Rarement un film n'avait aussi bien porté son titre : c'est une des premières impressions que j'ai eues lorsque j'ai commencé a regarder L'abandon. C'est bien un double abandon que ressent le spectateur devant ce film : l'abandon de Samuel Paty bien sûr, mais aussi son propre abandon... car le spectateur dès la première seconde, connaît cette fin tragique inéluctable, il se sent a la fois seul et impuissant. Ce film se contente de montrer, de façon très factuelle et avec une certaine froideur chirurgicale, la mécanique implacable qui a conduit à l'assassinat de Samuel Paty. D'ailleurs c'est une des grandes forces de ce film, c'est qu'il est factuel, il n'induit rien, il m'a personnellement appris des choses que j'ignorais, on sent qu'il est très documenté tout en restant finalement sobre du point de vue artistique. Assez étrangement le film a pris le parti de ne pas nous donner accès à l'interiorité de Samuel Paty, du moins très peu. Je pense qu'il s'agissait de ne pas verser dans la facilité d'un pathos induit. De fait le lien avec le personnage n'est pas particulièrement construit, l'interêt du film est ailleurs. Beaucoup de choses ont été dites sur ce film, mais il y a une chose que j'ai peu entendue, c'est que ce film montre à la perfection le très beau lien qu'avait ce professeur avec ses élèves, sa bienveillance envers eux et l'attachement que ses élèves lui portaient. De mon point de vue de spectatrice, il y a 2 parties dans ce film : les 3/4 du film qui montrent la mécanique implacable de la lâcheté, du mensonge, de l'hysterisation des réseaux sociaux, des incuries des administrations. Et puis il y a cette dernière partie qui m'a complètement emportée emotionnellement, cela faisait longtemps que je n'avais pas réussi à réprimer des larmes incontrôlables au cinéma. Il m'a été très difficile de regarder cette dernière partie, non pas pour des raisons "trash" il n'y a aucune scène de ce genre. Non plus parce que l'on se s'est attaché au personnage de Samuel Paty ce n'est même pas ça car comme je l'ai écrit, le film s'intéresse très peu à son interiorité, le lien avec lui est paradoxalement peu travaillé par le film qui s'attache plutôt à décrire des faits. Non vraiment ce qui m'a personnellement prise aux tripes, ce que j'ai trouvé très dur et que j'ai ressenti irrepressiblement, c'est à la fois le sentiment d'injustice ultime et en même temps d'impuissance qui m'a assaillie sur cette dernière partie. La violence d'une réalité, d'un fait, d'une exécution qui contraste amèrement avec les valeurs de cet enseignant son humanité, sa bienveillance. Face a l'ecran de fin, resonne en soi cette phrase du début : " on ne choisit pas son destin ni la société dans laquelle on vit ". Il n'y a rien de plus à dire, si ce n'est que ce film était nécessaire, qu'il est parfaitement réussi et qu'il faut aller le voir. Absolument.