Enfin, un Film !
Éloigné des codes du blockbuster actuel, Sans Pitié (et son réalisateur, Julien Hosmalin) renoue avec ce qui fait le cinéma. Plaira-t-il à tout le monde ? Peut-être pas. Ne nous mentons pas, Sans Pitié ne prend pas son spectateur pour un enfant. Au contraire. Il fait le pari risqué de jouer avec lui, de ne pas tout lui montrer, de ne pas tout lui expliquer, mais de laisser place à son interprétation et à son imagination. Et cela fonctionne, foutrement bien. Le spectateur ressort avec l'envie de parler, de partager, de demander à ses voisins
ce qu’eux ont vu sous la trappe
, et de se mettre d'accord sur un fait : ne pas voir est encore plus horrible. L’esthétisme et le rythme du film portent cet effet à son sommet, et c'est un art qui s'avère maîtrisé.
Il suffit de voir le jeu des acteurs pour s’en convaincre. Adam Bessa (Les Fantômes) et Tewfik Jallab (Partir un jour) forment un duo étonnant. Prennent-ils du plaisir dans leurs rôles ? Pas sûr, car leurs personnages sont durs. Mais ils sont dedans, à 100, , et c'est cela qu'on veut voir. Sans Pitié m'a fait réaliser que, dans le métier de comédien, il y a l'acteur et l'artiste. Tantôt l’un, tantôt l’autre, tout dépend du cadre qu'on leur propose. Sans Pitié et Julien Hosmalin leur offrent la possibilité de laisser parler l'artiste, et il ne faut pas leur demander deux fois. Bilan : ils ne font pas un film, ils créent une œuvre d'art.
Que dire d'autre ? Les dialogues. Les personnages ne s'étendent pas, pas de blabla. Ils ne disent jamais rien par hasard ou pour se donner une couleur. Ils n’en ont pas besoin.
Les dialogues sont chirurgicaux et rappellent certains classiques, tel un Belmondo qui explique qu’il ne sait peut-être pas lire, mais qu’il sait compter, et que dix ans sans nouvelle, c’est long. Ou alors, tout simplement : « Le ciel, c’est grand, tu sais ? »
Des petites phrases qui, dites comme cela, ne font écho à rien, mais qui, dans Sans Pitié, vous marquent au fer rouge.
Il y aurait aussi beaucoup à dire sur les décors, le cadre et l’esthétisme global du film, qui lui donne une patine particulière et fait de chaque scène un tableau qu’il conviendrait d’étudier. Thriller noir pluvieux à tendance western motorisé, aucun doute que le réalisateur s’est fait plaisir. Pour le plaisir de nos yeux, il a eu raison.
Un défaut ? La caméra un peu trop en mouvement peut donner le mal de mer. Mais les scènes sont courtes et efficaces. On passe rapidement à la prochaine, alors on oublie que le bateau a tangué, et on repart de plus belle avec un scénario de 95 minutes qui ne laisse pas le temps à l’ennui.
En conclusion, je suis allé voir Sans Pitié deux fois, pour être certain que ma première impression était bonne. Sur le chemin, je me suis demandé si ce n’était pas une erreur. J’ai bien fait. La seconde visualisation m’a encore plus convaincu que la première, et je réitère : Sans Pitié est un grand film. Parfait ? Non, et heureusement. Sinon il deviendrait chi*nt. Ma seule inquiétude concerne le réalisateur. Un premier long-métrage de cette trempe, c’est plus qu’une prouesse... c’est une promesse faite au cinéma français. Son prochain film sera attendu au tournant, moi le premier. J'ai hâte, et je serai sans pitié.