Bonjour, je suis Bernard de Comme J'aime, voulez-vous essayer les nouvelles pilules miracles pour maigrir ? Elles sont super efficaces, la matière première est 100% naturelle, et contre une petite malédiction, vous aurez une taille de guêpe ! Comment ça, "Qu'est-ce que je viens de dire, avant la taille de guêpe ?", rien, rien, signez, la première dose est gratuite... Vous l'aurez compris, ce Saccharine nous a tapé dans l’œil (celui qui se barre de l'affiche, à gauche), à part sa fin (on y reviendra), il n'a pas peur de jouer avec l'immoralité (on a quand même affaire à de la
nécrophagie déguisée, et du cannibalisme
...) et surtout avec les cadavres sur la table d'opération. Le cadavre en question étant celui d'une personne obèse, il y a du gras sur tous les organes, alors ça luit, ça suinte, ça fait des bruits de succions absolument dégueulasses (on avait une glace, elle a fondu), et cette idée toute simple pour écœurer est un des atouts de ce Saccharine. Midori Francis est la révélation du film, arrivant à s'extirper d'un trop facile raccourci avec le film The Substance, et s'impose parfaitement dans son personnage d'emblée assez immoral et très superficiel : ici, pas d'héroïne ingénue, elle choisit son malheur. Il y a une vision pertinente des vidéos des réseaux sociaux qui vantent tantôt la maigreur et l'acceptation de sa propre grosseur (ça rend fou, ce tourniquet d'avis contraires). Il y a aussi un monstre qui fait peur sans besoin de jumpscares débiles (comme 99% des films d'épouvante actuels) puisqu'il ne saute jamais sur l'héroïne, et est invisible la plupart du temps, c'est simplement un bon gros coup de pression mental (qui fonctionne, donc). La mise en scène est très inspirée, la moitié des plans s'offre une photographie impeccable, les rôles secondaires font tous sens dans la mentalité de l'héroïne (on comprend son trouble, sans pour autant cautionner ses actes), et la bande-son (entre deux bruits gutturaux et "ploch-ploch" dégueux) fait transpirer. On regrette surtout la fin, qui nous a laissé un goût amer en bouche (non, non, remballez vos pastilles à la menthe, on ne sait jamais avec les malédictions qui traînent...) : pourquoi
l'héroïne, sauvée de la malédiction (après moult efforts qui l'ont fait grandir et s'accepter), enfin bien dans ses baskets, se met-elle à bouffer sa compagne à la dernière image ? C'est absurde, rien ne le justifie : oui, d'accord "la faim est insatiable", mais à part pour le jeu de mots et l'effet de style du dernier plan assez classe, avouez que ça gâche tous ses efforts, la happy-end agréable (après un film suffisamment sombre)
et par conséquent on n'a rien compris au fonctionnement de la malédiction. Dommage, ça ressemble à un dernier twist à la "petit malin" qui n'a aucun sens, juste pour dire que ce n'est pas fini, bof. Le film valait mieux que ça jusque-là. On notera quand même une prothèse "corpulente" pour l'actrice principale (très fine) en début de film qui est assez soignée (en grande fan de trucages, on l'a grillée au premier coup d’œil sans que cela ne nous gêne, car elle est vraiment quali, et les raccords sont très propres, c'est rare aujourd'hui). Bref, si vous voulez impressionner à la plage cet été avec votre summer-body, allez courir, mangez sain, buvez de l'eau. Et ne vous approchez pas de ces pilules, sinon vous pouvez acheter un deuxième maillot de bain pour le monstre, taille XXXXL évidemment.