C'est parfois incroyable de se dire que ce film a plus de 40 ans tant il a du mal à vieillir.
Et il est réussi sur bien des aspects : tout d'abord au niveau du scénario, où on peut aller beaucoup plus loin que le film lui-même et imaginer comment la chose a réussi à arriver sur Terre, peut-être en ne partant que d'un état de cellule. Dès cet instant, on comprend que la menace est vertigineuse. (
D'ailleurs si quelqu'un peut m'expliquer pourquoi elle a atterri en Antarctique si son but c'est d'assimiler un max d'êtres vivants ? Parce que c'est la seule retenue que j'ai...
) Et d'ailleurs, la chose, dans sa manière de jouer aux échecs, est prodigieuse : elle a toujours un coup d'avance.
Chaque personnage est clairement défini, et on a plaisir à les suivre dans leur paranoïa clairement justifiée et destructrice. On se perd en tant que spectateurs, on se prend au jeu, et même si c'est un film de SF horrifique, on s'amuse presque à jouer aux détectives. D'ailleurs, on ne s'y trompe pas : Among us, le jeu vidéo, part de ce principe et... Oui, c'est très addictif. MAIS, c'est dosé, c'est intelligemment amené, c'est mature, et c'est comme ça que le film a évité de devenir une licence où les suites n'auraient plus eu aucun sens.
Car c'est avant tout un film avec une vision, une réalisation léchée, un sens du détail, dans une atmosphère très particulière et qui est très difficilement reproduisible tant elle est précise. John Carpenter a vraiment réussi a créer un univers riche dans un "quasi" huis clos. Par exemple, regardez la façon dont est filmé le chien (bravo au toutou au passage). Quand il est au contact des humains, il semble normal (comme le dirait Clark), il se fait même un allié qu'il n'assimilera pas. Mais quand il est seul, la caméra se fige, on le voit, au regard glacial, la gueule fermée, le corps immobile. Autre exemple, et là on rentre en zone spoil :
Quand les protagonistes vont chercher Fuchs et qu'ils retrouvent Blair, on voit clairement au premier plan la corde qu'il voulait utiliser pour se pendre. Et lui, derrière, détaché, disant qu'il veut être avec les autres. Clairement, dès cet instant on sait qu'il a été assimilé, car même si son tempérament ressemble à celui de Blair, son attitude quant à la menace n'est plus plausible : il s'est isolé parce qu'il savait avant tout le monde qu'ils devaient tous mourir. Et la façon dont est filmée cette scène où ils le retrouvent et où il supplie de revenir nous fait instantanément comprendre tout ce qu'on a pas vu, nous faisant comprendre ce qu'il s'est passé, mais en nous faisant douter de notre propre jugement. C'est juste parfait, parce que nous voilà contaminés par l'autre virus du film : une paranoïa sans certitude ni repère.
Enfin, la scène finale me fait toujours frissonner, là encore zone spoil :
que Childs soit oui ou non la Chose, ça n'a plus d'importance. J'aime à penser qu'il l'est, car la conversation devient celle de deux ennemis qui se sont complètement immobilisés aux échecs, sans capacité de gagner ni l'un ni l'autre. Dès cet instant, puisqu'ils sont tous les deux condamnés à périr, à quoi bon se battre encore ? La chose, dès lors dénuée de but, admet sa défaite, et cesse le combat. Ce n'est peut-être pas la bonne solution, mais puisque nous ne saurons jamais, j'aime à imaginer cette fin.
En bref : The Thing est extraordinaire, c'est un film qui nous fait réfléchir, qui est beau à regarder même en 2025 et qui est une référence incontournable. Les scènes cultes s'enchaînent, le body horror est une impressionnante prouesse, et mon seul regret est peut-être de ne pas avoir une BO un peu plus marquante. Attention, elle est bien dosée, mais il lui manque un petit truc pour devenir culte, et je fais cette remarque uniquement parce que c'est une BO signée Ennio Morricone. C'est très personnel, mais je trouve que c'est moins inspiré que ses autres œuvres. Et puis oh bon, c'est bon, j'ai déjà mis 5 étoiles, j'ai le droit d'avoir un petit regret quand même, non ?