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Newstrum
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4,5
Publiée le 22 octobre 2016
Panique (1946) de Julien Duvivier, adaptation des Fiançailles de M. Hire de Simenon, est un acte d’accusation dressé par Duvivier contre ses compatriotes au sortir de la seconde guerre mondiale (et plus généralement contre l’humanité toute entière). On y voit une foule veule s'en prendre à un bouc émissaire accusé d'un meurtre qu'il n'a pas commis. Un film remarquable, l’un des plus noirs du cinéma français, qui reflète les rancoeurs et les haines d’une époque. Voir ma critique sur mon blog :
Adaptation très libre du roman de Simenon Les fiançailles de M. Hire, Panique est sans nul doute l’un des meilleurs films de Julien Duvivier dont il faut réhabiliter l’œuvre de toute urgence puisqu’il s’agit de l’un des plus grands cinéastes français de tous les temps. Panique le prouve avec éclat tant les idées de mise en scène pullulent à chaque minute. Le travail sur la photographie, la beauté des décors, l’attention maniaque à chaque son, tout participe à la beauté qui se dégage de ce film très noir et pessimiste. Si l’on ajoute à cela les dialogues magnifiques de Charles Spaak, l’interprétation bouleversante de Michel Simon et la rouerie formidable de Viviane Romance, la garce du cinéma des années 30-40, cela constitue l’un des sommets de cette époque. Il faut ajouter à cela une vision particulièrement sombre des petites médiocrités humaines, malheureusement toujours d’actualité. Ou comment décrire l’ambiance de l’épuration sans jamais vraiment l’évoquer directement. Une grande œuvre pour tous les misanthropes, mais aussi un chef d’œuvre qui s’inspire à la fois de Fritz Lang (on pense à M le maudit) et des plans obliques d’Orson Welles. Un pur bijou à redécouvrir d’urgence.
Comment rendre compte de la bêtise d'une foule, qui réunie se croit forte au point de connaitre la vérité. Lorsque le mauvais est désigné, identifié, il y a toujours un pervers ou un paranoïaque à l'oeuvre. Au sortir de la seconde guerre mondiale, le message est éclairant. La panique est une peur inconsidérée, déraisonnable, fondée sur du n'importe quoi. Ici une rumeur répand des calomnies orchestrées au profit d'un malfrat. Plans et cadrages magnifiques. Michel Simon est brillantissime dans son personnage. Viviane Romance est parfaite pour lui donner la réplique. Cédant à la panique, le coupable désigné se réfugie sur le toit. N'est-ce pas là une métaphore du "toi" accusateur qu'adresse la foule assoiffée de vengeance à un être non consensuel ?
Premier film d'après-guerre réalisé par Julien Duvivier, "Panique" se situe dans la même lignée que le "Furie" de Fritz Lang, dénonçant la bêtise des mouvements de foule. Lorsqu'un meurtre survient dans un quartier parisien, c'est forcément Monsieur Hire (Michel Simon, bluffant dans ce rôle), peu aimable et solitaire qui passe pour le coupable aux yeux de toute la populace qui se considère honnête mais qui est complètement stupide. Coupable, Hire ne l'est que parce qu'il aime Alice (Viviane Romance, la vamp par excellence) et que celle-ci est amoureuse du véritable assassin, l'aidant alors à monter le quartier contre Hire. Le portrait que fait Duvivier de la France est d'une noirceur sans appel et pas loin de rappeler les jours sombre de l'Occupation qui n'est pas loin derrière. Avec un sens du cadre qui n'a pas pris une seule ride, le réalisateur met en scène des rapports de force qui s'étendent jusqu'au dénouement final, forcément bourré de cynisme. "Panique" est donc une œuvre forte dont la puissance fonctionne encore aujourd'hui, à la fois par l'intelligence de ses dialogues et surtout par le réalisme saisissant de son propos.
