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3,0
Publiée le 4 juin 2026
Avec Panique, Julien Duvivier livre une radiographie d’une cruauté sociale saisissante, où la foule devient une force aveugle capable de fabriquer sa propre vérité. Michel Simon compose un personnage d’une richesse bouleversante, à la fois marginal, naïf et profondément lucide sur un monde qui le rejette sans jamais chercher à le comprendre. La mise en scène installe progressivement un climat d’hostilité diffuse qui transforme les rues familières du quartier en espace de menace et de persécution. Pourtant, malgré la puissance de son pessimisme et la modernité de son regard sur les mécanismes du bouc émissaire, le film paraît parfois accentuer volontairement les traits de ses personnages pour renforcer sa démonstration. Une œuvre noire et profondément dérangeante, portée par une vision implacable de la nature humaine, mais dont le fatalisme absolu laisse une émotion davantage glacée que déchirante.
Film misanthrope, dans lequel s'épanouit la saloperie et la lâcheté de la populasse. Des moutons qui n'aiment pas la différence, et se font manipuler comme des marionnettes. Décors magnifiques. Tiré d'un roman de Simenon ce classique est beaucoup mieux que le film de Leconte avec Michel Blanc.
Film noir, ce récit d'une machination criminelle réussit son ambiance de polar, bénéficie d'un casting très pertinent, s'appuie sur de savoureux dialogues, dénonce habilement les stéréotypes absurdes sur le coupable idéal, d'autant plus quand celui-ci semble mépriser le genre humain, ose le célibat, refuse les bienséances hypocrites. Cependant, cet homme supposément intelligent, cultivé, railleur, se comporte avec une naïveté atterrante face à celle pour qui il a éprouvé un coup de foudre irrémédiable. De même le meurtre initial manque de justification, tandis que l'amante ne s'offusque guère de la double trahison de son aimé! Ces faiblesses psychologiques s'opposent à la justesse de la peinture pessimiste des élans humains accusateurs, jugeurs, méfiants, rendus plus hystériques et radicaux encore par le nombre ou par la bêtise (dont se démarque le malicieux inspecteur). D'ailleurs les attitudes, les réactions, les actes mêmes des habitants sont filmés dans une frénésie qui les rend tout à la fois ridicules (le sac érigé en preuve) et terrifiants (le final), malheureusement crédibles (par exemple avec les couplets et le voyeurisme habituels après l'accusation). Grinçant.
Bon film qui rappelle Monsieur Hire avec Michel Blanc, justement cela nuit à l'appréciation du film. Michel Simon ne soutient pas la comparaison avec Michel Blanc qui est plus vraisemblable dans ce rôle d'amoureux transi un peu voyeur. L'énigme policière est résolue trop tôt pour le spectateur, manque de suspense.
La scène du dénouement est le point culminant, la démonstration exacerbée, du sujet de Simenon auquel Duvivier a ajouté son propre regard sombre et désenchanté. A ce titre, elle constitue le moment fort, mémorable, du drame. Avant ce dénouement spectaculaire, sur une place qui ressemble à celle d'un village en plein Paris, Duvivier présente tout au long du film quelques unes des figures, médiocres et indignes, d'une classe populaire qui accable Monsieur Hire de tous les maux, cet homme seul et mysanthrope, hautain peut-être, qui fait, à cause de son caractère différent un coupable tout désigné du crime qui a été commis. Plus que l'intrigue, pas spécialement captivante, c'est la vision sociale et humaine pessimiste des auteurs qui procure l'intérêt majeur du film.
Michel Simon est grandiose et Julien Duvivier dirige, d’une main de maître, le long-métrage.
Ce film, noir, se démarque par son identité visuelle et auditive. Entre les montagnes russes émotionnelles et les idées sur chaque plan, il est complètement en avance sur son temps.
L’ensemble joue avec la frustration du spectateur en appliquant les codes du film policier.
Film hautement langien, "Panique" met en scène le parcours d'un homme seul contre tous ; non sans rapprochements avec "M le Maudit" – à la différence que Monsieur Hire n'est, lui, pas coupable – le film représente certes un personnage singulier, mais surtout un acteur hors du commun, qui joue clairement à contre-emploi. Il faut bien mesurer le geste de Duvivier quand il filme Michel Simon, star absolue du cinéma français, reconnu pour son immense expressivité, en lui faisant endosser le rôle d'un homme taciturne, sûr de ses droits et a fortiori assez arrogant quand on lui adresse le moindre reproche. Face à cet acteur-monstre, on trouve une galerie de personnages méfiants dans la France rance d'après-guerre. Duvivier pousse la critique de la France rurale de 1946 à un point de non-retour : l'étroitesse d'esprit sidérante des villageois peut prêter à rire pendant une bonne partie du film, mais la machination orchestrée par Alice et Monsieur Fortin influencent toute la population locale, laquelle se lance alors dans une opération de lynchage d'une puissance dramatique implacable. Satire acerbe d'un pays intolérant et rempli de préjugés, "Panique" vaut principalement pour la précision de son découpage et la capacité de son acteur principal à se réinventer en proposant un personnage aux multiples facettes. Parfois drôle, puis de plus en plus terrassant, "Panique" marque durablement les esprits.
