Dans "L'objet du délit" on suit le travail effectué pendant les répétitions de l'opéra "Les noces de Figaro" qui doit être joué dans les carrières de Lacoste, dans le Vaucluse. Sur ces répétitions plane la menace d'une révélation que compte faire une actrice lyrique : 10 noms d'hommes l'ayant agressée sexuellement dans le passé, ce qui inquiète fort Igor, le chef d'orchestre, qui craint de faire partie de ces 10 noms. Et voilà qu'en plus, le baryton italien Piazzoni, l'interprète du comte Almaviva, est accusé de s'être permis des gestes inappropriés envers l'interprète de Suzanne lors d'une répétition…Les avis des témoins et surtout de ceux ou celles qui n'ont rien vu divergent, c'est le moins que l'on puisse dire, dans cet air du temps plutôt vicié dans les rapports entre les hommes et les femmes, au sein duquel il est fortement conseillé de prendre parti, sans barguigner … La réalisatrice observe ce microcosme désorienté avec malice et délectation, entre néo féministes, hommes déconstruits et tenants du monde d'avant…non sans friser par moment la caricature…J’avoue que je ne suis pas vraiment entré dans ce film choral beaucoup trop long et n’étant par ailleurs nullement amateur d’opéra… Pour cet exercice d’équilibriste, où elle incarne elle-même une diva de 50 ans coincée entre un père un peu égrillard et une jeunesse engagée, la réalisatrice a choisi un casting mêlant cadors et nouveaux talents. Elle a offert à Daniel Auteuil la baguette d’un chef d’orchestre renommé mais qui pourrait bien déconstruire son rapport aux femmes en se remémorant avec angoisse une vieille liaison. Eye Haïdara, elle, incarne Cora, la chanteuse qui interprète Chérubin, même si le fait qu’elle soit noire étonne le ténor italien, très star et peut-être un peu trop enveloppant avec ses jeunes partenaires, joué par Vincenzo Amato…. Sans oublier Claire Chust, venue, entre autres, de la sitcom Scènes de ménage … Une troupe bigarrée qui rappelle à quel point Agnès Jaoui aime mélanger les partitions, au risque de nous désorienter !! Si techniquement le film est irréprochable, bénéficiant notamment de la photo de David Chizallet et d’un travail sonore de qualité pour les séquences d’opéra, on regrettera quelques fautes de goût particulièrement surprenantes (les « gags » avec les colonnes de forme phallique) et des dialogues comportant de nombreux clichés, les mêmes que le film cherche à dénoncer…