Si on reconnaît bien la patte d’Agnès Jaoui, L'objet du Délit ne restera certainement pas comme l'un de ses meilleurs films. Même si, comme souvent chez la réalisatrice du Goût des Autres, il n'est finalement composé, à la base, que de bons ingrédients. A commencer par des comédiens talentueux (même en l'absence du regretté Jean Pierre Bacri, disparu en 2021), ainsi que des dialogues inspirés et souvent assez fins, une mise en scène fluide, ainsi que des moyens techniques visiblement pas trop pourris.
Mais le souci c'est que L'objet du Délit dure 2h15 et qu’après 1h de visionnage on a l'impression d'être toujours au stade de la présentation des -trés nombreux- personnages, sans qu'il ne soit véritablement rentré dans le dur. D'ailleurs est ce qu'il finit vraiment par démarrer? C'est toute la question. On voit bien qu'il comporte un vague fil conducteur avec cette histoire d'accusations (qui n'interviennent tout de même qu'à la moitié du film !) visant le comportement soi-disant inapproprié du personnage principal d'une pièce d'Opéra dans une ambiance post Me Too. C'est intéressant comme thème, mais, outre le fait d'arriver un peu trop tardivement dans le récit, ce n'est pas suffisamment traité ou approfondi. Car, à côté de ça, il y a beaucoup d'autres personnages, chacun avec sa petite histoire, ce qui fait donc au final beaucoup d' histoires secondaires et de choses anecdotiques dans lesquelles finit par se diluer l'histoire principale. Çà reste un peu flou, un peu vague, aspect surligné par le côté volontairement non manichéen du film où Agnès Jaoui veut donner à voir l'affaire sous tous les angles possibles et en laissant la parole à chacun des personnages issus logiquement de générations trés différentes.
La réalisatrice possède par ailleurs un vrai talent pour filmer et faire s'imbriquer toutes ces histoires ainsi les trés nombreux personnages qui les portent. Ce n'est pas vraiment un souci d'interprétation ou de mise en scène. Ça reste simplement trop anecdotique, trop trivial finalement pour vraiment accrocher le spectateur. Ce côté mi-figue mi raison d'un film qui n'est ni vraiment un drame, ni une dénonciation , mais pas vraiment une comédie non plus, risque vraiment de le laisser sur sa faim.