Ce film est d'abord intéressant parce qu'original. En effet, on passe plus de deux heures en préparation et en répétition d'un opéra : c'est bien plus intéressant que l'opéra lui-même, d'un certain point de vue (celui d'un spectateur au ciné). Ensuite, le film a ses qualités qui lui sont propres : bon scénario, sans digressions ; mise en scène irréprochable ; petite dose d'humour, sans déborder ; suspense ; bons acteurs, sans un seul qui ne surjoue -un bon point justement mérité pour l'actrice Claire Chust, échappée de Scènes de Ménage pour la bonne cause...
Le film a-t-il le défaut de "finir bien" ? Car dans la réalité d'aujourd'hui, ce genre de "délit" finit mal, la plupart du temps. Mais on est au ciné et l'auteur a décidé du contraire. Pour complaire ? Sûrement pas. Il semble plutôt qu'après avoir magnifiquement posé le problème (pendant deux heures), il préfère ne pas le résoudre (et laisser le spectateur le faire). Car tout le génie de ce film est de montrer, sans nous ennuyer (plutôt en nous distrayant), les multiples facettes du problème, ou des problèmes : les petits gestes ordinaires, les petites hystéries ordinaires, les petits racismes ordinaires, jusqu'aux petits mots ordinaires qui ne veulent rien dire, mais dont notre quotidien est fait aujourd'hui, jusqu'à l'excès, genre après du coup voilà c'est bon en même temps...
Le cancer (une rumeur vraie ou fausse) finit par atteindre tous les organes. C'est trop tard quand on s'en avise. Car, comme le dit une citation en exergue du film, "quand chacun a sa conception de la justesse, on arrive vite à la cacophonie". Ce film est donc, au moins, une invitation au calme. Autant chez les vieux que chez les jeunes, et quel que soit le genre. Calmer l'extrémisme, calmer les envies, calmer les intolérances, calmer les dérives, cesser de voir midi à sa porte, tout autant que chercher midi à quatorze heures...