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Le film raconte des histoires. La Russie après son entrée en guerre avec l’Ukraine et la femme infidèle, reprise du film de Claude Chabrol. Film puissant, très beau bien construit. A voir sans faute
Brillantissime remake de la Femme Infidèle transposée dans la Russie en guerre : c’est précisément par les nuances et petites différences entre les deux films que Zviaguintsev sublime son propos sur le pouvoir corrompu, la guerre et ce Minotaure qui exige qu’on lui livre 14 victimes innocentes.
Vu en avant-première.
Réadaptation de " la femme infidèle " de Chabrol.
Histoire classique d'un couple en crise mais magistralement mis en scène. Et en toile de fond un portrait cinglant de la Russie d'aujourd'hui et de son ""opération spéciale "". A voir absolument.
Réadaptation de " la femme infidèle " de Chabrol.
Histoire classique d'un couple en crise mais magistralement mis en scène. Et en toile de fond un portrait cinglant de la Russie d'aujourd'hui et de son ""opération spéciale "". A voir absolument.
Film intimiste dans le contexte très rude, de la guerre de la Russie contre l’Ukraine. Gleb, le personnage masculin principal n’est pas sans rappeler celui de Notre Salut, ces hommes prêts à tout, et surtout au pire, pour préserver ce qu’ils veulent ou, dans Minotaure, ce qu’ils ont construit. Quelques longueurs à cause de scènes dispensables ou trop longues.
Un film aussi cruel et beau. D'une simplicité et évidence toute banale. Un personnage principal torturé, accablé et acculé mais jouissant d'un confort et d'une intelligence qui lui permettent de s'en sortir dans une Russie qui court a sa perte. On boit, on souffre, on contemple. Chef d'œuvre du réalisateur russe qui signe un cliché glaçant de réalisme sur un pays en pleine implosion morale et sociétale.
Dmitri Mazourov et Iris Lebedeva incarnent Galina et Gleb, l'un une personnalité locale dans l'entrepreneuriat du bâtiment et sa femme. En plus de l'effondrement de leur quotidien sur le plan politique, leur vie intime se fracture progressivement. Andreï Zviaguintsev filme avec justesse la crise du couple jusqu'au paroxysme.
Beaucoup de plans intérieurs, enfermant les personnages avec leur propre conscience, à l'extérieur ils semblent perdus. Le film transforme peu à peu les deux membres du couple en fantômes errant dans un quotidien de non dits et de mensonges.
Dmitri Mazourov incarne un mari en crise, il se bat pour sa société et tente de garder le contrôle sur sa vie personnelle qui lui échappe. Quant à Iris Lebedeva, elle a une sensibilité dans son jeu. Même lorsqu'il joue la joie, il se cache un peu de mélancolie dans ses silences. Le film possède un rythme particulier, on y adhère ou non, il reste une œuvre singulière qui laisse des traces mnésiques.
La Russie de 2022 devient un espace d'incertitude où la mobilisation et les difficultés économiques fragilisent les rapports sociaux. Gleb découvre que sa réussite professionnelle ne garantit aucune stabilité. Cette perte de maîtrise rejoint sa crise conjugale, chaque silence de Galina nourrit les soupçons et transforme progressivement leur intimité en territoire hostile.
Le titre Minotaure renvoie au labyrinthe mythologique, mais ici l'enfermement est psychologique. Gleb avance dans une succession de décisions qui compliquent son existence. La violence devient l'expression d'une désorganisation émotionnelle où l'autorité masculine ne suffit plus à préserver les apparences.
Face à lui, Galina oppose une retenue qui laisse planer une incertitude sur ses émotions. Leurs interprétations construisent deux solitudes incapables de retrouver un langage commun. Présenté à Cannes en 2026, le film arrive en salles avec une durée de 2 h 20. Une exigence narrative qui interroge également sa capacité à rencontrer un public moins habitué à cette temporalité cinématographique.
Beaucoup de plans intérieurs, enfermant les personnages avec leur propre conscience, à l'extérieur ils semblent perdus. Le film transforme peu à peu les deux membres du couple en fantômes errant dans un quotidien de non dits et de mensonges.
