Mozart librettiste des Noces de Figaro selon un Beaumarchais embastillé quelques années avant 1789, la jubilation sans égal de cet opéra, musique et voix mêlées, sa force dynamique sur les corps et les esprits au moment où Les Lumières
triomphent et risquent, bordel !, de s'éteindre et de blesser tout le monde!... Voici le canevas sur lequel Agnès Jaoui, dédicaçant le film à Jean-Pierre, son Autre inoublié, a choisi de partager son doute présent, sa volonté de ne pas transformer une idéologie patriarcale séculaire justement révolue en son inversé exact, sur fond de Wokisme Metoo, avec ses chasses aux sorciers, ses tribunaux populaires, ses listes noires et surtout un anathème irréversible jeté sur le Désir et l'Amour.
Ce doute est le nôtre et nôtre aussi cette incapacité d'y répondre catégoriquement tant le sujet est subtil et actuel.
S'ensuit donc, sur l'harmonique initiale mozartienne et son ouïe superbe, un somptueux bordel scénique, jubilatoire autour de pénis érigés sur scène et qui n'y tiennent pas ( plus...), des trames amoureuses sur scène et en coulisses, des bons mots du ténor Alma Viva, n'endossant jamais le rôle de la Bête immonde vers lui dévolu par l'idéologie en sous-main d'une Sororité de principe qui lie entre elles ces Saintes Metouche, dignes des précieuses ridicules de Molière.
Devant ce "défi" moderne à la virilité, il y a ceux qui s'inclinent et se soumettent, tel le personnage, d'Igor joué par D. Auteuil, il y a ceux qui persistent et signent, le Tenor Alma Viva, ceux qui continuent à godiller entre circonstances et opportunités, tel le producteur dénommé Poirier lorgnant d'une concupiscence drolatique la fausse candeur de Mirabelle dont la mise en scène finit par triompher du somptueux bordel en une apothéose lyrique pleine de promesses.
Il y a aussi le triomphe en filigrane du non genré et non racisé incarné par Cherubin / Eye Haïdara, le divorce entre le personnage de Beaumarchais " Chérubin, être en devenir " et un interprète, hic et nunc, pétri de Wokisme, malgré sa voix divine, apte à faire trembler tous les orgues du ciel et de l'enfer.
Opéra, opéra Bouffe, faire rire au détriment des postures idéologiques, voilà qui est sain et tonifiant pour tous!
Il y a de la tragi-comédie shakespearienne dans ce film signé Agnès Jaoui. Fera -t-il date ou non ? Gageons que cela va dépendre de l'intelligence de coeur et d'esprit que nos contemporains et contemporaines sauront manifester pour résoudre ce dilemme sociétal éternel mais aujourd'hui chauffé à blanc par une actualité médiatique que dictent des groupes d'intérêts souvent bien peu préoccupés d'Humanitude au sens Noble!