On reconnait d'emblée les décors de studio des films de l'époque. La patte de Spaak contribue à la concision et la truculence des dialogues. Voilà donc une nouvelle fois le monsieur Hire créé par Simenon. Duvivier dirige brillamment cette histoire tellement classique de l'exclusion de l'autre, du celui que l'on ne (re)connait pas au sein de la communauté du quartier. Les personnages sont certes caricaturaux, mais la brochette est universelle: le faux-dur, la grande gueule, les suiveurs… M. Simon reste digne dans cette tourmente, qui offre un miroir à la France à peine sortie de la guerre (le public de l'époque n'apprécia pas parait-il) et fait penser au scènes de lynchage des westerns américains, ou de La poursuite impitoyable de Penn. Mais aussi pourquoi pas Le jour se lève de Carné. Mise en scène (en particulier les scènes de foule de l'action finale) est recherchée et beaucoup moins datée que le jeu de la majorité des acteurs. V. Romance tient elle la dragée haute face à un Michel Simon inspiré comme toujours. TV avril 2022
Un très bon film noir bien troussé réalisé en 1946 par le cinéaste Julien Duvivier !! Les moyens sont mis dans ce long métrage avec un bon paquet de figurants et une histoire captivante autour d'un assassinat dans le coin auquel on cherche le ou les meurtriers. On y suit un duo ou un couple qui manigance tout pour faire porter le chapeau à un voisin d'hotel de l'immeuble d'en face qui est docteur en voyance, un personnage discret et curieux, en préparant un plan d'enfer pour essayer d'ètre innocent. Ce qui frappe dans ce vieux film en noir et blanc , ce sont les décors en studio à l'ancienne, les lumières qui reflètent l'intrigue et le genre polar, un scénario habilement et intelligemment mis en valeurs, Julien Duvivier était un sacré metteur en scène bourré de talents à l'époque qu'on regarde ses oeuvres aujourd'hui avec admiration. Dans le casting, il dirige un trio de comédiens avec Viviane Romance, l'acteur qui joue son homme dont j'ai oublié son nom excellent et l'immense Michel Simon. La fin est surprenante, enfin bref, une belle petite pépite du cinéma Français de l'après guerre.
Julien Duvivier, grand réalisateur de l’entre-deux guerres, à qui on doit des chefs d’œuvre comme « La belle équipe » ou « Pépé le moko » fait partie de ces réalisateurs sous-estimés car trop académique que le temps finira par réhabiliter. Après s’être exilé aux EU durant la guerre et n’avoir pas connu le succès, il est de retour en France avec ce film pessimiste et noir que le public et la critique rejeta d’un bloc. Trop proche de l’après-guerre, il en remet une bonne couche sur le manque d’humanité et sur les effets dévastateurs des effets de masse ; puisque la foule deviendra un personnage à part entière dans son final. Il lui sera fait aussi le reproche de son académisme et puis avec l’arrivée de la Nouvelle Vague de son réalisme poétique désuet pour l’époque. Cependant rendons hommage à ce grand film qui lorgne du côté de « M le maudit » de Fritz Lang. Il est la quintessence des obsessions de Duvivier pour qui les différentes couches de la société sont pourries jusqu’à l’os (clergé, bourgeois, masse populaire). Rendons hommage aussi à ses qualités de metteur en scène avec ses plans serrés sur Michel Simon qui laisse transpirer toute la complexité du personnage et son ambiguïté. Lui non plus, même s’il est une victime de la foule, n’est pas clair ; grâce aux plans suggestifs de Duvivier sur la femme que convoite Hire (une cuisse par ci, un décolleté par là), on comprend que M. Hire (M. Simon) est plus attiré qu’amoureux de cette femme. Le jeu des ombres aussi des incroyables ; elles effacent parfois un personnage complétement. "Disons-le sans détour, à la manière de Julien Duvivier lui-même, qui aimait filmer la vérité à l'état brut : Panique est un pur chef-d’œuvre, aussi riche par son fond, noir comme l'encre de la délation et le Rimmel des garces, que dans ses trouvailles visuelles, d'une modernité qui laisse encore pantois aujourd'hui. C'est en plans serrés que Duvivier nous montre la médiocrité et la veulerie qui suintent sur le visage des hommes. Les femmes ne valent pas mieux, capables du pire par amour, ou par bêtise, ce qui revient souvent au même chez ce cinéaste sans illusions. Et quel sens de l'espace chez ce technicien pointilleux : après que la spirale infernale a été enclenchée, que la foule a révélé sa face hideuse, pour parfaire encore l'ambiance de cauchemar éveillé, il laisse M. Hire (grandiose Michel Simon) seul sur la place. Pantin pathétique pris de vertige au centre d'un cercle de haine. Puni d'avoir cru, un moment, à la bonté du monde. Victime expiatoire d'une foire populaire qui peut passer de la liesse au lynchage. Jean Renoir voyait en Duvivier un poète. Panique est bien un poème cru(el) et désespéré. Sa grande œuvre au noir. " Guillemette Odicino, Télérama