Dmitri Mazourov incarne un mari en crise, il se bat pour sa société et tente de garder le contrôle sur sa vie personnelle qui lui échappe. Quant à Iris Lebedeva, elle a une sensibilité dans son jeu. Même lorsqu'il joue la joie, il se cache un peu de mélancolie dans ses silences. Le film possède un rythme particulier, on y adhère ou non, il reste une œuvre singulière qui laisse des traces mnésiques.
La Russie de 2022 devient un espace d'incertitude où la mobilisation et les difficultés économiques fragilisent les rapports sociaux. Gleb découvre que sa réussite professionnelle ne garantit aucune stabilité. Cette perte de maîtrise rejoint sa crise conjugale, chaque silence de Galina nourrit les soupçons et transforme progressivement leur intimité en territoire hostile.
Le titre Minotaure renvoie au labyrinthe mythologique, mais ici l'enfermement est psychologique. Gleb avance dans une succession de décisions qui compliquent son existence. La violence devient l'expression d'une désorganisation émotionnelle où l'autorité masculine ne suffit plus à préserver les apparences.
Face à lui, Galina oppose une retenue qui laisse planer une incertitude sur ses émotions. Leurs interprétations construisent deux solitudes incapables de retrouver un langage commun. Présenté à Cannes en 2026, le film arrive en salles avec une durée de 2 h 20. Une exigence narrative qui interroge également sa capacité à rencontrer un public moins habitué à cette temporalité cinématographique.
Le Minotaure n'apparaît jamais dans Minotaure. Par contre, il y a un patron de province sommé, en septembre 2022, de livrer quatorze hommes à l'armée et une épouse qui le trompe avec un photographe. Quatorze, c'est le tribut qu'Athènes devait à la bête. Andreï Zviaguintsev a greffé ce chiffre sur La Femme infidèle de Chabrol (un mari découvrait la liaison de sa femme, tuait l'amant, et la police l'attendait) pour signer, neuf ans après Faute d'amour, son premier film d'exilé, payé par la France. Le titre promet un monstre, l'auteur le désigne — son héros, enfermé dans ses murs de verre — et jure que la guerre est entrée dans son scénario par le destin. Une bête et une fatalité, c'est exactement ce que l'Europe attend de ses dissidents russes.
Tôt dans le film, Gleb (Dmitri Mazourov) ordonne à un employé d'éteindre ses vidéos de guerre, et le film obéit aussi : le conflit ne lui parviendra plus que de biais. Restent les images autorisées, journaux télévisés et panneaux de recrutement promettant des primes, parfois visiblement incrustés en postproduction. C'est bien ce qu'elle est pour Gleb et ses amis, qui en rient entre deux blagues graveleuses : un décor. Le hors-champ trie les images de la guerre en deux tas, celles que le patron interdit et celles que l'État placarde, et prive le spectateur des premières au nom d'une consigne qu'il a vue naître. Ce hors-champ a le goût de la censure.
Dans le premier tiers, le maire transmet la commande de l'armée sous un portrait de Poutine : le souverain reste au mur, l'ordre descend. Gleb la règle en gestionnaire, en embauchant quatorze chauffeurs au double du salaire pour les inscrire aussitôt sur la liste. Puis il les réunit et leur ment sur leurs futurs camions, pendant que la caméra fait le tour complet de la salle, visage après visage. Le panoramique les encercle avant le départ. Le labyrinthe du titre tient dans une salle de réunion. La séance a tout d'une journée d'intégration, et c'en est une, puisqu'on les intègre à l'armée. Le seul homme que Gleb cherche, sans hâte, à faire exempter est le chef de la sécurité chargé de suivre sa femme : il livre ceux qu'il ne voit pas et garde celui qui voit pour lui. Le titre promettait une bête, la séance fournit un Égée de province qui paie le tribut avec les enfants des autres.
