De tout temps, le peuple Rohingya a été persécuté. De cette minorité exclue de Birmanie, un million de personnes vit désormais dans des camps de réfugiés au Bangladesh, où elle est à peine mieux traitée. Les fleurs du manguier, sous un titre poétique, raconte la douleur de l'exode pour une poignée de Rohingyas, et la difficulté du périple, du Bangladesh vers la Malaisie. Un voyage par mer et par terre, via la Thaïlande, à la merci de passeurs sans scrupules et cupides. Le film tire sa force de son aspect réaliste, presque façon documentaire, tout en lui adjoignant un regard singulier, celui d'un frère et d'une sœur, âgés de respectivement 4 et 9 ans, embarqués dans cette aventure hautement périlleuse. Ce récit à hauteur d'enfants rejoint hélas ceux des parcours de migrants que plusieurs longs métrages récents ont conté, avec le prisme d'une fiction toujours proche des faits, par exemple Moi Capitaine, de Matteo Garrone, pour n'en citer qu'une. Le danger, avec de telles réalisations, est de tomber peu ou prou dans le pathos. Rien de tel dans Les fleurs de manguier, très sobre, exempt de tout apitoiement, où le moment le plus tragique est traité quasiment avec froideur, comme pour en souligner l'inéluctabilité. Le film est tout à l'honneur de son réalisateur, en l'occurrence japonais, Akio Fujimoto, au nom du peuple rohingya.