Simenon est un génie, Michel Simon aussi. La rencontre de deux génies filmée par l'un des plus grands réalisateurs français de l'époque a produit un film injustement oublié, pas loin d'égaler les chefs-d'oeuvre de Marcel Carné, René Clément, René Clair, Jean Renoir...
Un cadavre est retrouvé dans une fête foraine. Le taciturne monsieur Hire connaît l'assassin : c'est l'amant de la femme qu'il aime.
Les romans de Simenon sont de faux polars. L'élucidation d'un crime n'y est qu'un prétexte à l'exploration de l'âme humaine. "Panique" est un film sur la solitude : monsieur Hire vit seul dans un meublé sordide, inconsolé du départ de sa femme, mis à l'écart par ses voisins qu'intimident son intelligence aiguë et son refus de sympathiser. Mais plus encore, "Panique" est un film sur la bassesse humaine : la foule cherche un meurtrier pour le crime commis et trouve en monsieur Hire un coupable tout désigné qu'elle poursuivra de son aveugle vindicte. Un thème qui n'est pas sans résonance en 1946.
"Panique" est l'adaptation des "Fiançailles de Monsieur Hire". Patrice Leconte en réalisa un remake en 1989 avec Michel Blanc et Sandrine Bonnaire, moins fidèle au roman de Simenon. Dans ce film, que j'ai vu au jeune temps de ma cinéphilie naissante et dont j'ai gardé un souvenir très vif, l'accent est mis sur la relation entre le solitaire et la demoiselle. Remake réussi mais moins riche que celui de Duvivier.
Tout converge vers "l'exécution finale", la sentence gratuite et l'innocent face au peuple. Une scène vraiment terrible. Mais avant cela il y a ce personnage étrange et solitaire qui fixe les mauvaises intentions des gens mais un être doux et aimant pour cette femme qui elle, aime le voyou, le vrai méchant. Un film fort et très bien réussi. Superbe.
Digne des grandes tragédies grecques, ce film noir de Duvivier montre, philosophiquement, sa critique des rumeurs; qui peuvent détruire la vie d'un individu. Surprenant, ce film est créé 40 ans avant facebook, le réseau social où circule des information destructrices de vie sociale, morale ou carrememt physique... Une métaphore involontaire, donc, et qui peut révéler un caractère visionnaire.
Tout se joue sur la fin, comme il est spoilé dans le synopsis. Le reste est longuet mais la préparation du final et surtout la foule de gens qui s'amasse en criant "A mort !" sans plus de compréhension ni de recherche offre une cruauté silencieuse et poussée à ce drame policier. Un bon final, le reste aurait besoin d'un coup de jeune !
Une bonne production d'après guerre qui vaut pour sa peinture des milieux popus et pour Michel Simon qui joue ici Mr Hire, un misanthrope photographe, bibliophile, une figure classique du marginal indissoluble dans la communauté des honnêtes gens. Barbu, costaud et cultivé ce Mr Hire n'est pas celui de la version de 1989: un type un peu space et réfrigérant très bien joué par M. Blanc. Ici, Simon est un solitaire qui se fout du mépris qu'il suscite et en plus qui en impose. Voir la scène dans le troquet, où un client voulant le sermonner, se déballonne finalement comme une merde: "il m'a fixé d'une maniere, je ne pouvais plus parler". Un type fort, mais pas assez cependant, pour ne pas voir derrière les minauderies d'une poule, le piège qui le conduira a sa perte. Des dialogues et une mise en scène travaillés. Voir la scène, très symbolique et cruelle, des auto tamponneuses. Et puis dans les 15 dernières minutes, la dynamique de groupe, filmée comme un fleuve haineux qui grossit et grossit jusqu'à la spectaculaire traque finale sur les toits, qui fait penser un peu a "Peur sur la ville". Sauf, que bebel lui s'en sort :-)
Un film cruel et désespéré qui dépeint, avec tellement de justesse, la noirceur de l’âme et l’intolérance des gens, incarné par l’immense acteur Michel Simon qui interprète avec un talent fou l’inoubliable marginal Monsieur Hire, victime de la vindicte populaire.