On connaît Galina (Iris Lebedeva) comme la connaît son mari. Un rendez-vous au salon de beauté démenti par un simple coup de fil, le chef de la sécurité confirme la liaison, et c'est en posant pour l'appareil de son amant qu'on la voit désirer. Le spectateur, logé dans l'œil du mari, surveille avec lui, et le film, qui dénonce une société de surveillance, en adopte la structure pour son principal personnage féminin. Galina y gagne une fonction d'allégorie, celle d'un pays qui revient au maître après le crime : commode pour le propos, ruineux pour le personnage. La guerre, à l'arrière-plan, captive davantage que le drame conjugal du premier plan, et adultère et mobilisation se disputent l'attention plus qu'ils ne se répondent, au risque de diluer le propos antiguerre. Seule la forme les fait vraiment rimer.
Le tour de caméra de la salle des recrues revient dans l'appartement d'Anton, dans une appartement soviétique, pendant que les amants font l'amour. La Même mouvement, même sort : le film enferme l'amant dans le cercle des quatorze et le désigne comme le prochain sacrifié. Le panoramique mesure aussi une condition, puisqu'une vie entière tient ici dans une rotation, tasses sales et draps défaits, quand la maison de Gleb aligne des volumes vides ; l'adultère est une descente de classe. Anton sera le quinzième tribut, et le crime privé entre dans la comptabilité de la guerre avant même d'être commis.
À la bascule, Gleb vient trouver Anton chez lui, et la confrontation se joue assise. L'un prend le canapé, l'autre une chaise : les deux hommes ne sont pas à la même hauteur, et les places bougent au fil de l'échange. La disposition est celle d'un entretien, l'exercice que Gleb maîtrise au bureau, sauf qu'ici rien ne dit qui reçoit qui. Face à un rival qui ne lui doit rien, aucune assise ne fixe le rang, et c'est cette égalité flottante que Gleb ne supporte pas. Le coup tranche ce que les sièges laissaient en suspens : il frappe Anton avec l'objectif qui photographiait Galina. La liste et le meurtre relèvent du même réflexe, remettre chacun à sa place.
Le corps, encore agonisant, passe ensuite par-dessus le balcon en plein jour, sous des centaines de fenêtres. Un plan pris de l'extérieur de l'immeuble laisse planer la possibilité qu'un passant entre dans le champ. Hitchcock affleure, celui de Fenêtre sur cour, à l'envers : la façade a cent yeux. Suit la séquence centrale : plus de vingt minutes de nettoyage, sans un mot, au rythme réel des gestes, pendant lesquelles Gleb efface le sang tache par tache dans l'immeuble, cache le corps et se débarrasse des preuves. Hitchcock fournit la mécanique, la durée rend la peur physique. Ce suspense repose sur la loi si quelqu'un finira par voir, et tout le plaisir du spectateur tient à cette menace. L'angoisse vire au comique : ce notable rompu aux listes et aux contrats se révèle un nettoyeur pitoyable, aussi mal préparé qu'une armée partie prendre Kiev en trois jours. Chabrol faisait arrêter son mari ; ici, le thriller tourne à vide, faute d'un État décidé à punir un homme utile. Gleb efface ses traces avec zèle sans savoir que personne n'aura le droit de les lire.
Pendant cette évacuation, le film commet un excès de symbolisme. Gleb, sa cargaison compromettante à bord, s'arrête à un passage à niveau ; passe un convoi chargé de chars, et l'image les imprime sur son visage. Ce que le film laissait jusque-là au spectateur le soin de rapprocher, l'allégorie force ici (et d'autres) le trait. Les slogans s'accumulent jusque dans le décor, des graffitis contre la guerre s'affichent au premier plan, et le film s'assure par moments qu'on a compris. On l'a compris tôt, et ces rappels n'ont plus rien à jouer. La tentation de l'emblème est ancienne chez Zviaguintsev, dont Faute d'amour finissait sur un survêtement floqué RUSSIA. River la guerre à un visage, c'est individualiser une culpabilité que tout le reste du film répartit le long d'une chaîne, du portrait au maire, du maire à la liste, de la liste au chauffeur. C'est la logique du discours que l'auteur tiendra à Cannes en suppliant le président russe, seul capable selon lui d'arrêter le hachoir. Un coupable unique soulage tous les autres maillons.