Un classique qui malgré ses presque 80 ans est toujours plaisant à regarder ; comme bon nombre de films de Duvivier qui ne doit pas tomber dans l’oubli malgré les poids lourds de l’époque qu’étaient Carné et Renoir qui ont tendance à le pousser vers l’oubli. TOUT-UN-CINEMA;BLOGSPOT.COM
Monsieur Hire ( michel Simon) est un homme à part parmi ses semblables. Veuf, ancien avocat, reconverti dans la médecine sous un nom d'emprunt, il vit seul dans une chambre d'hôtel. Il tombe amoureux d'une femme fatale (Viviane Romance), qui s'est elle-même amourachée d'un voyou, gigolo, qui a assassiné la femme dont il profitait pour la voler. Le couple diabolique veut faire porter le chapeau de l'assassinat à Monsieur Hire. "Panique", tiré d'un livre de Simenon est un film noir qui compte (excusez du peu) parmi les plus grandes réussites du cinéma hexagonal toutes périodes confondues. Considéré parfois comme le meilleur film de Julien Duvivier, on cherche sans les trouver une imperfection à ce film magnifique. Pas un temps mort, pas un plan de trop, une interprétation stratosphérique de Michel Simon ( acteur Suisse - il faut ne pas l'oublier- considéré comme le meilleur acteur du monde par charlie Chaplin) et Viviane Romance, actrice spécialisée dans les rôles de femmes fatales, dont on a aujourd'hui peut-être oublié qu'elle était alors plus côtée dans les années 30 et 40 que Danielle Darieux et Michelle Morgan. Pour la petite histoire, Julien Duvivier, sans doute un des réalisateurs majeurs du cinéma français des années 30 et 40 fut l'objet de critiques condescendantes de la part des jeunes réalisateurs de la nouvelle vague. Le succès n'étant plus de son côté dans ses dernières années, Il en était selon Alain Delon très affecté. Eternelle querelle entre les anciens et les modernes. Tout spectateur amateur de cinéma d'auteur et du patrimoine, verra au moins une fois ce film exceptionnel qui avait même retenu l'attention d'Orson Welles, aficionado du réalisateur français.
Ce film a la nostalgie des vieux films français. La couleur Noir et Blanc, les décors, la gouaille de certains personnages, le son médiocre et l'image parfois flou. J'avais bien aimé Voici le temps des assassins avec Gabin, et aussi Pépé le moko, encore avec Gabin mais Ici, avec Simon, je n'ai pas eu le même plaisir. Il y a bien sur l'intrigue qui rend le film assez plaisant à regarder, mais dans l'ensemble je n'ai pas été touché. A voir aussi Monsieur Hire de Leconte.
Un très gros film que je découvre sur le tard et qui ne jouis pas de la renommée qu'il mérite . De plus le thème est intemporel, celui du bouc- émissaire , de la délation , des mouvements de foule ( on dirait aujourd'hui de la Fake News ) . Michel Simon est absolument formidable, un de ses plus grands rôles ( il y en a beaucoup) et Viviane Romance , star un peu passée aux oubliettes , est exceptionnelle . un jeu tout en finesse , toute en subtilité, "très moderne", avec un physique de vamp . On ne sait jamais ce qu’elle pense vraiment et elle nous embarque dans ce suspens sans que l'on s'en aperçoive. La mise en scène de Duvivier est forte et l'image en noir et blanc est magistrale , d’une beauté et d'une magie , comme seuil le noir et blanc peut le faire . Un vrai monument .
J’aurais préféré au titre de « Panique » celui du roman de Simenon dont il est l’adaptation, « Les fiançailles de Monsieur Hire ». Car la déchirante émotion du film vient bien de cette illusion de fiançailles dont le personnage, puissamment incarné par Michel Simon, est victime ; le sentiment amoureux fait perdre toute lucidité, pourtant l’une de ses qualités premières, à un homme intelligent, désabusé, dont l’intérêt pour ses semblables ne se manifeste qu’à travers son travail et son hobby, les photos instantanées et révélatrices qu’il en fait. Le film est noir, très noir, et son esprit s’apparente à celui des grands films de H G Clouzot. Sa qualité aussi. Rarement on aura vu dans un personnage, celui d’Alice, une telle insupportable duplicité. Les comportements collectifs sont également terrifiants : l’opprobre jetée sur les gens « différents », la recherche de boucs émissaires, le colportage des ragots et des fausses informations, la transformation de la vérité pour donner crédit aux croyances qui nous arrangent, sont autant de tares du comportement panurgique de groupe, inhérentes à la nature humaine, qui renvoient certainement aux comportements constatés dans l’immédiat après-guerre, mais qui résonnent toujours bien fort en 2022. Le scénario est excellent, la mise en scène est soignée, précise et efficace, et le film, qui relève aussi du réalisme poétique d’avant-guerre, constamment passionnant. Il place incontestablement Duvivier dans le cercle des grands réalisateurs Français.