Pour son premier long métrage, Evi Kalogiropoulou s'empare de la figure de la Gorgone pour la réinterpréter à travers un prisme résolument féministe. La cinéaste mêle les mythes de Méduse, Perséphone ou encore Déméter à une esthétique de cinéma d'exploitation, avec l'ambition de renverser les représentations traditionnelles des héroïnes. La réalisatrice revendique également l'influence de Mad Max, Claire Denis ou Quentin Tarantino.
La réalisatrice justifie la colère de ses héroïnes : "Mes personnages ont tout à fait le droit d’être en colère. Je le suis moi-même tous les jours." Dans une société où les femmes sont dégradées, pointées du doigt, ou criminalisées, Evi Kalogiropoulou voulait renverser ce paradigme : "Certains me voudraient plus « délicate », moi, je veux être bruyante et provocante, je veux faire réagir. J’ai toujours lu beaucoup de bandes dessinées et je suis fascinée par toutes ces figures féminines dotées de pouvoirs incroyables." Elle ajoute : "je veux montrer la puissance de notre corps et de notre esprit. La féminité regorge de tant de significations et de sens, de complexité."
La bande-son de Gorgona fait largement appel à des chansons emblématiques du cinéma populaire grec. Plutôt que de les utiliser comme de simples références nostalgiques, Evi Kalogiropoulou détourne leur signification pour accompagner l'émancipation de ses héroïnes. "Je voulais les utiliser pour renverser les récits archétypaux de ces films", précise-t-elle, rappelant que les personnages féminins y étaient souvent cantonnés aux rôles de danseuses ou d'employées de maison.
Le tournage de la scène finale a laissé un souvenir marquant à l'équipe. Alors que les personnages s'affrontent dans une séquence particulièrement violente, l'ambiance entre les prises était bien différente : les comédiens plaisantaient avec les armes factices et se taquinaient en permanence. La réalisatrice se souvient d'un contraste saisissant entre "l'intensité et la violence de la scène" et l'atmosphère légère qui régnait sur le plateau.