Victor comme tout le monde a une genèse singulière. Il s'agit en effet d'un film écrit par la Sophie Fillières, décédée le 31 juillet 2023. Pascal Bonitzer, qui a partagé la vie de la réalisatrice, a pris la suite de ce projet sur lequel la cinéaste avait commencé à travailler en 2020. A l'origine, elle devait le réaliser elle-même, avant d'être empêchée par la longue maladie qui l'a finalement emportée il y a deux ans presque jour pour jour. Dans les colonnes du Film Français, le producteur Charles Gillibert (CG Cinéma) explique : "En concertation avec Agathe Bonitzer et la famille de Sophie, nous avons confié la réalisation à Pascal Bonitzer."
C'est le second projet de Sophie Fillières, repris de façon posthume, comme Ma vie ma gueule, sorti en septembre 2024.
Avec Victor comme tout le monde, Fabrice Luchini retrouve Pascal Bonitzer, de nombreuses années après Rien sur Robert (1998). Le comédien raconte : "J’ai été très heureux sur Rien sur Robert que Pascal Bonitzer a réalisé en 1999. Il y a des dialogues dans Victor comme tout le monde qui pourraient avoir été écrits par l'un et par l'autre. Comme un effet miroir. Même si ce n'est pas du tout le même cinéma. Sophie Fillières était très fantaisiste, Pascal Bonitzer l’est d’une autre manière. A l’origine de tout ça, il y a aussi la volonté d’un ami, Thierry Consigny, qui a écrit un très beau livre sur Victor Hugo « Léopoldine »."
Pendant l’écriture, le film s’appelait simplement Hugo. Le glissement vers Victor comme tout le monde souligne l’idée centrale : désacraliser le monument et le rendre humain, vulnérable, presque ordinaire.
Dans le scénario original de Victor comme tout le monde, le personnage portait le nom de Luchini. Mais l’acteur a souhaité conserver une distance. Pascal Bonitzer a alors proposé Robert Zucchini. Le metteur en scène développe : "Fabrice avait un doute au regard de ce Luchini fictionnel dont l'histoire et la biographie n'étaient pas du tout les siennes. D’où l’idée de Robert Zucchini. Ce n'est pas Fabrice."
"C’est un personnage issu d'un monde parallèle. À la fois complètement lui et pas du tout. Il faut d'ailleurs dire un mot sur le spectacle qu’interprète Zucchini. Parce que l’on pourrait croire que le scénario a été écrit à partir du spectacle que Fabrice fait sur Hugo. Alors que c'est le contraire. Au moment de l’écriture du scénario, ce spectacle d’ailleurs prodigieux n’existait pas encore."
"On ne s’est pas privés de se servir des représentations de Fabrice au Théâtre de la Porte Saint-Martin. Nous avons capté trois soirées, puis matché des moments spécifiques du spectacle, plus ou moins en rapport avec la fiction, avec des scènes écrites dans le scénario, où Zucchini paraît sur le point de perdre la maîtrise de sa représentation, à cause d’incidents comme le vol de la voiture ou la survenue de Lisbeth parmi les spectateurs."
"Donc le personnage est à la fois un petit peu Fabrice et en même temps pas du tout lui puisque l’histoire est totalement fictive."
Le scénario de Victor comme tout le monde a été écrit avant que Fabrice Luchini ne crée son vrai spectacle sur Victor Hugo. Le film n’est donc pas adapté du show — c’est l’inverse. Ensuite, l’équipe a capté trois représentations au Théâtre de la Porte Saint-Martin pour les intégrer au film.
Pascal Bonitzer a donc capté et intégré dans Victor comme tout le monde de véritables extraits du spectacle de Fabrice Luchini : "Dans le spectacle de Fabrice il existe un art qui n'appartient qu'à lui et qui consiste à faire jouer le public avec lui. La question du film, c'était comment intégrer les extraits du spectacle pour que ce ne soit pas trop long et qu'ils ne dévorent pas la fiction. Mais que ce soit suffisamment présent quand même pour qu'on voie Fabrice à l'œuvre dans son métier."
"Et que cela fasse aussi de l'effet auprès du public du film : qu’il soit autant pris que celui du théâtre. C'était une difficulté et si cela fonctionne, cela tient beaucoup au montage de Monica Coleman avec laquelle je travaille depuis plusieurs films. Elle a fait un très beau travail de sélection des moments du spectacle de façon à ce que ça s'intègre parfaitement au film, tout en délivrant le côté jouissif du spectacle de Fabrice", se remémore le réalisateur.
Victor comme tout le monde est le 11ème long métrage de Pascal Bonitzer. Ce dernier a une riche actualité en 2026 puisque sort également Maigret et le mort amoureux.