#Metoo vs #Metoo
Jusque là, les films réalisés par Agnès Jaoui avaient toujours été inspirés par sa collaboration étroite et fusionnelle avec Jean-Pierre Bacri. La preuve, elle n’était plus revenue derrière la caméra et à l’écriture depuis 2018 et Place Publique. Dans ces 133 minutes – sans doute un peu trop longues -, dédiées à Bacri, on retrouve son esprit caustique, la richesse de son écriture et son talent de directrice d’acteurs. Dans les coulisses d'une ambitieuse production de l’opéra « Les Noces de Figaro », les tensions montent lorsqu’une accusation d’agression sexuelle éclate, mettant en péril la production et forçant chacun à prendre position. Les conflits d’opinion et de génération se font jour, et comme toujours chez Agnès Jaoui, le rire n'est jamais loin du drame. De la comédie dramatique pur jus, Vis-à-vis des violences faites aux femmes – ici dans le milieu du spectacle vivant, en l’occurrence l’opéra -, faut-il être pédagogue pour contrecarrer les réticences, ou au contraire plus radical pour vaincre cette éternelle résistance ? D’aucuns regretterons sans doute que notre cinéaste semblent ne pas vraiment prendre partie. Mais peut-on reprocher un manque de nuance dans le propos ? Voir ce film peut apporter une réponse.
Passionnée par l'opéra, Agnès Jaoui en écoute et en met en scène. Le choix des Noces de Figaro n’est pas anodin, car il s'agit d'un ouvrage qui parle précisément de la domination masculine, des relations hommes-femmes, et aussi des rapports de classe au XVIIIème. L'opéra est une musique qu'il faut apprivoiser, en commençant par la percevoir, puis l’entendre, puis l’écouter, puis la réécouter. C’est ce chemin complexe que suit un des nombreux personnages de ce film-choral. Revisiter les Noces de Figaro en mode néo féministe avec la présence de colonne-phallus dans le décor et la présence de féministes, pourquoi pas. Mais où ça devient malin, - et sans doute dérangeant -, c’est que la caricature va dans les deux sens. Mais ne dit-on pas que tout ce qui est excessif frise le ridicule. C’est ce que nous démontre Jaoui, à travers des personnages qui, eux, manquent singulièrement de nuances. Mais c’est aussi un des charmes de ce film.
Agnès Jaoui, Daniel Auteuil, Eye Haïdara, Patrick Mille, - dans la peau d’un pur salaud, de ce qu’on aime détester -, Oussama Khedam, - excellent et sans doute un des seuls personnages qui évolue tout au long du film. - Tiphaine Daviot, Lucie Gallo, Jacques Weber, Claire Chust, Vincenzo Amato, Loïc Legendre, tout ce beau monde s’en donne à cœur joie durant ces 2 heures et 13 minutes, qui prennent le temps, entre autre de nous laisser écouter la magnifique musique du divin Mozart et de laisser exister ce casting pléthorique et de grande qualité. Une histoire collective qui se permet une vision lucide des humains et une critique assumée du mépris sous toutes ses formes.