Elle a du courage, la Jaoui!!! et, soyons en sûrs, si ce film n'avait été tourné par une des figures,(en compagnie de Jean-Pierre Bacri), de la gauche intello parisienne, il aurait été pris avec des pincettes... voire considéré comme para-fasciste. C'est qu'elle s'attaque frontalement aux ravages liés... aux excès de Me too. Ou, plus précisément, aux emballements médiatiques car, quand on voit ce qu'on voit en ce moment, on se dit que pour certains personnages il est grand temps que la vérité éclate!!
Comme, on le sait, Agnès Jaoui adore l'Opéra et chante elle même. Elle situe donc sa comédie dans le cadre de la préparation d'une représentation des Noces de Figaro, oh, on est loin de la Scala, on est dans un festival champêtre dans le Midi.
Ca a d'ailleurs un petit côté documentaire très sympa, on voit le travail des décorateurs et accessoiristes, il y a les problèmes d'argent qui refont sans cesse surface, les généreux mécènes peuvent avoir des idées derrière la tête, et comme ça, on peut bien voir propulser des personnalités notoirement incompétentes, mais avec un papa ou un amoureux aux poches pleines (un petit coup de patte d'Agnès Jaoui.... ). Et on voit surtout combien il est difficile de faire vivre une de ces communautés éphémères, mais formées de fortes personnalités, parce que pour arriver à être une vedette dans un opéra, il faut être fort. Elle connait bien le milieu, Agnès, qui outre la mise en scène, interprète Hannah, la soprano qui chante le comtesse à laquelle elle prête même sa voix dans quelques passages.
Ca n'empêche pas qu'il y a quand même pas mal de facilités,
par exemple dans le personnage exagérément outré de la metteur en scène très novice, Mirabelle (Claire Chust), une mignonne petite gourde qui ne connait rien à l'opéra mais l'adore, et puis, Les Noces de Figaro, c'est un opéra tellement féministe (c'est assez vrai d'ailleurs); et qui a commandé au décorateur des colonnes.... en forme de phallus. Gag récurent.
Au moment où les premières répétitions se mettent en place, une célèbre mezzo révèle qu'elle a subi des abus sexuels, et va publier une liste de dix noms. Igor, le chef, qui ne semble pas être un modèle de courage, se sent très mal; il a eu une petite histoire avec cette personne, et même s'il n'a pas l'impression de s'être particulièrement mal conduit, s'il était sur la liste..
. Daniel Auteuil est extra dans ce rôle; à noter qu'il n'essaye même pas de singer un chef d'orchestre (avec un résultat souvent ridicule) Il se contente benoitement de battre la mesure...
Quant au comte, il est interprété par Piazzoni (Vincenzo Amato), une caricature de baryton italien bellâtre, content de lui, arrogant et méprisant avec ses camarades de travail.
Bon, il est homosexuel; il ne devrait donc pas avoir de problème de galanterie avec les dames; mais Mirabelle veut absolument, dans son optique féministe, que chaque spectateur comprenne combien le Comte est un salaud; elle pousse donc le chanteur à brutaliser sa Suzanne (Tiphaine Daviot); il l'attrape par les seins, elle le prend très mal; c'est une petite personne fragile, elle ne se sent pas de niveau, elle n'ignore pas qu'elle a été choisie un peu par favoritisme, et comme il y a dans la troupe une passionaria, Cora (Eye Haïdara), celle ci considère ce simple geste théâtral, tout maladroit qu'il fut, comme une agression sexuelle, le chanteur doit être renvoyé, à moins qu'il ne présente des excuses. On doit comprendre que, parce que Cora est d'origine africaine, elle est particulièrement sensibilisée aux discriminations (elle est agressive avec les autres dès le début), mais je trouve ce choix très malencontreux.
Réunion de toute la troupe, qui s'arroge le droit de voter et qui, par lâcheté, peur de se faire remarquer, peur de se désolidariser, peur de passer pour un ami des violeurs demande le départ de l'infâme agresseur sexuel.. Hannah, qui en a vu des choses compte tenu de son âge (et en parallèle on se dit qu'Agnès Jaoui n'a jamais du être une femme qu'on harcèle... ) est la seule à se désolidariser de la meute, à réfléchir avec bon sens.
Piazzoni s'en va, donc, mais la rumeur se répand et ses engagements sont annulés les uns après les autres. On ne peut que penser à Kevin Spacey, dont la carrière a été complètement ruinée à la suite d'une fausse information -et il a fallu 20 ans pour que la vérité éclate.
Il y a beaucoup de personnages (beaucoup trop) mais certains sont très attachants, comme celui de Samir (Oussama Kheddam), un des chargés de l'intendance, qui pour la première fois de sa vie entend de l'opéra, et en sort bouleversé...
On finit avec quelques minutes de ce merveilleux finale des Noces, et il faut signaler une chose: la perfection du doublage; cela a du être un considérable effort, pour les acteurs, d'arriver à donner aussi bien l'illusion de chanter