Lorsqu'on sort de la représentation d'un opéra ou d'une pièce de théâtre, lorsque la "troupe" vient et revient sur scène se faire applaudir, lorsque les membres de cette troupe sont tout sourire et se congratulent, on n'a aucune idée de ce qui a pu se passer pendant les répétitions. Même si ce n'est pas ce qu'il y a de plus important dans ce film d'Agnès Jaoui, présenté hors-compétition au tout récent Festival de Cannes, "L'objet du délit" nous montre que, en amont de la représentation, tout n'a pas été forcément un long fleuve tranquille. S'il fallait rapprocher ce film d'un autre film, ce serait de "Fjord", la Palme d'or 2026. En effet, ces 2 films abordent des sujets importants, la maltraitance des enfants et les agressions sexuelles subies par les femmes, et, dans les 2 films, est posée la question de savoir s'il arrive qu'on aille trop loin dans la défense des enfants et des femmes. Celles et ceux qui ont vu ces 2 films comprendront ce que je veux dire en parlant d'aller trop loin ! Question posée sans que le réalisateur et la réalisatrice tranchent de façon évidente. Dans "L'objet du délit" on suit le travail effectué pendant les répétitions de l'opéra "Les noces de Figaro" qui doit être joué dans les carrières de Lacoste, dans le Vaucluse. Sur ces répétitions plane la menace d'une révélation que compte faire une actrice lyrique : 10 noms d'hommes l'ayant agressée sexuellement dans le passé, ce qui inquiète fort Igor, le chef d'orchestre, qui a peur de faire partie de ces 10 noms. Et voilà qu'en plus, le baryton italien Piazzoni, l'interprète du comte Almaviva, est accusé de s'être permis des gestes inappropriés envers l'interprète de Suzanne lors d'une répétition. Sans donner de réponse, le film interroge sur les difficultés à mettre en scène une œuvre datant d'une époque où les hommes avaient tous les droits, y compris le droit de cuissage, si le metteur en scène ou la metteuse en scène omet de mettre les choses à plat dès le début avec les interprètes. Souvent drôle, le film parle aussi du rôle que peuvent jouer des hommes dans le cadre du mouvement féministe et de cette tendance à faire appel à des gens connus, des influenceurs par exemple, pour essayer d'attirer des spectateurs alors que ces gens connus n'ont aucune expérience dans ce qu'on leur demande de faire. Ayant elle-même fait des mises en scène d'opéras, Agnès Jaoui connait bien ce milieu et cela se sent. Dans la distribution, j'ai particulièrement apprécié la prestations de Eye Haïdara, que je connaissais peu, et de Claire Chust que je ne connaissais pas du tout, et qui sont excellentes. On terminera en précisant qu'Agnès Joaoui, qui a dédié son film à Jean-Pierre Baccri, n'a pas manqué de se faire plaisir et de nous faire plaisir en filmant quelques scènes de "les noces de Figaro" jouées par la "troupe" dans les carrières de Lacoste.