu en avant-première au Grand Palace des Sables d’Olonne, avec un direct live de l’équipe du film.
Jean Moulin c'est un nom, connu de tous, une mission, chef de la Résistance, et un fait, son arrestation par la Gestapo, le 21 juin 1943. Après c'est indicible. Il meurt le 8 juillet.
Jusqu'ici seul André Malraux avait su trouver les mots, le 19 décembre 1964, lorsque ses cendres ont été transférées au Panthéon (un discours, un des plus grands de l'histoire de France, à retrouver en intégralité sur la chaîne YouTube INA Histoire).
Désormais il faudra rajouter le réalisateur hongrois László Nemes, et Gilles Lellouche qui incarne Jean Moulin. Le ton est parfait, jamais de racolage ou de scène malaisante, l'esthétique est factuelle mais le cinéma a sa place, la caméra est proche, sensible (reflets, jeux de lumière), l'engrenage est oppressant. Et la musique de la jeune compositrice française Laetitia Pansanel-Garric apporte une dimension supplémentaire, un vent glacé, une profondeur de champ. Un film essentiel.
> Plus d’infos culture sur mon Instagram "Les sorties de Philippe"
Jusqu'ici seul André Malraux avait su trouver les mots, le 19 décembre 1964, lorsque ses cendres ont été transférées au Panthéon (un discours, un des plus grands de l'histoire de France, à retrouver en intégralité sur la chaîne YouTube INA Histoire).
Désormais il faudra rajouter le réalisateur hongrois László Nemes, et Gilles Lellouche qui incarne Jean Moulin. Le ton est parfait, jamais de racolage ou de scène malaisante, l'esthétique est factuelle mais le cinéma a sa place, la caméra est proche, sensible (reflets, jeux de lumière), l'engrenage est oppressant. Et la musique de la jeune compositrice française Laetitia Pansanel-Garric apporte une dimension supplémentaire, un vent glacé, une profondeur de champ. Un film essentiel.
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Un grand film -vu ce jour au Cinéville de Saint-Sébastien-sur-Loire-dans lequel les acteurs sont formidables, mais qui ne fait malheureusement que survoler le thème de la Résistance, son organisation et ses actions. Barbie est effrayant à souhait, manipulateur et sadique, Jean Moulin reste stoïque malgré les épreuves, ce qui fut probablement vrai. Le suspense va crescendo et la caméra est intelligente, bravo à toute l'équipe !
ce film est une fiction sur les derniers jours de Jean Moulin.. Ceux qui ne le connaissait pas, n'en sauront pas davantage au sortir du film, ce qui dommage..
je n'ai pas apprécié Lars Eidinger dans le rôle de K Barbie - Je trouve le choix de cet acteur au type aryen inadapté - Le regard noir du vrai K Barbie ayant tellement été décrit par ses suppliciés et pour ceux qui ont visionné son procès, je trouve dommage le choix de Eidinger...
Bien évidemment Gilles Lellouche habite son personnage et nous montre le courage mais aussi la peur de Jean Moulin face à la torture
mais ce film n'est que fiction..
je n'ai pas apprécié Lars Eidinger dans le rôle de K Barbie - Je trouve le choix de cet acteur au type aryen inadapté - Le regard noir du vrai K Barbie ayant tellement été décrit par ses suppliciés et pour ceux qui ont visionné son procès, je trouve dommage le choix de Eidinger...
Bien évidemment Gilles Lellouche habite son personnage et nous montre le courage mais aussi la peur de Jean Moulin face à la torture
mais ce film n'est que fiction..
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