Grosses attentes pour le troisième film de Natalie Erika James.
Relic m'avait marqué, oppressé et touché. Une plongée sombre, presque poétique, dans la vieillesse, la décrépitude, la perte... Une horreur organique et intime, matérialisée par les liens familiaux qui s'effacent face au temps.
Puis Apartment 7A, prolongement malin de Rosemary’s Baby, qui s’attaquait à un autre vertige : celui de la maternité face à l’ambition personnelle.
Autant dire que Saccharine, avec son titre de drogue dure, cochait toutes les cases d’un nouveau traumatisme maîtrisé. Malheureusement, j'ai eu au final, l'impression de me retrouver devant son film le moins maitrisé.
Pourtant sur le fond, Saccharine est pertinent.
On y découvre et suit Hana, étudiante en médecine, désireuse de perdre du poids. Une idée banale, universelle, et pour tout ceux qui ont déjà prononcé la phrase "faut que je maigrisse", pas si anodine.
Dans une époque où l'on nous vend de l’apparence à outrance - salle de sport, perfection physique, réseaux sociaux, “remèdes miracles”, challenges absurdes - Natalie Erika James balaie large. On pourrait frôler l’indigestion mais le film ne tombe jamais dans le cliché car au centre de ce cauchemar, il y a Hana.
L'actrice Midori Francis incarne un personnage complexe qui va se dévoiler progressivement. Une jeune femme tiraillée entre pulsion et rejet, entre le plaisir express d'ingurgiter pour faire taire ses démons et la culpabilité lente et écrasante de devoir les digérer. Un cycle destructeur parfaitement retranscrit, où s'amalgament un violent besoin d'estime de soi et la punition que l'on s'inflige de ne pas s'aimer.
Le surnaturel, comme souvent chez la réalisatrice n'est qu’une extension, une matérialisation du sujet qu'elle décortique.
Bien plus que ce qu’on est prêt à faire pour atteindre un idéal, elle autopsie les conséquences des choix que l'on fait, de nos aveux de faiblesses, des raccourcis qu'on emprunte et du prix à payer sur le corps. Et encore une fois, elle n'hésite pas à le malmener, comme dans Relic (l'âge), comme dans Appartement 7A (la danse classique).
Visuellement, symboliquement, ce besoin va prendre une forme peu ragoûtante, dérangeante, presque viscérale au travers de cette présence pesante.
Mais voilà. Si l'horreur est bien là, dans le message, dans la psychologie et la détresse du personnage, elle ne réussira pas à remplir l'espace. Elle reste presque reléguée au second plan, comme un reflet timide du quotidien. Elle fait moins réagir que les moqueries, que le malaise intérieur, que ce rapport destructeur à soi-même.
Un problème ou un choix ? Peut-être les deux. Peut-être que c’est volontaire.
Car après Obsession ou Hokum, difficile de ne pas remarquer ces personnages souvent moins effrayés par le surnaturel que par ce qu’il symbolise, comme si le réel était déjà si déstabilisant qu'un fantôme ou toute autre entité irrationnelle avait finalement perdu de son pouvoir horrifique. Et ici, ça se ressent fortement avec Hana. Son calme face aux premiers signes de basculement est troublant, trop raisonné. Et c'est en ça que Saccharine m'a laissé un peu frustré. Il ne m'a pas fait trembler malgré ses bonnes idées visuelles et ses images fortes.
Dommage car le film décortique et personnifie une thématique actuelle grâce à une héroïne bien écrite et une esthétique soignée. Mais il manque vraiment cette montée en pression, ce malaise oppressant du danger invisible, au delà des risques plus terre à terre sur la santé d'Hana.
Pour la première fois, j’ai eu le sentiment que Natalie Erika James n’allait pas au bout de son œuvre, qu'elle s'égarait même un peu si l'on prend les quelques dernières minutes.
Le fond est là, la direction aussi, mais la forme reste en surface.
Un film intelligent, cohérent, mais qui n’a pas réussi à me happer.