L'enquête se clôt à l'heure du déjeuner. Quand deux policiers viennent l'interroger, Gleb leur explique que les gens disparaissent beaucoup ces temps-ci et qu'il ne retrouve plus la moitié de ses employés : la mobilisation lui fournit l'alibi qu'il n'avait pas su fabriquer. Dans le dernier acte, la police a son visage à l'écran, sur une vidéo de surveillance, et l'ordre de ne pas le voir. L'un des enquêteurs demande à quoi bon, l'autre propose d'aller déjeuner. Leur cynisme est de l'obéissance. Chez Zviaguintsev, la police russe sert le pouvoir avant les gens. Dans Léviathan, elle envoyait un innocent en prison pour arranger le maire ; dans Faute d'amour, elle renvoyait des parents vers des bénévoles pour retrouver leur enfant ; ici, elle tient un coupable et le laisse filer, sans doute parce qu'il a livré ses quatorze. Elle classe la vérité selon le rang du suspect. Vingt minutes d'angoisse se soldent par l'indifférence d'avoir trouver le suspect.
Le dernier acte jette le masque, et ses décisions cherchent querelle au récit corseté et au faux naturalisme de tout le film : le mythe se déclare, l'image passe au monochrome. Les quatorze reparaissent parmi des centaines de prétendus volontaires, à qui un porte-parole explique qu'ils se battent pour rester humains. Le titre les range parmi les innocents du tribut d'Athènes ; victimes de leur État, ils le sont, mais ils partent aussi envahir un pays, et cette moitié-là n'a pas d'image. L'auteur parle de destin et s'adressera, à Cannes, aux millions de gens des deux côtés de la ligne de contact. La chaîne casse au dernier maillon : ceux qui tiendront le fusil n'y figurent qu'en victimes. Puis le couple réconcilié s'envole pour la Crète : le payeur du tribut part en vacances sur l'île du monstre. Le fils photographie le ciel et l'embellit d'un filtre noir et blanc ; le régime supprime celui qui faisait les images et garde l'image, filtrée. Le film adopte ce monochrome pour son dernier plan et le tient jusqu'à changer les nuages en panaches de bombes : là où le fils filtrait, il insiste, et l'insistance corrompt le joli. Le spectateur se retrouve au hublot, à la place exacte d'où l'Europe regarde cette guerre : en altitude, en noir et blanc, sans risque.
Tôt dans le film, Gleb (Dmitri Mazourov) ordonne à un employé d'éteindre ses vidéos de guerre, et le film obéit aussi : le conflit ne lui parviendra plus que de biais. Restent les images autorisées, journaux télévisés et panneaux de recrutement promettant des primes, parfois visiblement incrustés en postproduction. C'est bien ce qu'elle est pour Gleb et ses amis, qui en rient entre deux blagues graveleuses : un décor. Le hors-champ trie les images de la guerre en deux tas, celles que le patron interdit et celles que l'État placarde, et prive le spectateur des premières au nom d'une consigne qu'il a vue naître. Ce hors-champ a le goût de la censure.
Dans le premier tiers, le maire transmet la commande de l'armée sous un portrait de Poutine : le souverain reste au mur, l'ordre descend. Gleb la règle en gestionnaire, en embauchant quatorze chauffeurs au double du salaire pour les inscrire aussitôt sur la liste. Puis il les réunit et leur ment sur leurs futurs camions, pendant que la caméra fait le tour complet de la salle, visage après visage. Le panoramique les encercle avant le départ. Le labyrinthe du titre tient dans une salle de réunion. La séance a tout d'une journée d'intégration, et c'en est une, puisqu'on les intègre à l'armée. Le seul homme que Gleb cherche, sans hâte, à faire exempter est le chef de la sécurité chargé de suivre sa femme : il livre ceux qu'il ne voit pas et garde celui qui voit pour lui. Le titre promettait une bête, la séance fournit un Égée de province qui paie le tribut avec les enfants des autres.
