Après l'immense succès de son film "Le goût des autres" (2000), Agnès Jaoui s'empare, comme à son habitude, d'un sujet de société résolument d'actualité et pour le moins brûlant, à savoir : l'irruption du mouvement #metoo dans le milieu artistique (et ses dérives potentielles)... Pari risqué, certes, mais pari relevé haut la main ! La réalisatrice met à profit son style irrévérencieux, son sens de l'humour et son génie sans pareil pour brosser le portrait de notre époque, sans jamais tomber dans le manichéisme ou la caricature. "Nuance" est certainement le mot parfait pour définir son œuvre qui réussit le tour de force de faire entendre (et comprendre) chaque voix, chaque point de vue, dans le but de réconcilier les partis et d'apaiser les tensions. En dénonçant tour à tour le machisme ambiant et les passions féministes un brin excessives, le film tourne en dérision chaque protagoniste et, en fin de compte, chaque spectateur, dans un jeu de miroirs salutaire qui invite à réfléchir et à remettre en cause nos propres convictions. Mais le film reste une comédie, légère, satirique, qui a le mérite de dédramatiser ce sujet tabou. Car, comme l'eut dit Molière, "le rire corrige les mœurs"... Et ça, Agnès Jaoui l'a bien compris. Elle s'entoure d'une troupe de comédiens épatants, pour la plupart inconnus du grand public, au premier rang desquels Claire Chust (hilarante et parfaitement juste), Oussama Kheddam (très attachant), Loïc Legendre (un vrai personnage !), Lucie Gallo, Patrick Mille ou encore Vincenzo Amato. Au-delà de cette dimension sociale, le film propose une passionnante plongée dans le milieu de l'opéra, dont on suit avec délectation le processus de production. En résulte un film réjouissant, servi par des dialogues diablement efficaces, drôle, juste, enlevé, en un mot : intelligent.