Rendez-vous désormais délicieusement habituel avec les neveux, nous sommes allés voir, en avant-première, la nouvelle aventure animalière proposée par Prune et Gilles de Maistre.
Mon panel de test s'est enrichi cette année de la benjamine de ma petite troupe pour s'étaler de 6 ans (je n'ai vu qu'après que le film était conseillé à partir de 8 ans) à 12 ans.
Quel émerveillement !
J'ai pu lire quelques critiques argumentant que ce sont toujours les mêmes films dans lesquels on se contente de changer les animaux. Je ne partage pas cet avis. Le message évolue, cherchant à chaque fois à présenter une nouvelle facette du lien ténu que les humains entretiennent encore avec les animaux sauvages qu'on tend à oublier dans nos grandes villes si bien bétonnées.
Si Mia et le Lion blanc entamait la danse avec la (re)découverte du monde de dehors et présentait le concept de développer une relation réelle entre jeunes acteurs et animaux sauvages non dressés et engageait le thème de leur protection, le Loup et le Lion mettait en évidence la possibilité de développer des relations trans-espèces de prédateurs (l'homme restant le plus efficace d'entre eux), le Dernier Jaguar s'occupait de l'environnement et de l'impact de nos décisions sur le monde sauvage alors que Moon le panda prenait le parti inverse de regarder quel impact le monde sauvage peut avoir sur notre propre développement, pour peu qu'on le laisse agir sur nous. Et oui, j'ai fini par regarder toute la collection avec les enfants !
Le scénario autant que la réalisation oscillent harmonieusement entre la fiction et la réalité. A l'heure où l'IA arrive pour chambouler un monde déjà mature d'images de synthèse, ces relations réelles entre enfants/adolescents et animaux sauvages, filmées presque comme des documentaires, viennent renforcer les différents aspects du scénario qui sont tirés de faits réels et constituent les sujets des différents films des Maistre. La bande son toujours au top parfait l'expérience.
Dans ce nouveau film, nous voici plongés dans un nouveau décor, le désert du Sahara pour découvrir l'histoire vraie d'Hadara, proposée par des acteurs inspirés et enrichie d'une sous-intrigue évoquant la problématique de transmission du savoir et de l'expérience, de l'oral vers le cinéma en passant par l'écrit. On notera la présence surprenante d'une petite touche d'auto-critique du cinéma qui peut parfois pervertir cet idéal de figuration (on peut penser à Disney et ses lemmings...).
Le film bien rythmé prend le temps de nous immerger dans ces décors magnifiques dont on ressent l'aridité à travers l'écran sans jamais approcher l'ennui. Dans ce film, pourtant, pas de méchant inutile dans une histoire incroyable de résilience et d'acceptation trans-espèce soulevant le poids des décisions à prendre face à une découverte fascinante.
Et si on ressentirait presque le vent chaud qui caresse les dunes, on ne peut que s'émouvoir en suivant ce petit survivant hors du commun affronter son lot d'épreuves.
Mon baromètre en la matière (virilité oblige, je maintiendrai face à la cour que l'humidité de mes yeux n'était que le fruit de la fatigue) fut ma petite nièce était juchée sur mes genoux.
Elle ne sursauta qu'à un tout petit moment (sans gravité et elle niait par la suite avoir eu cette réaction) mais je la voyais aller de la décontraction à la tête qui rentre dans les épaules sous le coup de l'émotion lorsque la tristesse la submergeait ou encore a un visage aimanté vers l'écran par l'émerveillement. C'est à peine si elle se permettait quelques coups d’œil de travers pour vérifier où se trouvait le pot à pop-corn tant elle était absorbée par ce qu'il se passait dans ce désert.
Ayant vu le film en avant-première, nous avons pu profiter de la présence des jeunes acteurs d'Hadara 2 et 12 ans ainsi que de Sun, la narratrice de l'histoire
...du moins au début de celle-ci
en plus des réalisateur et scénariste.
Au cours du temps d'échange suivant le film, ma petite nièce ne put s'empêcher d'aller se rapprocher d'eux, subjuguée par leur aura. :-)
Attaquons peut-être le point le plus surprenant de ce film. Deux ans en arrière, je n'aurais jamais pensé possible de développer un lien affectif plus fort avec une autruche qu'il n'est possible de le faire avec un panda. Et pourtant...!
Ces animaux presque préhistoriques dans leur allure et dans leurs capacités - une autruche étant capable de vaincre un lion - se montrent à l'écran aussi protecteurs que sensibles dans les contacts qu'ils peuvent avoir avec ces enfants acteurs.
Voir ce tout petit tenir une autruche "par la main" et se réfugier sous son aile, ou ce jeune adolescent échanger un câlin plein de tendresse sont des interactions qu'on voit plutôt avec un chien, sa laisse ou un chat qu'avec un animal aussi imposant.
Je n'avais pas d'avis particulier sur Kev Adams avant de voir le film. Si je ne suis pas un fan inconditionnel, je suis très loin d'être un hater. J'estime qu'il a su maîtriser les codes de son temps et je trouve que c'est tant mieux pour lui.
Par rapport aux autres œuvres où j'ai pu le voir jouer, je trouve que ce rôle-ci est plus mature et qu'il a su le porter parfaitement. Il ne m'a fallu qu'une ou deux scènes pour ne plus voir l'acteur mais bien le personnage ressortir, avec notamment un caractère décidé, frôlant la forte-tête sans devenir une caricature ; mentalité que je n'avais jamais vu l'acteur endosser.
Autre aspect bienvenu, propre à notre séance, Wendy Adriaens est venue nous dire quelques mots sur son travail de protection des autruches (dont celles qui jouent dans le film) et nous partager ses motivations pour mener son combat.
Comme d'habitude (et laquelle !), Gilles de Maistre s'est associé à un membre des protecteurs de la faune sauvage pour mener son projet à bien. Pour éviter le dressage d'animaux, ces mentors dispensent leurs connaissances aux jeunes acteurs afin de permettre les interactions dont nous sommes témoins.
Verdict pour mon échantillon de test : Des enfants comblés au niveau des yeux et du cœur et des questions plein la tête (auxquelles les Maistre ont pris le temps de répondre, merci à eux !).
C'est une bonne chose, faire réfléchir est ce qu'on cherche à obtenir en allant voir ce genre d’œuvre.
Une première expérience cinéphile réussie pour la benjamine !