On connaît Galina (Iris Lebedeva) comme la connaît son mari. Un rendez-vous au salon de beauté démenti par un simple coup de fil, le chef de la sécurité confirme la liaison, et c'est en posant pour l'appareil de son amant qu'on la voit désirer. Le spectateur, logé dans l'œil du mari, surveille avec lui, et le film, qui dénonce une société de surveillance, en adopte la structure pour son principal personnage féminin. Galina y gagne une fonction d'allégorie, celle d'un pays qui revient au maître après le crime : commode pour le propos, ruineux pour le personnage. La guerre, à l'arrière-plan, captive davantage que le drame conjugal du premier plan, et adultère et mobilisation se disputent l'attention plus qu'ils ne se répondent, au risque de diluer le propos antiguerre. Seule la forme les fait vraiment rimer.
Le tour de caméra de la salle des recrues revient dans l'appartement d'Anton, dans une appartement soviétique, pendant que les amants font l'amour. La Même mouvement, même sort : le film enferme l'amant dans le cercle des quatorze et le désigne comme le prochain sacrifié. Le panoramique mesure aussi une condition, puisqu'une vie entière tient ici dans une rotation, tasses sales et draps défaits, quand la maison de Gleb aligne des volumes vides ; l'adultère est une descente de classe. Anton sera le quinzième tribut, et le crime privé entre dans la comptabilité de la guerre avant même d'être commis.
À la bascule, Gleb vient trouver Anton chez lui, et la confrontation se joue assise. L'un prend le canapé, l'autre une chaise : les deux hommes ne sont pas à la même hauteur, et les places bougent au fil de l'échange. La disposition est celle d'un entretien, l'exercice que Gleb maîtrise au bureau, sauf qu'ici rien ne dit qui reçoit qui. Face à un rival qui ne lui doit rien, aucune assise ne fixe le rang, et c'est cette égalité flottante que Gleb ne supporte pas. Le coup tranche ce que les sièges laissaient en suspens : il frappe Anton avec l'objectif qui photographiait Galina. La liste et le meurtre relèvent du même réflexe, remettre chacun à sa place.
Le corps, encore agonisant, passe ensuite par-dessus le balcon en plein jour, sous des centaines de fenêtres. Un plan pris de l'extérieur de l'immeuble laisse planer la possibilité qu'un passant entre dans le champ. Hitchcock affleure, celui de Fenêtre sur cour, à l'envers : la façade a cent yeux. Suit la séquence centrale : plus de vingt minutes de nettoyage, sans un mot, au rythme réel des gestes, pendant lesquelles Gleb efface le sang tache par tache dans l'immeuble, cache le corps et se débarrasse des preuves. Hitchcock fournit la mécanique, la durée rend la peur physique. Ce suspense repose sur la loi si quelqu'un finira par voir, et tout le plaisir du spectateur tient à cette menace. L'angoisse vire au comique : ce notable rompu aux listes et aux contrats se révèle un nettoyeur pitoyable, aussi mal préparé qu'une armée partie prendre Kiev en trois jours. Chabrol faisait arrêter son mari ; ici, le thriller tourne à vide, faute d'un État décidé à punir un homme utile. Gleb efface ses traces avec zèle sans savoir que personne n'aura le droit de les lire.
Pendant cette évacuation, le film commet un excès de symbolisme. Gleb, sa cargaison compromettante à bord, s'arrête à un passage à niveau ; passe un convoi chargé de chars, et l'image les imprime sur son visage. Ce que le film laissait jusque-là au spectateur le soin de rapprocher, l'allégorie force ici (et d'autres) le trait. Les slogans s'accumulent jusque dans le décor, des graffitis contre la guerre s'affichent au premier plan, et le film s'assure par moments qu'on a compris. On l'a compris tôt, et ces rappels n'ont plus rien à jouer. La tentation de l'emblème est ancienne chez Zviaguintsev, dont Faute d'amour finissait sur un survêtement floqué RUSSIA. River la guerre à un visage, c'est individualiser une culpabilité que tout le reste du film répartit le long d'une chaîne, du portrait au maire, du maire à la liste, de la liste au chauffeur. C'est la logique du discours que l'auteur tiendra à Cannes en suppliant le président russe, seul capable selon lui d'arrêter le hachoir. Un coupable unique soulage tous les autres maillons.
