A votre santé !
Jeanne Herry a décidément le génie de parler de sujet éminemment grave, comme l’adoption et les familles d’accueil, - Pupille-, ou de la justice restaurative – je verrai toujours vos visages – de manière claire, lumineuse et surtout très positive. Cette fois, ses 106 minutes noue plongent dans les affres de l’alcoolisme au féminin. Garance est une jeune actrice alcoolique. Huit ans d’un parcours fait de déménagements, de travail, de rencontres, de fêtes et d’angoisses, de joies et de coups durs… Mais aussi une révolution intime, amicale et sexuelle, un chaos aux allures de « grande récré » où se mêlent autant d’amour que de destruction. J’ai bien dit « génie », car elle possède l’art et la manière d’éviter le pathos, la dramatisation inutile, les outrances et surtout de savoir, à chaque fois, ouvrir une porte sur un avenir meilleur. Chapeau bas !
D’emblée, j’ai du mal à comprendre comment ce film est reparti bredouille de Cannes ! Rien pour le scénario, pour le montage virtuose et surtout l’interprétation hors pair des deux femmes têtes d’affiche. C’est incompréhensible. Jeanne Herry, - après un bon ¼ d’heure pendant lequel on se demande vraiment où va le film -, nous entraîne dans les pas de sa « Garance », un cœur gros ça, sincère, franche et d’une gentillesse débordante... Puis, discrètement, les symptômes arrivent, s’accumulent pour devenir de plus en plus fréquents, voire irréversibles… l’alcoolisme est devenu une vraie pathologie. C’est le deuxième volet de ce drame, dans lequel l’héroïne cherche une porte de sortie, une guérison, un nouveau chemin de vie et pourquoi pas une rédemption. On voudrait l’aider, la défendre. La cinéaste, - qui se base, ici, sur une histoire parfaitement vraie -, prend garde à montrer une quelconque condescendance à son égard et surtout à ne pas la juger. Il s’agit certes d’un drame, un film sur la solitude et les dangers pernicieux de l’alcoolisme et des difficultés liées à sa dépendance, mais jamais dénué d’optimisme. Ce n’est ni complaisant, ni larmoyant. C’est magnifique.
Adèle Exarchopoulos, qui porte le film de bout en bout, est devenue sans doute une des plus grandes actrices de sa génération. Elle convainc totalement en nous faisant partager, à petites touches, la longue et lente déchéance de son personnage. Elle trouve en Sara Giraudeau son parfait complément. Un duo magnifique de justesse, de tendresse et de vérité. Le reste du casting, - pour le moins très féminin – réunit encore Sarajeanne Drillaud, Anne Suarez, Mathilde Roehrich, Raya Martigny, Brigitte Sy, Hélène Alexandridis… Tout ce beau monde tutoie la perfection. En s’appuyant, je l’ai dit, sur un montage somptueux, Jeanne Herry, pour la troisième fois nous démonte son art si particulier pour dresser des portraits sociaux et discourir sur des sujets tabous, pour ne pas dire clivants avec une habilité renversante. A ne surtout pas rater.