Pour la mécanique bien huilé du film qui est un bel exemple du savoir faire du cinéma français des années 40 ou du moins celui de Duvivier; pour l'interprétation magistrale de Michel Simon en marginal étrange; pour la dénonciation sous-jaçente de la stupidité de la société petite bourgeoise et la défense des différences et de la tolérance. Le film est l'adaptation d'un roman de Simenon, qui aura aussi un remake français, réalisé par Patrice Leconte, avec Michel Blanc en Monsieur Hire, dans le film du même nom. Le M Hire campé par Blanc est chauve, imberbe et assez inquiétant alors que celui qu'interprète Simon est poilu et finalement touchant. Il n'y a peut être pas de lien de cause à effet entre leur pilosité respective et leur tempérament, quoique... Cependant leur physique tout du moins, leur jeu est complètement différent pour interpréter un même personnage: Hire/Simon est solide "comme un arbre" comme il le dit lui même. Alors que Blanc/Hire serait plutôt froid comme un serpent... Du coup, je reverrais bien le film de Leconte, dont j'ai aussi un bon souvenir.
Pour son retour en France après l'Occupation, Julien Duvivier décide d'adapter le roman de Georges Simenon : Les Fiançailles de M. Hire. Dans un style proche de celui des chef-d'oeuvre du réalisme poétique des années 30, Duvivier présente une France où la rumeur et la culture du bouc émissaire sont quasiment une religion, bref une France pétainiste. Il n'est donc pas surprenant que le film est été accueilli à sa sortie par un échec public et critique dans un pays qui souhaitait oublier ses bas instincts. Presque soixante-dix ans plus tard, il reste un grand film avec un excellent Michel Simon dans le rôle de la victime de la vindicte populaire. Toutefois, il est possible de préférer l'interprétation plus troublante de Michel Blanc dans ce même rôle dans l'autre adaptation du roman, cette fois réalisée par Patrice Leconte en 1989 : Monsieur Hire.
Sûrement le film le plus noir du réalisateur français le plus noir pour cette oeuvre qui a eu le droit à un très pâle remake de Patrice Leconte, "Panique" est la meilleure preuve du pessimisme récurrent de Julien Duvivier pour ce qui est de la nature humaine. Un type solitaire et original est forcément un coupable pour une foule stupide plus rapide à pratiquer l'ostracisme et l'intolérance que l'acceptation, et à ce niveau-là la scène de lynchage n'a rien à envier à la puissance d'un Fritz Lang. Le géant Michel Simon donne une belle épaisseur à son personnage, le couple Paul Bernard-Viviane Romance est particulièrement détestable. Résultat : une des plus grandes oeuvres de son cinéaste.
Un chef-d’œuvre du film noir, désespéré et pessimiste, inspiré d’un roman de Georges Simenon. Un histoire de solitude, d’incompréhension face à l’originalité ou l’étrangeté de « l’autre » mais aussi une peinture sobre mais impressionnante de la méchanceté humaine, de la petitesse et de la lâcheté du monde (peut-être y avait-il une allusion au comportement veule de tant de Français quelques années plus tôt). Une leçon de mise en scène, sobre, maîtrisée dans des cadrages serrés, dans l’usage de la lumière (ou plutôt les ombres), dans le montage précis et efficace ; bien entendu, il faut se replacer dans le contexte technique de l’après-guerre, mais l’ensemble est remarquable de modernité et en particulier la scène de rue finale. Viviane Romance se rend hautement antipathique dans son rôle de salope, Paul Bernard, son amant, tout autant. Et puis… et puis, il y a Michel Simon, tendre, torturé, équivoque, profondément désespéré, d’une présence inégalable. Dommage que la bande-son ne soit pas un tant soit peu restaurée.