Le sujet des migrants a été largement exploré au cinéma depuis quelques années, principalement, ceux d’Afrique traversant le Sahel puis la Méditerranée. Contrairement à la minorité ethnique des Rohingyas, principalement musulmane et localisée dans l’état côtier birman d’Arakan ou Rahkine (frontalier du Bangladesh), persécutée en Birmanie (= Myanmar) par la dictature militaire, qui leur refusa la citoyenneté birmane en 1982 (d’où leur statut d’apatride). Ce pays est d’ailleurs peu évoqué au cinéma : « Rangoon » (1995) de John Boorman et « The Lady » (2011) de Luc Besson. Le réalisateur japonais a fait le choix d’une fiction mais réaliste, à la frontière avec le documentaire, concernant le long voyage (28 j) en minibus, en bateau (6 j), à pied, d’un frère (Shafi, 4 ans) et d’une sœur (Somira, 9 ans) qui doivent rejoindre des parents en Malaisie (le fait que leurs vêtements restent relativement propres pendant 1 mois est peu crédible, ainsi que la présence ou l’absence de chaussures portées par Shafi). Néanmoins, le film, long et lent (malgré une durée de 1h39), reste austère, voire « janséniste », évoquant le style de Robert Bresson (1901-1999), qui lui aussi, faisait appel à des acteurs non professionnels. Bien que Japonais, le réalisateur pourrait adhérer au mouvement cinématographique danois « Dogme95 », impulsé par Lars von Trier et Thomas Vinterberg : caméra portée à la main (d’où des images floues et brinquebalantes lors de poursuites), absence d’éclairage artificiel (scènes nocturnes très sombres), etc. En outre, le sous-titrage en français était minimaliste : tous les dialogues n’étaient pas traduits (et la ligne inférieure n’était pas visible à l’écran) et le film manque d’indication géographique (localisation exacte du camp de Somira et Shafi au Bangladesh ou Birmanie, traversée de la Birmanie, de la Thaïlande et de la Malaisie),
seule la vision des tours Petronas confirmant l’arrivée à Kuala Lumpur, capitale de la Malaisie).
Toutes ces caractéristiques mettent à distance le spectateur et dessert, finalement, la cause des Rohingyas. Dommage ! On est loin, par exemple, de « Moi capitaine » (2023) de Matteo Garrone, sur le voyage périlleux de 2 adolescents sénégalais pour rejoindre l’Italie via la Lybie. Etonnant qu’il ait obtenu le prix spécial du jury Orizzonti à la 82e Mostra de Venise. Seul point positif, l’évocation des jeux d’enfants pratiqués par Shafi et Somira dans l’adversité [cf. « Jeux interdits » (1952) de René Clément, qui se déroule pendant l’exode en France en 1940 et qui obtint le Lion d’Or à la Mostra de Venise en 1952].