L'enquête se clôt à l'heure du déjeuner. Quand deux policiers viennent l'interroger, Gleb leur explique que les gens disparaissent beaucoup ces temps-ci et qu'il ne retrouve plus la moitié de ses employés : la mobilisation lui fournit l'alibi qu'il n'avait pas su fabriquer. Dans le dernier acte, la police a son visage à l'écran, sur une vidéo de surveillance, et l'ordre de ne pas le voir. L'un des enquêteurs demande à quoi bon, l'autre propose d'aller déjeuner. Leur cynisme est de l'obéissance. Chez Zviaguintsev, la police russe sert le pouvoir avant les gens. Dans Léviathan, elle envoyait un innocent en prison pour arranger le maire ; dans Faute d'amour, elle renvoyait des parents vers des bénévoles pour retrouver leur enfant ; ici, elle tient un coupable et le laisse filer, sans doute parce qu'il a livré ses quatorze. Elle classe la vérité selon le rang du suspect. Vingt minutes d'angoisse se soldent par l'indifférence d'avoir trouver le suspect.
Le dernier acte jette le masque, et ses décisions cherchent querelle au récit corseté et au faux naturalisme de tout le film : le mythe se déclare, l'image passe au monochrome. Les quatorze reparaissent parmi des centaines de prétendus volontaires, à qui un porte-parole explique qu'ils se battent pour rester humains. Le titre les range parmi les innocents du tribut d'Athènes ; victimes de leur État, ils le sont, mais ils partent aussi envahir un pays, et cette moitié-là n'a pas d'image. L'auteur parle de destin et s'adressera, à Cannes, aux millions de gens des deux côtés de la ligne de contact. La chaîne casse au dernier maillon : ceux qui tiendront le fusil n'y figurent qu'en victimes. Puis le couple réconcilié s'envole pour la Crète : le payeur du tribut part en vacances sur l'île du monstre. Le fils photographie le ciel et l'embellit d'un filtre noir et blanc ; le régime supprime celui qui faisait les images et garde l'image, filtrée. Le film adopte ce monochrome pour son dernier plan et le tient jusqu'à changer les nuages en panaches de bombes : là où le fils filtrait, il insiste, et l'insistance corrompt le joli. Le spectateur se retrouve au hublot, à la place exacte d'où l'Europe regarde cette guerre : en altitude, en noir et blanc, sans risque.
Franchement ennuyeux. A partir de 30 minutes j'ai commencé à regarder ma montre. Au bout d'une heure je me suis endormi. Ça commence plutôt bien avec une mise en perspective de la société russe pendant la guerre en Ukraine puis on mélange maladroitement ce contexte avec une crise de couple. Rien ne m'a interressé ni fait vibrer dans ce film au rythme traînant qui aurait pu être un court métrage tant le scénario est étriqué. Tout y est lent. Les personnages sont froids, débitent leurs dialogues comme des statues. Il ne se passe rien en fait pendant 2h20. Même la fin est ennuyeuse. S'il n'avait pas plu dehors, je serais sorti. Je ne comprends pas comment un tel film peut représenter la France à Cannes
Une vraie claque, autant pour ce que le film raconte que pour la manière dont il le fait.
J’ai été happée au fur et à mesure par ce malaise qui s’installe progressivement. Ce qui m’a particulièrement marquée, c’est la façon dont le film mêle le drame intime à une réalité politique et à la guerre, sans jamais chercher à le montrer, la guerre est vraiment en toile de fond. Il laisse une vraie place à l’interprétation et nous pousse à réfléchir.
La mise en scène est superbe, avec une photographie particulièrement soignée. Je pense notamment à ces plans larges, à cette maison et à ces espaces vitrés qui participent tellement à l’atmosphère du film et les personnages qui ne peuvent pas vraiment se cacher.
