Pour le plaisir est le quatrième long métrage mis en scène par Reem Kherici. En août 2024, alors qu'elle travaillait sur un autre projet, les producteurs Elsa Leeb et Philippe Rousselet lui ont proposé de raconter l’histoire des inventeurs du sex-toy le plus vendu de la planète depuis sa commercialisation, en 2013 : le Womanizer.
"Gari Kikoïne et David Solal ont écrit une première version dans laquelle je ne me suis pas retrouvée. Puis, en ajoutant ma patte, mon langage, et mon regard féminin, nous sommes arrivés à dépasser le sujet de la fabrication du sextoy pour aborder le sujet de fond du plaisir féminin qui me correspondait davantage", se rappelle la cinéaste.
Reem Kherici a vu les créateurs du Womanizer témoigner dans un reportage sur Konbini et ce qu’ils racontaient lui avait déjà inspiré beaucoup de choses pour le film, comme le fait que le premier prototype fonctionnait avec l’air pulsé du moteur de leur aquarium ou que l’épouse testait elle-même les différents prototypes : "Et puis, avant même d’écrire une ligne, j’ai fait des recherches sur l’orgasme et je me suis rendu compte que 30% des femmes sont anorgasmiques, c’est-à-dire qu’elles n’ont jamais connu l’orgasme."
"En remontant dans le passé, j’ai compris aussi que l’orgasme féminin était diabolisé depuis la nuit des temps : les femmes qui atteignaient l’orgasme étaient taxées de sorcières ou d’êtres possédées. Par ailleurs, dans de nombreuses religions, on demande toujours aux femmes de rester vierges jusqu’au mariage parce qu’on sacralise le sexe comme outil de procréation. C’est une façon de contrôler leur corps et cela tend à montrer que si on couche pour le plaisir, on commet un péché. Cela engendre donc une forme de culpabilité."
Le maître-mot, quand Reem Kherici s'est lancée dans ce projet, était "ÉLÉGANCE". La réalisatrice explique : "On peut évidemment aborder la question du sexe sans être vulgaire et pour que cela corresponde à mon cinéma (bien avant un cinéma «populaire» d’ailleurs), il me suffisait de suivre mon instinct et mes goûts."
"J’ai tout de suite su, par exemple, que je filmerai l’orgasme de manière pudique, parce que c’est ce qui me définit, et que je le montrerai sous l’angle organique pour expliquer à ceux qui ne savent pas (c’est-à-dire la plupart des hommes et une partie de la population féminine) l’effet physique que cela procure. C’est notamment pour cela que j’ai demandé à l’équipe d’effets spéciaux de me faire un plan macro d’un muscle qui se resserre, d’une pupille qui se dilate ou encore de poils qui se dressent."
Reem Kherici incarne la sexologue dans Pour le plaisir. Une évidence, car cela place d'emblée la cinéaste comme porte-parole d’un message : "Si, pour la première fois, je ne tiens pas le rôle principal de mon film, c’est parce que je voulais filmer la femme avec précision, que ce soit dans sa façon de se connecter à ses émotions, à son corps ou à sa féminité."
"Or, il était important de pouvoir la sublimer sans avoir un rapport égocentrique à cette «divinité» - car Fanny est plus qu’un personnage, c’est une figure. Et puis cela exigeait une mise à nu qu’il m’était difficile de faire, en tant que réalisatrice, devant mes équipes", confie-t-elle.
Côté photographie, Reem Kherici voulait sortir le couple du film de la vie parisienne pour en faire Monsieur et Madame Toutlemonde, des gens auxquels chacun peut s’identifier. Ayant aussi à coeur de mettre en scène un film lumineux, la réalisatrice et son équipe ont "simulé" le massif des Alpilles : "Et quand je veux filmer des lieux où je ne suis jamais allée, comme ici le club échangiste, je peux m’inspirer de films vus (Eyes Wide Shut par exemple) mais surtout de ce que j’aimerais y voir."
"Or, j’aspirais encore une fois à une forme d’élégance moderne, à quelque chose d’assez cinématographique et expérimental. Cela m’a inspiré des néons graphiques, des atmosphères berlinoises, des clubs éphémères, des écrans vidéo, des projections de textes sur des corps nus, puis j’ai été piocher des ambiances, des inspirations, que j’ai transmises à mes chefs de postes."
"C'est une femme de 50 ans qui s’est tue pendant trop d’années mais qui veut trouver la force d'exprimer enfin ce qu'elle ressent. C'est un personnage très touchant car on sent qu'elle a longtemps été bloquée mais il était exaltant à incarner car il y a une petite excitation qui monte en elle. Et puis elle a aussi une naïveté, un côté premier degré que j'ai pris plaisir à creuser comme cette façon d'imiter les gestes de la thérapeute pour se donner de l'allant et accéder à la même liberté."
Reem Kherici a écrit le scénario de Pour le plaisir en pensant à François Cluzet pour jouer Tom, mais pensait que les choses ne pourraient pas se faire du fait que l'acteur lui semblait trop inaccessible de part son impressionnante carrière. Elle se rappelle : "Quand je l’ai croisé, par hasard, à un événement, j’ai eu la grande surprise de voir arriver vers moi sa femme, Narjiss qui est d’origine marocaine et avait adoré mon premier film Paris à tout prix."
"Lorsqu’elle a dit à François qu’il devait absolument travailler avec moi, j’ai cru à un rêve et je me suis empressée de lui envoyer mon scénario. Il s’est rapidement enthousiasmé pour l’histoire et l’idée de partager l’affiche avec Alexandra Lamy."