Imagine l’humour d’Agnès Jaoui même sans Bacri, imagine Beaumarchais, Mozart, **Les Noces de Figaro** : ajoute trois bonnes doses de #MeToo à une époque où le droit de cuissage est roi, comte plus précisément, et tu obtiens l’objet du délit, voire du délire. Le comte Almaviva qui veut, tradition oblige, coucher avec Suzanne avant son mariage avec Figaro, aurait aujourd’hui bien du mal à se sortir des griffes des féministes de tout poil. C’est sur ce glissement du temps que s’articule le film d’Agnès Jaoui. Elle s’amuse de ce télescopage des siècles avec une gourmandise communicative. Les perruques poudrées, les révérences sont toujours là, mais les rapports de pouvoir se sont inversés. Chaque tentative de séduction du comte provoque désormais une comparution immédiate devant un tribunal aussi ironique qu’intraitable. Suzanne n’est plus seulement la soubrette futée de Beaumarchais ; elle devient stratège, procureure et parfois même metteur en scène de sa propre émancipation. Le charme du film tient à cet équilibre délicat entre respect du matériau original et une irrévérence contemporaine. Jaoui ne plaque pas des slogans sur un classique ; elle grossit ce qui, dans l’œuvre, contenait déjà les germes de la révolte. Au fond, derrière les quiproquos et les portes qui claquent, c’est toujours la même histoire : celle de quelques privilégiés persuadés que leur statut les autorise à tout, et de ceux qui décident enfin de leur rappeler que non. Trois siècles ont passé, les costumes ont changé, mais les ridicules, eux, traversent remarquablement bien les époques. C’est sans doute ce qui rend ce divertissement aussi vif que savoureux. Mozart fait le reste.