Quelques longueurs, certes, mais elles n’enlèvent rien à la force du propos. C’est un film important, qui m’a confrontée à des réalités auxquelles je ne réfléchis peut-être pas suffisamment. Et c’est aussi pour ça que j’aime autant le cinéma.
J’ai été happée au fur et à mesure par ce malaise qui s’installe progressivement. Ce qui m’a particulièrement marquée, c’est la façon dont le film mêle le drame intime à une réalité politique et à la guerre, sans jamais chercher à le montrer, la guerre est vraiment en toile de fond. Il laisse une vraie place à l’interprétation et nous pousse à réfléchir.
La mise en scène est superbe, avec une photographie particulièrement soignée. Je pense notamment à ces plans larges, à cette maison et à ces espaces vitrés qui participent tellement à l’atmosphère du film et les personnages qui ne peuvent pas vraiment se cacher.
Quelques longueurs, certes, mais elles n’enlèvent rien à la force du propos. C’est un film important, qui m’a confrontée à des réalités auxquelles je ne réfléchis peut-être pas suffisamment. Et c’est aussi pour ça que j’aime autant le cinéma.
"Minotaure" est un film sur une guerre dans lequel on ne voit jamais de véritable scène de guerre. Ce que l’on voit, c’est la lettre Z sur de nombreux véhicules et un train dont les wagons sont pleins de tank qui défile à un passage à niveau ; ce sont les problèmes économiques et humains créés par les besoins en chair fraiche qu’il faut envoyer au combat ; c’est la façon dont le conflit rejaillit sur les comportements des personnages, amplifiant les phénomènes de corruption et leur faisant oublier toute notion de morale. Tout cela est montré sans outrance, il suffit à Andreï Zviaguintsev de suggérer la chape de plomb qui recouvre le pays pour dénoncer avec force la Russie de Poutine. Sinon, la vie dans ce pays en guerre donne l’impression d’être tout à fait normale et Andreï Zviaguintsev n’a rien perdu de son talent pour filmer la beauté de la nature contrastant avec les vilenies de l’âme humaine. En compétition au dernier Festival de Cannes, ce film dans lequel le politique et le thriller voisinent avec bonheur s’est vu décerner le Grand Prix du Jury. Critique complète sur le site avec le tiret du 6 entre critique et film. Film vu au Festival de Cannes.
Tout est dit sur une société russe vérolée et lache. L'ambiance du film fait froid dans le dos. Le pouvoir et l'argent sont omniprésents. L'Homme est un pion qui ne compte pas, chair à canon il finira. Et l'avenir de l'enfant est bouché de gros nuages de feu... sauf s'il se sauve. Mais ailleurs... n'est ce pas identique ?
Un film intelligent, beau, avec des plans extras, je recommande. 2h30 sans broncher sur mon siège dur de cinéma rural. Bravo
Un film intelligent, beau, avec des plans extras, je recommande. 2h30 sans broncher sur mon siège dur de cinéma rural. Bravo
Le Grand prix remporté par ce film au festival de Cannes 2026 est largement mérité. La transposition de la femme infidèle de Chabrol dans la Russie d’ aujourd’hui apporte au scénario un cadre extrêmement intéressant  pour y développer les difficultés que rencontre le personnage principal, tant dans sa vie professionnelle que dans sa vie privée, et les moyens qu’il met en œuvre pour les résoudre.
J’ai put voir ce film lors du festival l’effervescence, c’est un bon drame mais qui n’exploite pas toute sa force. La romance n’est pas assez développée et le fond sur « l’opération militaire spéciale » mérite une place plus importante
Comment faire un film plus froid que celui-ci. En prévoyant au millimètre près ses plans et ses séquences, le réalisateur a perdu toute âme de vie. Cependant il y a de très beaux liens entre certaines séquences qui se font écho, heureusement que cet effet là était réussi. Beaucoup de mal avec sa direction d’acteurs, qui semblent être plus des statues énonçant des répliques et appliquant des gestes, que des êtres contraints, frustrés ou lassés, comme laisse à penser le film.
une plongée glaciale et sans concession dans la Russie de 2022, au cœur d'une famille à la fois unie et qui se désagrège.
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